Ancien enfant soldat, Aimé partage son vécu

(UNICEF RDC 2018 Falvo)

TEMOIGNAGE   Aimé nous livre son témoignage. Aujourd’hui adulte et réinséré, Aimé est un ancien enfant soldat. Il a reconstruit sa vie, bravé les défis. Un entretien émouvant, qui rappelle l’urgence de s’engager pour qu’aucun enfant ne soit plus enrôlé dans les forces et groupes armés. Le signe aussi de l’importance d’investir dans la réinsertion. « Je n’aime pas parler de mon histoire parce qu’elle est tragique, j’ai perdu mon père à cause de ça. Mais j’espère qu’un message important passera. » Laissons ses mots parler.

J’avais 13 ans et j’étais à Kalemie, un jour comme tous les autres.

Après les cours, nous sommes allés avec des amis jouer au football non loin de l’école. Quelques minutes après, un grand camion rempli d’hommes en tenue militaire a débarqué et ils nous ont emmenés avec eux. Comme nous étions tous jeunes et innocents, nous avons accepté. Ils n’arrêtaient pas de nous rassurer sur le chemin.

« Vos parents nous ont donné l’autorisation de partir avec vous pour que vous alliez continuer les études de l’autre côté de la ville ». Nous avons cru en eux parce qu’ils parlaient avec certitude.

Les nuits dehors, le ventre vide, la formation armée!

On a passé des nuits à l’extérieur, affamés, et des jours sans se laver. Ils nous ont fait savoir des jours après que nous allions suivre une formation armée. Personne parmi nous ne pouvait contester parce que ces gens commençaient à nous traumatiser et tout ceci était contre notre volonté. Quand quelqu’un s’opposait, on le soumettait à une punition affreuse. Nous avons quitté Kalemie pour aller à Morenge où nous avons commencé la formation. Puis, nous sommes allés de ville en ville, nous avons traversé presque tout l’Est de la RDC pour essayer différentes armes qu’on nous montrait pour bien combattre.

On s’est finalement retrouvés à Bukavu où les choses sérieuses ont commencé. Nous avons renforcé notre expérience dans l’utilisation des armes. On traversait des villes que l’on ne connaissait pas, c’était tragique !

Puis nous nous sommes retrouvés entre Tshikapa et Kikwit (entre les Provinces de Kwilu et du Kasaï). C’est à cet endroit que j’ai commencé à utiliser une arme. Là-bas, j’ai reçu une balle au pied. C’est à partir de cet évènement que j’ai changé. J’ai eu la mentalité d’un vrai soldat. Après cette bataille, nous sommes venus à Kinshasa.

Il y avait aussi des filles parmi les enfants soldats

Je ne sais pas comment elles étaient recrutées. On se retrouvait déjà dans le groupe et c’est difficile pour moi de vous dire comment elles étaient recrutées. Elles étaient par moment prises comme les femmes de nos chefs et avaient plus d’avantages que nous. Elles aussi en sont sorti, j’en connais qui sont actuellement mariées, mères de plusieurs enfants.

J’avais 14 ans et demi quand je suis sorti des rangs

Lorsque nous sommes arrivés à Kinshasa, Il y a eu une concertation entre nos chefs et les membres des organismes internationaux dont je ne me souviens plus. Nos chefs nous ont alors dit qu’il était temps de reprendre le chemin de l’école. C’était un dimanche et je n’oublierais jamais ce jours. Ils nous ont embarqués pour Lubumbashi et nous ont remis 200 dollars américains puis ils nous ont demandé dans quelle ville on habitait avant d’intégrer l’armée. On récupérait les enfants selon leurs régions et on les ramenait chez eux.

On m’a ramené à Kalemie, précisément au terrain de football où l’on nous avait pris au départ. Il y avait beaucoup de gens à cet endroit, c’était comme un grand événement que les gens attendaient. Tout-à-coup, j’ai aperçu ma mère. Quand elle m’a vu, elle a eu un coup d’émotion.  “J’avais retrouvé ma mère et mon unique sœur.” Lorsque j’ai demandé à ma mère les nouvelles de mon père parce que je ne le voyais pas, elle m’a dit qu’il avait piqué une crise juste après ma disparition. Il n’a pas supporté de savoir que je n’étais plus là et que l’on ne pouvait plus me retrouver. C’était un choc!

J’ai remis l’argent qu’on nous avait donné à ma mère pour qu’elle investisse dans une petite affaire, en espérant reprendre les études. Les gens qui nous ont ramenés nous avaient promis qu’ils allaient les prendre en charge. Mais malheureusement ils n’ont jamais fait quoi que ce soit. On ne nous a jamais contactés pour nous dire de reprendre les cours. J’ai passé toutes ces années sans rien faire.

J’avais retrouvé ma mère et ma sœur dans des conditions difficiles à accepter. J’avais du mal à rester à la maison sans étudier. C’était toute une vie que je perdais, je n’arrivais pas à me réaliser.

Je remercie d’abord le Bon Dieu qui m’a fait sortir de ce groupe et je dis merci à tous ces organismes qui se sont mobilisés pour nous redonner notre liberté. Je resterais reconnaissant envers eux tous. Ç’est  pour moi une grande joie retrouver ma famille malgré que mon père ne soit plus là.

Ma fierté: m’en sortir normalement

Je suis devenu commerçant, je fais des navettes entre Kinshasa et Lufu et je vends des vivres pour survivre. Ce que je fais aujourd’hui n’est pas facile ! Je voudrais bien retourner à Kalemie, retrouver ma mère et renforcer ses activités.

Mais je suis fier de ce que j’ai réussi: je ne suis plus dans les rangs et je m’en sors normalement. J’ai mon foyer, ma femme et mon unique enfant qui n’a qu’une année et six mois.

Ancien enfant soldat, mon rêve est de continuer les études

J’aimerais suivre une formation en informatique. Je ne voudrais pas que mon enfant subisse le même sort que moi. Je rêve pour l’un d’un meilleur avenir et d’une scolarisation sure.

Etre enfant soldat est tragique, ça n’apporte rien et n’a aucun avantage. Ces enfants n’arriveront à rien du tout. Je voudrais pour chaque enfant un présent assuré et un avenir meilleur.

Je demande à tous les enfants encore associés aux forces et groupes armés de quitter les ranges et de reprendre leur scolarisation. C’est la meilleure chose à faire.

Approche systémique / renforcement du système de protection de l’enfant

Les violences faites aux enfants de RDC sont répandues dans tous les milieux, y compris les familles, écoles et communautés. La RDC est l’un des pays avec les plus hauts taux de violences basées sur le genre faites aux enfants, représentant 47% des survivants en zone d’urgence. Selon l’Enquête Démographique et de Santé 2013-14, 43% de femmes de 25-49 ans sont concernées par le mariage des enfants, souvent lié aux grossesses d’adolescentes. En effet, 27% des filles de 15-19 ans sont enceintes et la RDC présente le 7ème taux le plus élevé de grossesses adolescentes au monde.

L’UNICEF vise à créer un environnement favorable aux droits des enfants en renforçant les structures de protection formelles et informelles devant prévenir et répondre aux violences, exploitations et abus en assurant le référencement et le suivi des enfants vulnérables vers les services sociaux de base (santé, éducation, protection sociale). La mise en place de communautés protectrices au niveau local permet de faciliter le référencement des enfants par les communautés elles-mêmes tout en faisant le lien avec les structures étatiques relevant des affaires sociales.

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Fallone Muadi

FALLONE MUADI, est stagiaire à la Communication de l’UNICEF RDC. Elle fait partie de l’équipe InfoCom et contribue à la communication digitale de l’organisation. Sa devise ? « Voir au délà de limite »

FALLONE MUADI, is a Communication intern at the UNICEF DRC. She is a member of the InfoCom team and contributes to the digital communication of the organization. Her life moto? “See beyond limits”

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