Le témoignage d’André, guéri du choléra à Mbandaka

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André et le journaliste Jean-Pierre Elali

Je brûle d’envie d’interroger les malades, mais je ne peux les approcher. Des mesures de prévention sont de stricte observance. Du coup, une idée me vient à l’esprit. Pourquoi ne pas interroger un ancien malade du choléra ? C’est le récit d’un témoignage poignant que présente un journaliste dans les lignes qui suivent, après un reportage sur le choléra à Mbandaka, frappé par l’épidémie de choléra.

Un journaliste à Mbandaka

Mercredi 14 septembre 2016. Le ciel est assez clément à Mbandaka.  Généralement, il fait chaud toute l’année dans cette ville du Nord-Ouest de la République démocratique du Congo, à 700 kilomètres en amont du fleuve Congo.

Mbandaka est traversée par la ligne de l’Equateur. Une grosse pierre indique: « Ici passe la ligne (invisible) de l’Equateur ». Tout un symbole. Cette indication suffit à elle seule pour corroborer la canicule qui accable fréquemment les Mbandakais.

Heureusement, ce mercredi, je répète, le climat, fait exceptionnel, est  doux. J’y réalise un reportage sur le choléra, sur demande de l’UNICEF et l’accord de Radio Okapi, la radio onusienne qui m’emploie. La maladie frappe la ville. On y enregistre 720 cas et 5 décès depuis mai 2016.

Je visite le centre de prise en charge aménagé par Médecins Sans Frontières Belgique. J’enregistre les pleurs des malades, surtout des enfants. Au-delà de leur souffrance, de la souffrance humaine, je lis une lueur d’espoir. Elle viendrait sans doute de la mobilisation tous azimuts des acteurs engagés dans la lutte contre l’épidémie : l’UNICEF, l’OMS, des ONG partenaires comme ADRA ou OXFAM.

Je brûle d’envie d’interroger les malades, mais je ne peux les approcher. Des mesures de prévention sont de stricte observance. Du coup, une idée me vient  à l’esprit. Pourquoi ne pas interroger un ancien malade du choléra ?

A la rencontre d’André, un colosse malmené par le choléra

André devant son bureau

Direction la Division provinciale de la santé, à quelques encablures du Centre de Traitement de Choléra. Le bâtiment me semble vétuste. J’en ai vu des centaines à travers la ville. Guidé par Jean-Pierre, le chauffeur de l’UNICEF, je rencontre André, 61 ans. Visiblement robuste, plus grand que moi. Présentation suivie des salamalecs. C’est un sauvé du choléra. Je réalise  du coup l’imaginable force du de cette maladie, capable de menacer la vie d’un colosse comme André. Par contre, je me frotte les mains, me félicitant d’avoir trouvé un intéressant angle de reportage.

Ce père de 9 enfants est en fait un agent médical. Il dit avoir passé toute sa carrière là, dans un bureau de fortune. Chaque matin, il s’y rend, empruntant la même avenue poussiéreuse, en terre battue. L’exercice dure depuis plus de trente ans.

Commence alors l’entretien. « Le 17 avril, me dit-il,  j‘étais au bureau, en réunion d’évaluation avec mes collègues. Puis je suis rentré chez moi. Vers 17 heures, je me sentais mal, quelque chose n’allait pas. Mon ventre bourdonnait, j’avais des vertiges. Je pensais à une indigestion alimentaire. Je suis allé aux toilettes, en vain. Pour la deuxième fois, j’ai fait des selles liquides, en grande quantité. Pour la troisième fois, j’étais essoufflé, je suis tombé par terre » m’explique André, air timide et visiblement envahi par ce mauvais souvenir.

Je l’encourage, puis je dis : « Et la suite ? ».

Mon interlocuteur, regards au ciel, comme pour chercher du secours,  poursuit : « Comme je suis un agent de santé, j’ai compris que je pouvais être atteint du choléra. J’ai demandé à mon entourage de s’éloigner de moi. Car, je savais que cette maladie mortelle est très contagieuse. J’avais une moto, je ne pouvais conduire. J’ai appelé un motocycliste qui nous a vite conduits, mon épouse et moi, à l’hôpital ».

Une prise en charge difficile du choléra à Mbandaka

« Alors, comment les choses se sont-elles passées à l’hôpital ? », je lui demande.

« Nous sommes arrivés à l’hôpital général, c’était vers 20 heures, poursuit-il. J’ai trouvé naturellement d’autres malades là-bas. Nous étions les tout premiers malades de choléra dans la ville. Deux malades par lit. Curieusement, il n’y avait pas d’infirmier. Comme la veille, le médecin chef de zone de santé nous a briefés sur la prévention et les premiers soins, j’ai dit à l’entourage de me chercher le sérum oral. J’ai commencé à boire. Franchement, c’est cette eau qui m’a sauvé la vie. »

D’après son témoignage, la prise en charge était lente et vraiment difficile. Il poursuit son récit : « Après, l’infirmier est arrivé. Il a commencé la perfusion. Les médecins ont commencé à nous prendre en charge. Mais en réalité, il n’y avait pas assez de médicaments. Au 3e jour, je me sentais un mieux. », affirme-t-il.

André dit avoir passé 7 jours à l’hôpital, avant d’être complètement guéri du choléra. 5 mois après l’épreuve du choléra, il avoue qu’il se sent très bien et surtout, qu’il mange beaucoup.

Le choléra, une maladie contagieuse

Le sexagénaire était conscient d’un fait. Le choléra est contagieux. Au troisième jour, de son internement à l’hôpital, sa femme s’est plainte de mêmes maux de ventre, de mêmes douleurs, nous raconte-t-il. « Comme elle voulait toujours se mettre à mes côtés, elle a vite compris qu’elle était, elle aussi, atteinte »,  me dit-il, très rassurant cette fois-ci.

André affirme aussi que sa femme a mis plus de temps que lui, sur le lit de l’hôpital. « Vous savez, les femmes sont têtues. Quand je lui ai dit : il faut prendre de l’eau, beaucoup d’eau, elle hésitait. Et elle demandait à sa mère de lui amener de l’eau froide, au lieu du sérum oral. C’est ce qui explique qu’elle ait mis plus de jours que moi. Elle a fait plus de 6 jours. Heureusement pour elle,  MSF est arrivée. ADRA aussi. Sa prise en charge était facilitée. »

Faire des pratiques de prévention une routine de chaque instant

Enfin, l’agent médical jure, la main sur le cœur, qu’il fait désormais du lavage des mains un geste quotidien. « Je me lave les mains avant et après le repas, je me soumets au même exercice après avoir été aux toilettes. Je le recommande à mes enfants, à mon entourage. Je conseille l’hygiène alimentaire, l’hygiène corporelle et puis l’assainissement du milieu et de bonnes toilettes et surtout se laver les mains après salué des personnes pendant la journée. A mes enfants, je leur dis : la santé n’a pas de prix, il faut des mesures d’hygiène et l’entretien de l’environnement ».

Plus d’informations sur le choléra en RDC

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Jean-Pierre Elali

Jean-Pierre Elali est journaliste à Radio Okapi. Connu pour ses reportages dans cette radio onusienne, il coordonne le «Magazine des Nations Unies», une émission qui relaye les activités de la MONUSCO, des agences des Nations Unies et des ONG humanitaires en RDC. Jean-Pierre est aussi pédagogue de formation et passionné de la vie des tout petits. Tout ce qui touche à l’enfant et surtout à l’enfant vulnérable l’intéresse. Il est lauréat du prix Radio UNICEF/RDC 2015 sur les thématiques liées à l’enfance dans ce pays.

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