Apporter un appui psychologique aux victimes de violences sexuelles

Apporter un appui psychologique aux victimes de violences sexuelles

Les violences sexuelles  et celles basées sur le genre demeurent une source de préoccupation en RDC.

Dans le District de l’Ituri, et en particulier sur le  territoire de Mambasa, la situation est source d’inquiétude. En cause, les rebelles Simba du groupe de Morgan qui y sont encore actifs. Les dernières exactions datent du 7 au 10 février dernier. Plusieurs cas d’abus sur des filles et des femmes nous avaient alors été signalés.

Des conséquences énormes sur la psyché et le soma
Ces violences sexuelles engendrent des déséquilibres psychologiques avec des conséquences énormes sur la psyché et le soma. Elles nécessitent une prise en charge psychosociale adéquate.

C’est à cela que je m’emploie, soutenue par une équipe de psychologues attitrés.

Comment contribuer au rétablissement psychologique des Survivantes de Violences Sexuelles ?

Tout commence par la mise en place de structures de prise en charge (centre d’écoute) et la formation d’assistants psychosociaux supervisés par des psychologues. Les victimes sont dirigées vers ces centres d’écoute à travers un système de référencement entre acteurs de protection (santé, police, RECO) et membres de la communauté sensibilisés.

  1. A 14 year old girl who was sexually abused and impregnated by an older man back in her village poses for a picture in the house where she lives with her sister in the town of Kailahun, Kailahun district, Sierra Leone on Friday March 18, 2011. "I don't feel good about being pregnant, because I'm just a small girl", she says. She had to drop out of school, but is hoping to go back and study nursing.L’accueil des survivants : ici l’accent est mis sur la qualité de l’accueil qui déterminera la suite de l’entretien.
  2. La présentation du psychologue et l’assurance sur les principes de confidentialité. La question de la prise en charge médicale est immédiatement posée car la suite de l’entretien  en dépend.  La prise en charge psychologique ne peut commencer qu’après la prise en charge médicale.
  3. Le récit du survivant : c’est l’étape la plus cruciale. Le psychologue est appelé à faire montre de deux  qualités indispensables : l’empathie et l’écoute active.
  4. Exploration du vécu du survivant pendant et après l’agression.
  5. La psychoéducation et la normalisation des symptômes.  Jusqu’à ce niveau, les assistants psychosociaux peuvent intervenir en utilisant des  thérapies brèves et de soutien pour les cas dont le traumatisme n’a pas atteint les fonctions mentales supérieures.

Les cas qui dépassent les compétences des assistants psychosociaux me sont référés. C’est alors que je  procède à des psychothérapies complexes. Il peut s’agir d’une thérapie cognitive ou encore comportementale et parfois à des confrontations avec le facteur traumatisant en utilisant la technique de Fuilding. Par exemple, certains survivants qui manifestaient la phobie des hommes en uniforme, ont été progressivement mis en présence de militaires pour des séances des thérapies. Les étapes sont les suivantes:

  1. Retravailler les symptômes
  2. Exploration des ressources susceptibles d’améliorer la thérapie
  3. Le résumé
  4. Elaboration d’un plan de conseil avec le survivant
  5. La tache ; Une manière encourageante de finir la séance est de donner un ‘devoir’ au patient à faire au cours de la période entre la fin de la séance et la prochaine séance.
  6. Clôture : A la fin de la séance, un nouveau rendez-vous pour le prochain entretien peut être fixé.
  7. Soins de soi-même : Après chaque entretien, il est important de se débarrasser et de digérer ce qui vient de se passer au cours de la séance et de prendre soin de soi-même.

Voilà en résumé le schéma que nous respectons au quotidien dans l’exercice de notre travail. 

A côté de ce schéma, la psychothérapie que nous offrons aux survivants, consiste aussi en des sociothérapies et des thérapies des groupes à travers des séances de théâtre, jeux ou encore des projections de films.

Tenant compte des témoignages enregistrés dans les zones d’intervention, soit par les survivants eux-mêmes ou par les membres de leurs familles, il ressort que l’appui psychosocial que nous offrons est capital pour la réintégration des Survivants de Violences Sexuelles dans leurs communautés  y compris dans leurs ménages. (Médiation familiale, communautaire, …)

Après ces appuis une femme me disait ceci « je pensais que c’était fini pour moi, mais je me rends compte qu’il y a encore espoir d’une vie normale dans ma communauté ».

Vijitha, 13, places flowers in the sand, near the site where her mother died during the tsunami, on a beach in the fishing village of Thalanguda in the southern state of Tamil Nadu. She has come to the beach to pay her respects. [#3 IN SEQUENCE OF SIX] In November 2008 in India, the Viswanathan sisters, Vijitha, 13, and Vijyashree, 11, continue to adapt to changes in their lives following the death of their mother and younger brother during the 26 December 2004 tsunami. Their father Viswanathan also lost his livelihood as a fisherman in their coastal village of Thalanguda in the southern state of Tamil Nadu. The tsunami killed more than 10,000 Indians and displaced 400,000. Tamil Nadu State was among the worst-affected areas: some 480 children lost both parents to the tsunami, and many more lost one parent or other close relatives. Following the disaster, Viswanathan sent his daughters to live in the Government Home for Tsunami-Affected Children, an orphanage in the city of Cuddalore. After only a few days, however, both were homesick and returned to their father?s house, where they were cared for by a paternal aunt. In May 2005, Viswanathan received compensation from the Government for the death of his wife and son, and deposited half the amount in his daughters? names. In February 2006, he remarried; the sisters now also have a 23-month-old brother and a two-month-old sister. Vijitha and Vijyashree continue to keep the memory of their mother and brother alive, and their father has dedicated a puja (prayer) room, decorating it with images of his deceased wife and son.

L’appui psychosocial s’accompagne d’autres appuis (accès à la justice, réintégration socio-économique, etc) à travers le système de référencement. A partir de la  quatrième séance de psychothérapie, le survivant est éligible à la réintégration socio-économique et scolaire.  L’accès à la justice dépend de la volonté du survivant qui est sensibilisé sur le bienfondé de cet aspect tout au long de sa cure psychothérapeutique.

Difficultés d’intervention

« Nous avons besoin de sécuriser le pays, démobiliser les groupes armés, restaurer l’autorité de l’état »
La majeure difficulté est celle de l’insécurité dans les zones d’intervention.  Notre travail nécessite beaucoup de moyens : des moyens techniques et financiers, mais aussi des moyens humains. Si vous travaillez dans des zones rouges, cela signifie que les vies  y sont en danger et votre propre vie, aussi.

Les distances entre les structures de prise en charge et les survivants ou la quasi absence d’une clinique psychologique intégrant la psychiatrie sont également des obstacles importants…

Le psychologue doit lui aussi être suivi et soutenu

Voici le récit poignant d’un couple que j’ai accompagné pendant plus de 3mois  à l’hôpital général de référence de Mandima:

« Mon mari et moi, vendons du thé dans la carrière d’or d’Itembo. Un matin, au mois de novembre 2013, les rebelles de Morgan sont arrivés. Ils ont exigé 250g d’or par personne. Nous n’en avions pas. Ils ont procédé à la fouille de mon vagin, d’abord avec la main, puis avec un tronc d’arbre. Ils ont fait de même à mon mari dans son anus. N’ayant rien trouvé, onze d’entre eux m’ont couché l’un après l’autre, puis ils nous ont obligé de nous assoir mon mari et moi sur de la braise allumée. Nous avons été brûlés de partout. Dès leur départ, quelques personnes de bonne volonté nous ont conduits  au centre de santé et de là, nous avons été référés à l’hôpital»

Ce récit m’a anéantie et ce jour-là suis sortie du cabinet de consultation avec une dépression, heureusement prise en charge quelques heures plus tard par mon collègue psychologue.

Photos: © UNICEF / Laurent Duvilliers – Sylva Vwiranda – Olivier Asselin – Tom Pietrasik

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Sylvie Vwiranda

Sylvie Vwiranda Spécialisée en psychologie clinique, Sylvie a grandi dans le Nord-Kivu. Aujourd’hui, elle offre une aide psycho-sociale aux victimes de violences sexuelles et travaille sur le bâtiment de la sensibilisation et la capacitation du personnel médical, mais aussi les autorités de l’État qui sont impliquées dans la lutte contre les violences sexuelles et l’aide aux victimes.

Sylvie Vwiranda A clinical psychologist, Sylvie grew up in North Kivu. Today, she provides psychosocial support to victims of sexual violence and works to increase awareness and capacitation among medical personnel and State authorities involved in fighting sexual violence and providing support to victims.

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