Apprendre à la dure: un énorme prix à payer

pb_ladine_and_masengo_b“On peut employer la manière douce ou la manière forte”. Le pire reste à craindre quand la conversation s’engage de cette manière. De telles paroles ne laissent jamais présager une suite facile. Encore faut-il être en possession des informations adéquates pour prévenir la transmission du VIH de la mère à l’enfant; d’être en mesure de prendre la bonne décision et faire le bon choix.

Face au manque d’information

Quand Ladine Mwanza et son mari Masengo Kalonda ont appris leur séropositivité, ils ont aussi réalisé que c’est le manque d’informations qui les avait privés de tout choix. Ladine était à l’époque enceinte de son troisième enfant quand elle a été diagnostiquée séropositive lors d’une visite aux services de soins prénataux du centre de santé Saint Charles à Kipushi, en République Démocratique du Congo.

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Elle avait auparavant simplement entendu parler du VIH mais n’avait jamais envisagé qu’elle pourrait y être exposée. Les résultats du test ont eu sur elle un effet dévastateur. Elle a alors immédiatement compris pourquoi aucun traitement ne venait à bout de la toux chronique de Masengo. Son mari avait déjà été hospitalisé à plusieurs reprises, et tous les deux s’étaient demandé ce qu’il pouvait bien avoir.

Prévenir la transmission du VIH de la mère à l’enfant

Les infirmières ont expliqué à Ladine qu’elle allait devoir commencer un traitement antirétroviral qui l’empêcherait de transmettre le virus à l’enfant qu’elle portait. Dans une communauté qui a toujours considéré le VIH comme un tabou et une condamnation à mort, le couple ne s’est pas facilement fait à l’idée de devoir contrôler son niveau de contamination et ce jusqu’à la fin de leurs jours. Comme ils voulaient trouver une solution qui leur permettrait de se débarrasser définitivement de la maladie, ils sont tombés entre les griffes d’un herboriste qui leur a promis une guérison certaine.

Après avoir avalé toutes sortes de décoctions de plantes et vidé leur porte-monnaie, loin de s’être améliorée leur situation s’était au contraire aggravée. Le traitement antirétroviral est pourtant dispensé gratuitement aux patients atteints du VIH en RDC. Mais la tribu de Masengo est persuadée qu’ “un homme, un vrai” ne vit pas de cadeaux. C’est donc sur l’insistance de sa mère, et pour préserver son honneur d’homme, qu’il a choisi de s’adresser à un guérisseur traditionnel.

Des mères mentors pour sensibiliser les couples

Les infirmières du centre de santé qui s’inquiétaient pour ces patients qui ne respectaient pas leurs traitements ont décidé de solliciter l’assistance de « mères mentors » selon le terme employé pour les désigner, qui sont elles aussi séropositives. Et ce sont ces mères mentors qui ont aidé Ladine à prendre conscience des bénéfices qu’elle tirerait des les traitements médicaux. Il était malheureusement trop tard pour son bébé qui est né séropositif.

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Rien ne fait plus souffrir Ladine que l’idée d’avoir contaminé son enfant alors qu’elle aurait pu l’éviter. Elle voulait faire tout ce qui était en son pouvoir pour protéger ses enfants du VIH.

Ladine et Masengo ont plus tard eux aussi rejoint le programme de mentorat et consacré du temps à aider des parents à éviter de commettre les mêmes erreurs qu’eux. Ils mettent désormais en pratique ce qu’ils prêchent. La joie de donner la vie à un quatrième enfant, séronégatif, les a conforté dans leur choix et a renforcé leur confiance en leur travail puisqu’ils savent ce à quoi peuvent être confontés les couples dans pareille situation.

L’histoire de Ladine et Masengo en images

L’UNICEF et la lutte contre le VIH en RDC

L’UNICEF optimise l’accès au traitement contre le VIH en RDC en intégrant à son programme des mères mentors qui partagent leur expérience avec d’autres malades atteints du virus, pour lutter contre les idées reçues, les tabous et les pratiques culturelles dangereuses qui nuisent aux politiques de prévention de la transmission du VIH de la mère à l’enfant. À Kipuchi, ce programme est une réussite et une des raisons principales de l’acceptation du traitement antirétroviral, ouvrant l’espoir d’une génération sans VIH.

Plus d’informations : 

Photo: UNICEF 2016 Enock Chinyenze

Traduit de l’anglais par Marianne Min-Denhard

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Enock Chinyenze

Enock Chinyenze is a Multimedia Consultant for UNICEF Africa Services Unit in South Africa. He is a passionate documentary filmmaker with interests in children, health and the environment. Over the last 15 years, he has captured stories through film, photography and writing across sub-Saharan Africa. Enock says the positive impact of the compelling films and stories he produces is what drives him.

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2 comments

  • Bonjour EnocK.
    Merci pour ce bel article ainsi que la video emouvante qui est attachee. ceci peut servir aussi d’exemple a d’autres couples.
    Le film peut meme etre projete lors des séances d’education a la CPN. le mentorat dans ce cadre peut aider les coules se trouavant dans les memes conditions. Seulement dans l’article, vous n’aviez pas preciser l’ ampleur du VIH dans la ZS de Kipushi et le nombre des couples dans le programme de mentorat et le nombre des femmes enceintes VIH suivi a ce jour et le nombre d’enfants nes de meres seropositives mais qui sont nes seronegatifs.
    De: Joachim / Mbandaka

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