Arts en Actions présente une comédie musicale sur le mariage des enfants

Arts en Actions présente une comédie musicale sur le mariage des enfants

A qui la faute quand une fille ‘mère’ décède pendant l’accouchement ?

Comment créer un spectacle sur le mariage des enfants dans une province où le mariage des filles mineures, bien qu’interdit par la loi, est considéré comme ‘normal’ par certains et comme une ‘coutume’ par d’autres ? C’est la question que l’on s’est posée – nous, l’équipe d‘Arts en Actions, artistes pour le changement des mentalités – avant de produire cette comédie musicale sur le problème des mariages précoces.

Les ‘mariages précoces’ sont un phénomène très répandu en RDC, surtout en milieu rural. Une fille sur 4 a déjà mis un enfant au monde avant d’atteindre l’âge de 20 ans et une sur 6 est mariée à l’âge mineur. Certains disent que la tradition prescrit qu’une fille se marie quand elle est adolescente.

Même si la loi est très explicite, disposant que tout mariage avec un mineur est interdit et que tout 1
rapport sexuel avec un enfant est considéré un viol, le Code de la famille, qui est actuellement en révision reste encore flou et tolère les mariages coutumiers à partir de16 ans.
Avant de
commencer les répétitions dans notre siège à Ndili à Kinshasa, nous avons envoyé notre équipe en mission pour rechercher comment aborder ce thème à la fin fond du Bandundu. Les artistes explorent le terrain, rencontrent les responsables et font des interviews avec ceux qu’on veut atteindre. On rassemble les données, à la recherche de témoignages et d’histoires vécues qui pourront servir de base à notre spectacle.

4Les interviews nous aident aussi pour mieux connaître le terrain, la langue, les expressions et les rythmes de chaque territoire. Pour bien sensibiliser, il faut connaître les danses du milieu. Les sondages nous permettent d’avoir une vue plus précise sur la thématique : dans tous les endroits, les mariages d’enfants et les enfants-mères sont considérés un problème, une atteinte aux droits de l’enfant. Mais ces problèmes se résolvent habituellement par des arrangements à l’amiable.

Les arrangements à l’amiable deviennent conflictuels parce qu’ils provoquent des conflits d’injustice : l’auteur du viol reste impuni et fait même retomber la faute sur l’enfant innocent. On a même rencontré des cas où la fille violée est rejetée par la communauté.

En plus, dans beaucoup de villages, les services de l’état sont absents. Et puis bien sûr, la pauvreté est un facteur qu’on ne peut négliger : la famille fait marier leur fille pour avoir la dot – et pour avoir une bouche de moins à nourrir.

Dans beaucoup des cas, le mariage est un arrangement après-viol, souvent par un garçon du village.5 Apres le viol de la fille, il y a plusieurs options : la famille de la fille violée peut accuser la famille du violeur – et même l’amener devant la police. Mais dans la plupart des cas, les deux familles cherchent un arrangement à l’amiable. La fille qui est violée est forcée de se marier avec son violeur et le violeur, en « contrepartie », doit payer la dot. Même si, avec cette option, la paix sociale est assurée, un tel mariage n’est pas la garantie d’un mariage réussi, et justement, beaucoup de mariages n’ont pas une longue vie et les enfants grandissent souvent sans père ou sans mère.

Pour ceux qui pensent que faire du théâtre c’est de l’improvisation à chaque moment, nous devrions les décevoir. Apres la mission sur le terrain, nous avons donc procédé à l’analyse des données en identifiant les ‘décideurs’, les victimes, les influents, les hypocrites – tous vont être représentés dans le spectacle. Qui prend la décision que la fille devra se marier ? Qui s’y oppose ? Et quels sont les rôles des parents, des oncles, des autorités religieuses et coutumières ?

Avant de créer le spectacle, on se décide qui on vise et avec quel objectif : souvent ce sont les parents eux-mêmes qui font marier leur fille précocement, alors ce sont ces parents-là qui deviennent notre groupe cible – avec leur entourage. L’entourage est important : beaucoup de gens agissent sur la base de ce qu’ils estiment être la chose que les autres jugeraient être la chose à faire.

La prochaine étape dans la conception du spectacle consiste à réfléchir sur comment avertir le groupe cible. Si on vise les parents qui marient leur fille, qu’est-ce qui pourrait changer leur décision ? Par exemple, s’ils prennent connaissance des risques pour la santé de l’enfant-mère, est-ce que le mariage sera toujours prononcé. Et si la communauté venait à les considérer comme responsables en cas de décès de la fille ?

Pendant les répétitions, nous mettons un accent sur la musique et les chansons. On utilise les rythmes locaux, les chansons populaires qui reprennent la thématique on crée aussi des nouvelles chansons telles que ‘Yo Mwasi, Nga Mobali, Elongo to kende liboso’, et on joue la musique typiquement jouée lors des mariages et des deuils.

6Notre équipe était composée à 50% de femmes, 50 % d’hommes. Une groupe de musiciens mixtes dirigés par Huguette Tolinga, une femme leader et percussionniste. Pour une grande partie du public c’était la première fois qu’ils voyaient une femme à la tête d’un groupe et qui à la fois chantait et jouait des percussions.

Pendant nos recherches au Bandundu, nous avons constaté que les couples vivent souvent dans un climat de mécompréhension et de méfiance. Il y a des tensions entre les intérêts de la famille du mari et la famille de la femme. Il y a une mauvaise gestion des biens, et souvent, l’homme ne consulte pas sa femme avant de marier sa fille.

Le spectacle que nous avons conçu raconte l’histoire d’un couple marié qui a deux filles, l’une de 12 ans et l’autre de 18 ans. Au début, les parents s’entendent bien. Mais quand le père fait marier la fille de 12 ans au voisin qui l’a violée, la méfiance s’installe dans le couple. La maman accuse le papa de détruire la vie de ses enfants. Les parents fêtent le mariage et la dot, mais rapidement les problèmes s’accumulent. La fille de 12 ans tombe enceinte et traverse une grossesse avec problèmes. Pendant l’accouchement, la fille et le bébé dans son ventre meurent –un enfant n’est physiquement pas prêt pour accoucher. Apres le décès de la fille, les parents s’accusent mutuellement et leur couple se brise.

Le spectacle est interactif. Apres le décès de la fille, le spectacle s’arrête. Le public reste avec le suspense et les modérateurs demandent au public de s’exprimer. Une à une, on demande aux personnes dans le public de proposer des pistes de solutions pour le couple et leur deuxième fille.

Dans chaque lieu où on s’est produit, les réactions étaient vives, engagées et pleines d’émotion. En 7général, femmes et hommes étaient d’accord : la faute est chez les parents qui ont fait marier leur fille avant l’âge légal. Le mari devrait demander pardon à sa femme – et assurer la scolarisation de son autre fille.
Sous les applaudissements, les comédiens reprennent l’histoire et jouent les suggestions du public afin de leur montrer les pistes de solutions : femmes et hommes, progressons ensembles.

Pour l’un de nos premiers spectacles, nous étions à Kenge. Il faisait très chaud ce jour-là mais le public était nombreux à venir se rassembler devant notre scène. Les musiciens préparent le public avec des chansons qu’ils connaissent et une « maman genre » de Kikwit sensibilise le public avant de commencer le spectacle.

Le spectacle se déroule bien – le public rit, danse, est attentive et commente. A la fin, il y a beaucoup d’interventions du public ce qui renforce le message.

Apres le spectacle, il y a une rumeur. Une femme est debout au milieu- elle crie – beaucoup de gens l’entourent. Son mari passe sur son vélo : ‘Assassin’ ! L’histoire du spectacle se joue devant nous sur la rue. La femme accuse son mari d’avoir tué sa fille – leur fille était marié avant l’âge. La fille est morte durant l ‘accouchement. La femme et l’homme se bagarrent devant le public. Les gens viennent de partout, pour intervenir, pour s’amuser et seulement quand un policier intervient, les choses se calment – sans pourtant trouver une solution.

Les mariages précoces sont un danger pour l’harmonie des familles et de la société. C’est un des preuves que le spectacle que nous avons fait représente bien la réalité. Nous avons interpreté 30 spectacles dans 7 territoires de l’ex-province du Bandundu pour environ 30 000 spectateurs. C’est la fin d’une tournée qui a chauffé les cœurs et qui a sensibilisé le public pour mettre fin aux mariages précoces au Bandundu.

Le programme Hommes et Femmes Progressons ensemble est financé  grâce a l’Union Européene.

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À propos de l’UNICEF
L’UNICEF promeut les droits et le bien-être de chaque enfant, dans tout ce que nous faisons. Nous travaillons dans 190 pays et territoires du monde entier avec nos partenaires pour faire de cet engagement une réalité, avec un effort particulier pour atteindre les enfants les plus vulnérables et marginalisés, dans l’intérêt de tous les enfants, où qu’ils soient. Pour en savoir plus sur l’UNICEF et son action : www.unicef.org/french
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Guido Kleene

Guido Kleene est un metteur en scène et artiste-comédien néerlandais. En RDC il est responsable de la structure culturelle «Arts en action», une organisation non gouvernementalE (NGO) qui envisage un développement durable par moyen de la culture.

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