Assainissement et Eau pour tous: défis en RDC

L’accès à l’Eau, l’Hygiène et l’Assainissement pour chaque congolais

Assainissement et eau pour tous – une jeune fille utilise une pompe à eau dans le village de Nsumba, au Kongo Central.

INTERVIEW D’EXPERT – 5 questions à Franck Abeille, Chef de section Eau, Hygiène et Assainissement (WASH) de l’UNICEF RDC sur le rôle que devra jouer la RDC pour répondre d’ici 2030 à l’objectif 6 des Objectifs du Développement Durable.

L’Assainissement et l’Eau pour tous: préoccupation majeure pour l’UNICEF

1. Qu’est-ce-que le partenariat mondial Assainissement et Eau pour tous ?

Sanitation and Water for All (SWA) est une initiative mondiale créé en 2010, visant à réunir une fois par an les gouvernements nationaux, les organisations de la société civile et du secteur privé, des institutions de recherche et d’enseignement et des agences de soutien extérieures ayant besoin de développer un accès à l’eau et l’assainissement de manière complète et universelle aux populations dans une optique de pérennisation.

Cette année, la réunion s’est tenue à Addis Abeba (Ethiopie) au mois de mars 2016 avec la participation du ministre du plan et de l’entité institutionnelle en charge du secteur de l’eau et de l’assainissement pour la RDC. L’initiative est fortement soutenue par l’UNICEF, étant donné que l’accès des communautés (femmes et enfants) aux infrastructures de base d’eau et d’assainissement est une préoccupation majeure pour l’UNICEF.

2. La RDC est désormais membre à part entière du partenariat mondial Assainissement et Eau pour Tous. Quel est, selon vous, l’avantage qu’elle peut tirer de son adhésion au dit partenariat ?

La RDC est membre officiel du partenariat uniquement depuis cette année, elle a signé son adhésion il y a quelques semaines. L’idée pour la RDC est de se faire reconnaitre officiellement comme membre et donc pouvoir bénéficier de toute la structure qui est offerte par le SWA, enfin de lui permettre de bénéficier également d’une expertise technique quand cela s’avère nécessaire, de participer officiellement à ces réunions et donc de s’inscrire dans un cadre mondial d’accès et de bénéficier également des ressources qui peuvent être alloués à ce secteur de manière assez spécifique, dans le but de développer l’accès aux structures d’assainissement et d’eau potable pour la population.

Franck Abeille, Chef de section Eau, Hygiène et assainissement de l’UNICEF RDC

Franck Abeille, Chef de section Eau, Hygiène et Assainissement (WASH) de l’UNICEF RDC

 

Atteindre les objectifs pour le Développement Durable (ODD)

3. La RDC a pris un grand retard dans la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), en particulier l’objectif 7. Quels sont, selon vous, les partenaires stratégiques et influents avec lesquels la RDC peut s’aligner ou collaborer pour rattraper ce retard dans l’atteinte de l’objectif 6 des Objectifs pour le Développement Durable (ODD) ?

Globalement, si la RDC aujourd’hui a pris un retard assez fort dans la réalisation des OMD, c’est plus en raison du contexte politique qui est peut-être encore à développer au niveau national, c’est-à-dire qu’aujourd’hui le secteur repose essentiellement sur les partenaires extérieures tant sur le financement que sur les avancées en terme d’un cadre législatif et normatif. Il est important de voir, que le premier partenariat stratégique aujourd’hui existe déjà au niveau du gouvernement de la RDC, avoir un mécanisme de coordination déjà qui soit fonctionnel, j’entends par là le Comité National d’Action en Eau, Hygiène et Assainissement (CNAEHA) et le Comité Provincial d’Action en Eau, Hygiène et Assainissement (CPAEHA).

Ensuite viennent, les partenaires techniques et financiers (PTF) qui sont également déjà présents en RDC et disposent d’un expertise et d’une compétence élargie, comme les Nations Unies qui jouent un rôle important sur la scène internationale, l’UNICEF dans le secteur de l’eau est assez conséquent, on a également la coopération allemande, la coopération britannique qui développent des stratégies et contribuent avec des financements dans le secteur. Il faut maintenant commencer à observer une certaine lassitude effectivement au niveau du support en terme de gouvernance donc un shift vers peut être des politiques plus opérationnelles de la part des PTF, c’est-à-dire que la volonté politique doit s’affirmer d’une manière assez forte ; on a la loi sur l’eau, ce qui est bien mais pas encore applicable.

Il y a également la coopération sud-sud, là, je pense à l’Ethiopie qui a développé une politique très rapide d’accès à l’eau et l’assainissement qui fonctionne et le Maroc également. Ainsi dans le cadre du Sanitation and Water for All (SWA), il y a eu rapprochement avec ces pays pour essayer de comprendre un peu le mécanisme qui a été mis en place.
Une autre chose importante à savoir, est que les indicateurs pour les ODD ont été fixés mais sans les cibles car celles-ci sont à la charge du pays. La RDC doit alors fixer assez tôt ses cibles, pour qu’elle ait une base sur quoi évoluer afin de rallier la réalisation de l’ODD 6 aux priorités nationales.

Les conférences internationales

4. L’année 2015 a été marquée par de nombreux rendez-vous internationaux qui impacteront le monde pour les années à venir : l’adoption des ODD, la 3ème conférence internationale pour le financement du développement, la conférence des Nations Unies sur le changement climatique, etc. ces événements écrivent une histoire commune pour la durabilité de l’humanité, dit – on ? En termes du vécu quotidien en RDC, quelle analyse faites-vous de ces rendez-vous ? et quelles améliorations pouvons-nous espérer ?

Très objectivement, ces conférences ne changent pas le vécu quotidien en RDC, car on se retrouve dans un pays avec contexte plutôt fragile. En revanche, je pense que ça permet d’influencer et de faire prendre conscience aux leaders politiques de la nécessite d’appréhender cette problématique. A toute petite échelle on voit quelques programmes, quelques communautés qui commencent à se sensibiliser, sur la notion du changement climatique par exemple, bien que la RDC soit encore peu consciente de la nécessité de cette thématique.

Ces différentes réunions et la signature il y a quelque jour par le président de la république des accords de la COPA 21 vont permettre de stimuler les acteurs politiques et donner les raisons d’espérer sur les améliorations, si seulement si des actions réelles peuvent se concrétiser sur terrain, effectivement à tout le niveau. En espérant que la dynamique maintenant qui se gère à un niveau international, se répercute doucement au niveau communautaire car il n’est pas forcément nécessaire aujourd’hui d’avoir des lourds programmes sur des petites actions qui sont facilement identifiable et faisable.

L’accès à l’Eau, l’Hygiène et l’Assainissement pour chaque congolais

5. Quelle est votre vision pour la RDC en termes d’accès à l’Eau, l’Hygiène et l’Assainissement au cours des prochaines années et comment converge-t-elle avec la vision d’équité ?

Le travail que l’Unicef s’est engagé à côté de la RDC repose beaucoup sur le niveau communautaire, ce qui est une bonne chose car ça permet à chaque congolaise et congolais de comprendre, que l’eau est une denrée rare et se doit d’être préservée. En revanche, ca démontre aussi qu’en se penchant trop sur le niveau communautaire, reflète qu’il y a besoin d’une implication institutionnelle très fort qui aujourd’hui ne pas combler. Je pense que, tant qu’on n’arrivera pas à concilier l’aspect communautaire et l’aspect gouvernemental, les efforts que l’on déploie seront long à être concrétiser sur le terrain d’une manière pérenne. Ma vision aujourd’hui est d’espérer notamment avec le SWA et d’autres initiatives d’emmener les politiques à prendre conscience sur leurs implication pour le développement du secteur, ne pas se reposer seulement sur les communautés car elles n’ont pas forcément les moyens de pouvoir agir de manière durable et qu’elles ont besoin des institutions, tout autant les institutions ont besoin des communautés.

Maintenant comment est-ce que ça converge avec la vision d’équité ? Sur le principe déjà, il faut bien comprendre que l’équité en RDC reste assez compliqué au regard de l’étendue du territoire ; toutes les provinces n’ont pas le même accès à l’eau, toutes les provinces n’ont pas le même accès en terme logistique. De même en terme institutionnel, il y a des provinces qui ont de gouvernements et d’autres qui n’en ont pas. Il est donc évident que la vision d’équité ne converge pas avec la vision d’accès en eau, hygiène et assainissement en RDC car la RDC est trop scindé en termes d’institution et des communautés. Le travail qui doit être fait dans les prochaines années, sera de rapprocher les institutions des communautés ce qui permettra ensuite d’avoir un schéma commun qui manque à cette convergence.

Photo: UNICEF RDC 2013 Asselin

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Christelle Tunda

Christelle Tunda est juriste de formation. Elle a commencé à travailler dans l’humanitaire en 2008 aux côtés de Sonke Gender Justice Network, une ONG sud-africaine œuvrant dans la promotion de l'égalité des sexes, la prévention de la violence domestique et sexuelle et la lutte contre le VIH/SIDA. Elle est actuellement chargée de la gestion de connaissances et de la documentation au sein de la section Eau et Assainissement de l’UNICEF en RDC. Son credo : « Si nous ne nous levons pas pour la cause des enfants, alors nous ne le ferons pour rien au monde ».

Christelle Tunda has a legal background. She started working in the humanitarian field in 2008 with Sonke Gender Justice Network, a South African NGO that strives to promote gender equality, the prevention of domestic and sexual violence and the fight against HIV/AIDS. She is currently in charge of the management of knowledge and documentation within UNICEF DRC's Water and Sanitation Section. Her motto is: "If we don't stand up for the cause of children, we won't stand up for anything in the world."

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