Campagne pour l’enregistrement des enfants à l’état civil

Campagne pour l'enregistrement des naissances à l’état civil:Madele et Aime, recoivent l’acte d’enregistrement a l’etat civil pour leur petite fille Eliza des mains d’Emmanuel, enfant-reporter

UNICEF/RDC/2016/Willemot/Madele et Aimé, reçoivent l’acte d’enregistrement a l’état civil pour leur petite fille Eliza lors de la campagne des enfants-reporter/Bandundu

‘Je croyais que c’était une blague quand les enfants reporters sont venus sur ma parcelle me parler de l’enregistrement de mes enfants à l’état civil’, explique Madele Bikushila Mbayi. ‘C’est quand j’ai vu qu’ils étaient accompagnés d’une adulte, maman Sylvie du ministère provincial de l’intérieur, que je me suis dit que cela devait être sérieux et que nous nous sommes mis, mon mari et moi, à écouter ce que les enfants avaient à nous dire.’ Madele le dit avec un sourire timide, comme si elle était gênée d’admettre – en présence de quelques enfants reporters – sa réticence initiale à écouter les enfants.

1 enfant sur 4 enregistré à l’état civil en RDC

Madele vit avec son mari Aime Tumba Sala à Mayoyo, une des trois communes de Bandundu-ville dans la province de Kwilu, à 500 km à l’Est de Kinshasa.

A Mayoyo – comme dans le reste la République Démocratique du Congo – la plupart des parents ne font pas enregistrer leurs enfants à l’état civil après leur naissance.

A travers le pays, seulement 25% des enfants sont inscrits à l’état civil. Et les parents de moins de deux enfants sur dix disposent de l’acte d’enregistrement chez eux. A cet égard, les statistiques de la République Démocratique du Congo restent quasi inchangées depuis dix ans.

Lorsque les enfants reporters de Bandundu ont été formés aux droits de l’Enfant par le ministère provincial de la Femme, Famille et Enfant et l’UNICEF, ils ont été choqués du faible taux d’enregistrement à l’état civil.
Merveille, enfant-reporter de 17 ans insiste :

“Pourtant, chaque enfant a le droit à une identité et doit pour cela être inscrit dans le registre de l’état civil.” 

La campagne spontanée des enfants reporters

Quand après la formation, Merveille s’est réunie avec Emmanuel,12 ans, et quelques autres enfants-reporters de Bandundu-ville pour développer un plan d’action, ils ont consulté le calendrier 2016 de l’UNICEF.

Parcourant le mois de mai, ils ont constaté que le 15 mai est la journée internationale de la famille. Le lien avec le thème de l’enregistrement à l’état civil était vite fait.

Les enfants reporters ont décidé de mener campagne auprès de parents de la commune de Mayoyo pour les convaincre de faire inscrire leurs enfants à l’état civil.

Ils se sont rendus auprès du ministre provinciale de l’intérieur qui a immédiatement réagi de manière positive.
Le Jour J du 15 mai, les enfants reporters se sont mis en route avec quelques encadreurs et maman Sylvie du ministère provinciale, avec sous leurs bras 100 formulaires de procuration pour l’enregistrement à l’état civil.

Convaincre chaque parent

Porte après porte, les enfants reporters se sont adressés à chaque parent. Emmanuel se rappelle bien comment les parents, après une hésitation, se sont mis à écouter leurs arguments en faveur de l’enregistrement de leurs enfants à l’état civil.

Emmanuel résume les messages qu’il a transmis aux parents : ‘L’enregistrement est un droit pour chaque enfant. Sans enregistrement à l’état civil, votre enfant n’existe pas devant la loi. De plus, votre enfant risque d’être laissé pour compte lors de l’héritage si vous venez à mourir. Et si votre enfant souhaite aller à l’étranger pour voyager ou pour ses études par exemple, il ne sera pas en mesure d’obtenir un passeport pour le faire.’

Ce plaidoyer a laissé peu de parents indifférents. En particulier, l’argument de l’héritage a fait mouche. Après le décès d’un parent les enfants sont souvent mis à l’écart dans le partage de l’héritage. Dans la province du Kwilu c’est traditionnellement l’oncle qui bénéficie de l’héritage, délaissant parfois complétement les intérêts des enfants.

C’est donc avec conviction que les parents visités par les enfants reporters ont rempli le formulaire de procuration pour l’enregistrement à l’état civil. Maman Sylvie s’est empressée d’aller les déposer à la commune.

100 enfants enregistrés à l’état civil

L’enregistrement à l’état civil est gratuit jusqu’à 90 jours après la naissance en République Démocratique du Congo.
Nous sommes aujourd’hui le 10 juin. Madele est surprise quand soudainement elle voit les enfants reporters se rapprocher de sa parcelle : ‘Je n’y croyais plus. Lors de leur visite les enfants reporters m’avaient dit qu’ils reviendraient une semaine plus tard avec l’acte d’enregistrement à l’état civil de notre fille Eliza, né le 22 avril dernier. Je les ai attendus, mais ils ne sont pas venus. J’étais déçue. Mais aujourd’hui je suis contente de les revoir, avec l’acte en main.’

Emmanuel comprend qu’elle ait été déçue. Lui aussi, il avait compté sur un traitement rapide des procurations par la commune, mais il a compris que le traitement des dossiers prend parfois un peu plus de temps que prévu.
Emmanuel est solennel quand il remet l’acte à Madele et Aime : ‘Aujourd’hui je vous remets l’acte de naissance à l’état civil de votre fille Eliza.’ Il en profite pour leur rappeler l’importance de l’enregistrement. Madele et Aime sont ravis et fiers.

Madele est ravie d’avoir maintenant l’acte d’enregistrement a l’etat civil de sa petite fille Eliza

UNICEF/RDC/2016/Willemot/Madele est ravie d’avoir maintenant l’acte d’enregistrement a l’état civil de sa petite fille Eliza/Bandundu

Et ils sont motivés de ne pas en rester là. Bientôt, ils vont faire des démarches pour obtenir l‘acte d’enregistrement à l’état civil du grand frère d’Eliza qui a maintenant deux ans et demi.

Pour lui, il faudra que la famille passe par un jugement supplétif payant, mais Madele et Aime, convaincus de l’importance de la chose, s’organiseront pour rassembler les fonds nécessaires.

La campagne continue

Pour Merveille, Beseli, Emmanuel et les autres enfants reporters de Bandundu-ville la journée est loin d’être terminée. Aujourd’hui ce ne sont pas moins de 40 actes d’enregistrement à l’état civil qu’ils vont pouvoir remettre aux familles de la commune de Mayoyo. Et une fois que la commune aura traité les 60 autres procurations, ils s’organiseront pour remettre ceux-là aussi.

Les enfants reporters rêvent du jour où tous les enfants de Mayoyo de Bandundu, du Kwilu et même de toute la République Démocratique du Congo disposeront de leur acte d’enregistrement à l’état civil.

En ce qui leur concerne, les enfants reporters vont continuer leur travail de plaidoyer au sein de leur ville. Ils savent qu’aujourd’hui ils ont des alliés solides en la personne de Madele, d’Aime et des autres parents de Mayoyo qui ont reçu l’acte pour leurs enfants et convaincront sans aucun doute les autres parents de la commune de suivre leur bon exemple.

Photo: UNICEF RDC 2016 Yves Willemot

Le Projet  d’Enregistrement des naissances à l’état-civil, dans le cadre du « renforcement des mécanismes de protection de l’enfant en rapport avec le droit fondamental à l’identité » bénéficie du soutien du gouvernement du Canada

The following two tabs change content below.

Yves Willemot

Yves Willemot est le chef de l’Équipe InfoCom de l’UNICEF RDC. Plus que tout, ce qui est important pour lui c'est d'être "tous ensemble pour les enfants".

Yves Willemot is Head of the UNICEF DRC InfoCom Team. More than anything, he believes that the most important is to "be together for the children".

2 comments

Laisser un commentaire