Crise au Kasaï : comment l’UNICEF répond à l’urgence ?

INTERVIEW D’EXPERT – La situation sécuritaire et humanitaire dans les Provinces des Kasaï est grave, avec un impact alarmant sur des milliers d’enfants. Quatre questions à Aude Rigot, Chef des urgences de l’UNICEF en RDC pour faire le point sur la crise au Kasaï, la situation des enfants et la réponse de l’UNICEF dans cette urgence.

Quels sont les conséquences de la crise au Kasaï pour les enfants ?

Depuis le début de cette crise jusqu’à ce jour la situation des enfants est préoccupante. On estime qu’actuellement plus d’un million de personnes sont déplacées par les violences, dont de nombreux enfants.

Nous signalons de nombreux cas d’enfants séparés de leur famille par les violences, Plus de 4 000 enfants séparés de leur famille ont été recensés dans les provinces affectées et 384 enrôlés dans les groupes armes. D’autres également ne peuvent plus se rendre à l’école à cause de cette période de vives tensions. Il y a donc un sérieux problème d’accès à l’éducation pour les enfants du Kasaï. On compte plus de 350 écoles détruites dans les Provinces du Kasaï, Kasaï  central et Kasaï oriental.

Outre le volet éducation, il y a un problème d’accès aux soins de santé. Les services de santé sont dysfonctionnels et font face à un manque de médicaments. Il y a également de nombreux cas d’épidémie de rougeole, des centres de santé ont été pillés… bref la situation sanitaire est critique, les enfants risquent de ne plus pouvoir être soignés.

Au Kasaï central 163 aires de santé dans les zones touchées par la crise ne sont plus opérationnelles sur les 420 que compte la province. Il s’agit donc d’une aire de santé sur trois qui ne fonctionne plus.

Que fait l’UNICEF pour les enfants dans la crise au Kasaï ?

L’UNICEF est actif depuis le début de la crise dans les Kasaï, et avait déjà atteint près de 38 000 personnes, dont 23 079 enfants dans sa réponse à l’urgence au 31 mars 2017.

Avant la crise, l’UNICEF disposait déjà de programmes de développement dans les provinces du Kasaï, qui se poursuivent. Dans le domaine de la Justice, l’UNICEF collabore avec le Tribunal pour Enfant pour assister les enfants en conflit avec la Loi, en particulier les enfants emprisonnés.

L’UNICEF intervient aussi dans le domaine de la santé et de l’accès à l’eau. Par exemple, dès le mois de novembre 2016, l’UNICEF a lancé un programme d’assistance multisectorielle, intégrant les volets : assistance en Articles ménagers essentiels (AME) pour les populations déplacées et les communautés vulnérables qui les accueillent. Ainsi l’UNICEF a distribué à 445 ménages déplacés et/ ou retournés les plus vulnérables, des articles ménagers essentiels (bidons, savons, bassine, bâches plastiques) ; 3 722 enfants affectés par le conflit ont participé à des activités éducatives, ludiques, récréatives et sportives et ont reçu un accompagnement psychosocial ; 35 000 habitants des zones les plus touchées par le conflit et personnes déplacés ont un accès gratuit à des soins de santé primaire de qualité ; 24 salles de classes sont en cours de reconstruction, ce qui permettra à 1 440 élèves des zones les plus touchées par le conflit d’avoir de nouveau accès à l’école .

Citons aussi les programmes d’appui aux services sociaux de base à partir de ses bureaux de Mbuji Mayi et Kananga depuis les années 90, et d’appui psychosocial au bénéfice des enfants affectés par les violences.

Enfin, signalons que l’UNICEF est actif dans la région de manière structurelle et continue à mettre en œuvre- dans la mesure où la sécurité le permet – ses programmes de développement structurel, tout en mettant en place une réponse d’urgence.

Pour pouvoir répondre aux besoins des enfants victimes de violence dans le Grand Kasaï, l’UNICEF a besoin des moyens financiers supplémentaires.

Quels sont les principaux défis pour répondre à cette urgence ?

Les défis sont nombreux. Tout d’abord sur le plan physique, il y a un problème d’accès logistique : les zones sont approvisionnées à partir de Kinshasa ou Lubumbashi, mais la logistique est un vrai défi !

Deuxièmement, la crise étant volatile et en pleine évolution il est difficile de savoir où intervenir précisément. La capacité de réponse est donc limitée étant donné que le  besoin est croissant et l’accès sécuritaire reste également une difficulté.

Enfin sur le plan financier, ces deux provinces ayant toujours été stables et calmes, l’UNICEF mettait principalement en œuvre des programmes de développement. Les fonds humanitaires disponibles étaient jusqu’à présent affectés principalement à la partie est du pays et à la province du Tanganyika, qui sont les provinces les plus touchées par les crises et conflits armés. Il faut donc réajuster les allocations financières et développer les capacités de réponse humanitaire en complément des actions de développement.

L’UNICEF a besoin de 20.6 millions de dollars américains pour pouvoir mettre en place la réponse d’urgence pour les enfants dans le Grand Kasaï. Actuellement l’UNICEF a pu sécuriser 3.5 millions de dollars seulement.

Nous en appelons à la responsabilité de tous, pour rassembler les fonds nécessaires pour permettre aux millions de familles affectées de se relever de la crise et permettre à leurs enfants de poursuivre leur développement. Sans soutien, l’UNICEF ne saura poursuivre sa réponse à la hauteur nécessaire.

Merci à la coopération britannique et au Fonds central d’intervention pour les urgences (UNCERF) pour leur soutien financier à la réponse d’urgence dans les zones affectées par la crise dans le Grand Kasai.

Pour plus d’information sur la crise au Kasaï

 

Interview réalisée avec la collaboration de Abdon SHABANI

Photo: UNICEF RDC 2016 Gabriele Erba

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Justine Mounet

Justine Mounet est consultante en communication à l’UNICEF RDC. Justine a rejoint l'UNICEF en 2013 car elle est croit que le plaidoyer et la participation de chacun sont essentiels pour faire avancer la société, le bien-être et les droits de tous. Justine est spécialisée dans l'engagement des jeunes à travers le web, convaincue que ce sont des acteurs puissants du changement. Son leitmotiv ? "L'arbre qui tombe fait plus de bruit que la forêt qui pousse" : portons la voix de la forêt en germe !

Justine Mounet is a Communication Consultant at UNICEF in DRC. Justine joined UNICEF in 2013 because she believes that advocacy and everyone's participation are essential for advancing society, as well as the well-being and the rights of all. Justine has specialized in digital youth engagement, convinced that they are powerful actors of change. Her leitmotiv? "The tree that falls makes more noise than the forest that grows": let's make the growing forest heard!.

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