« Mon cœur allait s’arrêter tellement que les douleurs étaient intenses »

déplacé du Tanganyika

Jeanne et son bébé au camp de Katanika (Kalemie)

Dans la Province du Tanganyika, à l’est de la RDC, les violences  interethniques ont des conséquences dramatiques sur la santé des mères et des enfants. Je suis allé à la rencontre de Jeanne, 34 ans, qui a accouché sous le crépitement des balles, couchée sur de simples feuilles de bananier.

« C’était au mois d’octobre 2017, j’étais chez moi à la maison dans le village de Rutuku, au bord du Lac Tanganyika. J’étais enceinte de 8 mois. Un soir vers 17 heures, alors que mon mari était parti à la pêche au lac, des soldats ont fait irruption dans notre village. Des coups de balle ont retenti… Nous avons commencé à fuir ! J’ai pris mes enfants pour aller en direction de Kalemie. Après 4 ou 5 kilomètres de marche, j’ai senti des douleurs au bas ventre et puis du sang a commencé à couler. J’avais des contractions et elles continuaient à s’intensifier. Je ne comprenais pas car je n’étais qu’à 8 mois de grossesse ! Il était impossible de retourner au village par crainte des représailles mais aussi parce que toute le village était vidé de ses villageois. »

Jeanne, une mère courage

La naissance d’un enfant est normalement un moment de joie, un moment inoubliable pour toutes les mamans. Mais l’histoire de Jeanne et de la naissance du petit Paul est toute autre.

« Je me suis forcée pour arriver jusqu’à un autre village mais je ne pouvais plus. Mes pieds ne fonctionnaient plus et ne voulaient plus avancer. Quelques femmes du groupe sont parties couper des feuilles de bananier et je me suis allongée dessus. J’entendais toujours le crépitement des balles et mes enfants pleuraient à côté de moi… Pendant plus de deux heures, j’ai crié comme un animal à cause des douleurs que je n’avais jamais connues dans ma vie. Quand Paul est sorti, je n’avais ni gant ni linges. Des femmes récupéré un roseau pour couper le cordon ombilical et se sont servi d’un vieux pagne pour l’envelopper. »

Une heure après la naissance du petit Paul, sur les rives du Lac Tanganyika, Jeanne fait face à une nouvelle douleur très vive : les contractions pour l’expulsion du placenta. « Mon cœur allait s’arrêter tellement que les douleurs étaient intenses. Toutes les techniques traditionnelles mises en place pour faire sortir le placenta étaient vaines », poursuit Jeanne, les larmes aux yeux. « C’est tard dans la nuit que le placenta est enfin sorti. Les mamans qui m’accompagnaient dans ma souffrance m’ont alors prises par la main jusqu’à Katibili, situé quelques kilomètres plus loin. Nous y sommes arrivés autour de 2 heures du matin et nous avons trouvé refuge au bord d’une maison. Il faisait très froid ce jour-là. »

Maintenir la santé des enfants et des femmes au cœur de la crise

« Après avoir passé trois jours à Katibili, mes enfants et moi avons rejoint le camp de Katanika à Kalemie. Quelques semaines plus tard, mon mari, que je croyais mort, est arrivé ici », conclut Jeanne, soulagée.

Depuis qu’ils installés au camp de Katanika, situé à une dizaine de kilomètres au sud-ouest de ville de Kalemie, la situation pour Jeanne et ses enfants est toujours compliquée. Paul, qui a aujourd’hui 4 mois, n’a encore reçu aucun vaccin. Le choléra et la malnutrition sont des menaces constantes au camp.

Les conflits interethniques ont un impact dramatique sur la santé des mères et des enfants. La destruction de 30 structures sanitaires a réduit l’accès aux soins de santé pour la population affectée par la violence. Les taux de prévalence de malnutrition aiguë auprès des enfants sont en augmentation dans de nombreuses zones de santé. Le conflit, le manque de nourriture et d’accès à l’eau constituent un terrain favorable pour la prolifération des épidémies de rougeole et de choléra, récurrentes dans les Provinces de Tanganyika.

Plus d’informations sur les violences interethniques au Tanganyika:

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Benjamin Kasongo

Benjamin Kasongo est membre du Réseau des Journalistes Amis de l'Enfance (RJAE), basé à Kalémie.

Benjamin Kasongo is member of the network Réseau des Journalistes Amis de l'Enfance (RJAE), based in Kalémie.

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