Les déplacés dans les camps du Tanganyika ont urgemment besoin d’assistance

Les déplacés dans les camps du Tanganyika ont urgemment besoin d’assistance

Je rencontre Françoise au bout du camp. Elle vient de l’autre côté de la colline, avec tous ses effets personnels sur sa tête. « C’est un nouveau réfugié », explique l’un des responsables du camp qui m’a accompagné pendant la visite du camp de Katanika 2. Le camp est situé à quelques kilomètres de Kalemie, la capitale de la Province du Tanganyika dans le sud-est de la République Démocratique du Congo. Plus de 6.000 ménages, dont plus de 10.000 enfants, ont trouvé refuge ici, fuyant la violence inter-ethnique dans leurs villages.  

Fuir dans les camps pour s’abriter de la violence

camp de Katanika 2

Francoise a tout perdu dans sa fuite, même le contact avec son mari et ses enfants.

Françoise connaît bien le camp. Elle y a vécu plusieurs mois, avant d’avoir rejoint son village dans l’espoir de retrouver la paix et de se construire sa vie. La vie dans le camp est pénible. Tout manque. Quand elle a entendu que la violence avait cessé dans son village, elle n’a pas hésité. Avec son mari et ses enfants, elle est retournée dans son village, à 18 kilomètres du camp. Un jour de marche. Ce n’était pas facile de refaire une vie dans le village. Tout avait été détruit. Mais Françoise et son mari ont pris leur courage à bras le corps. Ils ont reconstruit leur case et repris le travail sur le champ. Pendant un moment, leur vie semblait avoir repris. Jusqu’à ce que la violence atteigne à nouveau son village.

Françoise essaie de contenir ses larmes : « Je travaillais sur la terre quand j’ai entendu des coups de feu au loin en direction de notre village. J’étais paniquée. Je me suis précipitée vers le village. C’était l’horreur, à nouveau. Les cases qui avaient été reconstruites après la première attaque, étaient en feu. Il y avait des corps sur le sol de villageois tués par des flèches empoisonnées. Le village était désert. Je me suis avancée dans le village vers notre case. Mon mari et mes enfants avaient également disparu. Je n’ai pu les retrouver. C’est alors que j’ai décidé de fuir à nouveau. J’ai emballé toutes nos affaires et je suis reparti en direction du camp, que j’avais quitté quelques mois plus tôt, plein d’espoir. »

Françoise est désespérée. « Je ne sais pas quoi faire. Je n’ai plus rien. Le peu d’argent que nous avions est avec mon mari. »  Francoise a une tante qui vit dans le camp. Elle va essayer de la retrouver et de s’installer chez elle. Et puis, elle veut retrouver au plus vite son mari et les enfants.

Un conflit qui affecte des centaines de milliers de personnes

Un conflit intercommunautaire, opposant des groupes de miliciens pygmées et de populations bantous, touche la Province du Tanganyika depuis plusieurs années. La violence s’est accentuée les derniers mois, poussant des centaines de milliers de personnes dans la Province du Tanganyika et des Provinces voisines du Sud-Kivu et du Maniema à fuir leurs villages.

Mwamba Bulimwengu, responsable du camp déplacés de Katanika2, au alentours de Kalemie.

Le camp de Katanika 2 est né en mai après une nouvelle vague de violence. La vie dans le camp est misérable. Les services de base sont minimaux. Un petit poste de santé mobile a été installé à l’entrée du camp. Il apporte un appui médical pour les enfants. Quelques points d’eau ont été installés à l’intérieur du camp. Mais, c’est largement insuffisant. Mwamba Bulimwengu est un chef traditionnel. Il a fui son village de Katibili pour la violence, à 15 kilomètres au sud de Kalemie.

Arrivé dans le camp, il a été nommé par les habitants du camp comme responsable du camp. À ce titre, il accueille les nouveaux déplacés qui arrivent dans le camp. Il assure aussi la sécurité dans le camp, avec l’aide de quelques jeunes.  

« J‘essaie de convaincre les dirigeants politiques de la Province de nous aider. Parce que ce n’est pas une vie. Nous vivons ici comme des animaux. Depuis que le camp a vu le jour il y a six mois, 60 personnes sont déjà mortes. Il faut que l’on nous aide, » dit-il avec colère.

Le travail de l’UNICEF et de ses partenaires

L’UNICEF est installé depuis de nombreuses années dans les Provinces du Tanganyika et du Sud-Kivu et dispose d’un réseau de partenaires locaux. Avec ses partenaires il apporte un appui aux personnes nouvellement déplacées et retournées grâce au programme de Réponse Rapide aux Mouvements de Populations (RRMP).

De plus, l’UNICEF organise la vaccination des enfants contre la rougeole, la prise en charge des enfants malnutris, la lutte contre le choléra, la distribution de kits scolaires et récréatifs, la formation d’enseignants en éducation à la paix et pour la prise en charge psychosociale des enfants et la protection des enfants affectés par la violence, blessés et/ou non accompagnés. Mais sa réponse humanitaire est largement insuffisante à cause de l’accès humanitaire limité et le manque de fonds.

 

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Yves Willemot

Yves Willemot est le chef de l’Équipe InfoCom de l’UNICEF RDC. Plus que tout, ce qui est important pour lui c'est d'être "tous ensemble pour les enfants".

Yves Willemot is Head of the UNICEF DRC InfoCom Team. More than anything, he believes that the most important is to "be together for the children".

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Yves Willemot est le chef de l’Équipe InfoCom de l’UNICEF RDC. Plus que tout, ce qui est important pour lui c'est d'être "tous ensemble pour les enfants".

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