Des enfants, pas des soldats !

Des enfants, pas des soldats !

Ensemble contre le recrutement et l’utilisation d’enfants

Aujourd’hui, nous célébrons l’anniversaire de la campagne « Enfants pas Soldats »(1). Cette campagne a été lancée en mars 2014 par Leila Zerrougui, Représentante Spéciale du Secrétariat Général des Nations Unies pour les enfants et les conflits armés, et le Directeur Exécutif de l’UNICEF Anthony Lake.

Elle a pour objectif d’accélérer la fin du recrutement et de l’utilisation d’enfants dans les forces et groupes armés d’ici à 2016. La RDC fait partie des pays concernés par cette campagne (2): un Plan d’Action pour la lutte contre le recrutement et l’utilisation d’enfant ainsi que les autres violations graves des droits de l’enfant par les forces armées et les services de sécurité de la RDC a été développé (3).

L’UNICEF et ses partenaires travaillent ensemble à la mise en œuvre de ce Plan d’Action, notamment à travers l’assistance aux enfants associés aux forces et groupes armés. En mission à Goma, à l’occasion de la journée internationale des enfants soldats, j’ai pu visiter le « centre de jour » de PAMI (4), partenaire de l’UNICEF.

PAMI travaille avec 60 familles d’accueil, dont 20 sont spécialisées dans l’accueil des enfants sortis des forces et groupes armés. Les enfants y sont pris en charge dans un environnement familial de façon transitoire et participent aux activités organisées au sein du « centre de jour » avec les enfants de la communauté.

En parallèle, les acteurs de protection de l’enfant recherchent leur famille et préparent leur réunification familiale et réinsertion socio-économique.

Durant cette journée, en présence des leaders communautaires, les enfants anciennement associés aux forces et groupes armés ont souhaité partager leur histoire à travers leurs témoignages et une pièce de théâtre qu’ils avaient préparée.

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L’importance de la réinsertion des enfants sortis des forces et groupes armés et de leur réintégration durable

« Je suis Charles (5), j’ai 17 ans. J’ai été enrôlé dans un groupe armé. Mes parents biologiques habitent Walikale où je ne peux pas vivre à cause de l’insécurité. Je vis malgré moi ici à Goma, je ne sais pas comment rejoindre mes parents. Je ne suis pas content d’être sorti de mon groupe armé parce que je me sentais plus en sécurité avec eux. Dites-moi comment rentrer chez moi».

Cette poignante déclaration témoigne de la crainte des représailles de certains enfants dans leur zone de réunification. En retournant chez eux, ils peuvent se sentir exposés aux vengeances, soit des groupes armés qu’ils ont quittés, soit des membres de leur communauté à qui il peut arriver de les considérer comme des « ennemis ».

Même dans les communautés des familles d’accueil où ils sont pris en charge, il arrive qu’ils soient stigmatisés, mis à l’écart ou accusés de vols ou d’actes de violence.

C’est le rôle des acteurs de protection de l’enfant d’éviter que cela n’arrive à travers un processus de réinsertion et de réintégration approprié et un travail constant avec les réseaux communautaires de protection de l’enfance.

C’est notre rôle de mettre tout en œuvre pour s’assurer que les enfants sont réinsérés en sécurité, placés dans des conditions favorables à leur développement et épanouissement, en mesure de faire des choix pour leur avenir sans être victime de stigmatisation, sans craindre des représailles ni des groupes armés ni des membres de leur communauté et en étant protégés contre les risques de re-recrutement.

Les enfants eux-mêmes ont formulé leur souhait de bénéficier de programmes de réinsertion et réintégration efficaces. Ils ont été encouragés par de jeunes adultes ayant été associés aux groupes armés qui leur ont redonné espoir en partageant leur expérience de réintégration réussie grâce à l’accompagnement de l’UNICEF et de ses partenaires :

« Je suis Eric. Maintenant je ne suis plus un enfant mais j’ai été un enfant associé aux groupes armés. J’ai bénéficié du soutien de PAMI et de l’UNICEF pour m’en sortir. Ils m’ont appuyé avec une activité génératrice de revenus. J’ai pu acheter un vélo avec lequel je transportais de l’eau pour la vendre. Grâce à cette activité, j’ai pu continuer mes études jusqu’à l’université. Aujourd’hui je suis un animateur de paix et je sensibilise les communautés à la cohabitation pacifique. »

La réintégration durable des enfants est indispensable notamment pour éviter qu’ils soient recrutés à nouveau dans les forces et groupes armés.

L’intérêt supérieur de l’enfant doit être privilégié pour lui assurer un futur qui lui convient.

vanessC’est pourquoi, l’UNICEF fait de son programme de réintégration des enfants sortis, en particulier des filles, une priorité. Nous voulons permettre aux parents d’être mieux préparés à l’acceptation d’un enfant dont le comportement peut avoir changé suite à la rupture familiale et aux traumatismes qu’il a pu voir ou subir.

Pour ce faire, nous voulons travailler davantage avec les réseaux communautaires existants qui appuieront les familles. Pour consolider le cadre communautaire et prévenir les ré-enrôlements d’enfants dans les groupes armés, un accent doit être mis sur la scolarisation et la formation professionnelle des enfants sortis des forces et groupes armés afin d’optimiser leur perspective d’avenir.

Une communauté engagée et solidaire

« Je suis Innocent, j’ai 16 ans. Je suis porte-parole du club d’enfants de ce quartier. Je suis très content de retrouver nos frères et sœurs qui ont été associés aux groupes armés. Nous les encourageons à rentrer en famille et vivre comme tous les autres enfants. Nous aimons nos frères et nous ne cessons de sensibiliser les enfants de la communauté pour qu’ils ne soient pas marginalisés. Nous venons souvent ici au centre de jour pour jouer avec eux, surtout pendant les séances de Capoeira. Nous remercions l’ONG PAMI et l’UNICEF pour ces activités. Ne cessez jamais et soyez bénis. »

Le club d’enfants du quartier joue un rôle très important dans la communauté. C’est un vecteur d’intégration et de socialisation. L’engagement de la communauté est essentiel pour faciliter la réintégration des enfants ayant été associés aux forces et groupes armés.

A la fin de cette journée, les membres des Réseaux Communautaires de Protection de l’Enfance et du Club d’enfants se sont engagés à renforcer la sensibilisation communautaire et la vulgarisation des droits de l’Enfant.

Les autorités locales ont reconnu leur premier rôle de garant de la sécurité des enfants placés dans les familles d’accueil. Les membres du Club d’enfants ont encouragé, l’organisation régulière des rencontres entre les enfants sortis des forces et groupes armés et les autres enfants de la communauté. Ils ont salué l’initiative de la Capoeira qui « rapproche tous les enfants sans discrimination ».

Tous ensemble, nous saisissons l’occasion de l’anniversaire de la campagne « Enfants pas soldats » pour réitérer notre engagement contre le recrutement et l’utilisation d’enfants dans les forces et groupes armés.

La seule arme que nos enfants devraient avoir, c’est leur stylo !

(1) Pour plus d’informations: https://childrenandarmedconflict.un.org/fr/enfants-pas-des-soldats/

(2) Les autres pays sont l’Afghanistan, le Myanmar, la Somalie, le Sud Soudan, le Soudan et le Yémen.

(3) Un Groupe de Travail Technique Conjoint (GTTC) rassemblant le gouvernement de la RDC, les agences des Nations Unies (UNICEF, HCR, BIT, OCHA etc.) et la MONUSCO a été mis en place pour la mise en œuvre des activités du Plan d’Action. Des GTTC provinciaux sont actifs à Goma, Bukavu et Kisangani depuis 2014. Un autre sera instauré A Lubumbashi en 2015. Le GTTC a élaboré un plan de communication pour prévenir et lutter contre le recrutement et l’utilisation d’enfants par les Forces et Groupes armés.

(4) « Programme d’Appui à la Lutte contre la Misère ».

(5) Tous les noms utilisés dans cet article ont été changés.

Merci à l’ONG PAMI pour son apport dans la rédaction de cet article, aux enfants du centre de jour et à la communauté pour leur accueil chaleureux.

Photo: UNICEF RDC 2015 Ndiaga Seck

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Vanessa Wirth

Vanessa Wirth is a Child Protection Officer at UNICEF where she used to coordinate the Child Protection in Emergencies Working Group in DRC. She is currently in charge of the Birth Registration pillar. Specialized in Human Rights, she strongly believes that protecting children’s rights is the best approach to tackling their vulnerabilities and guaranteeing a smooth transition to adulthood. Her leitmotiv? Never stop dreaming.

Vanessa Wirth est Chargée de Protection de l’Enfant à l’UNICEF ou elle a coordonné le Groupe de Travail sur la Protection de l’Enfant en situation d’urgence en RDC. Elle est actuellement responsable du pilier Enregistrement des Naissances. Spécialisée en droits humains, elle croit fermement que la protection des droits des enfants est la meilleure approche pour atténuer leur vulnérabilité et garantir une transition en douceur vers l’âge adulte. Son credo : « N’arrête jamais de rêver ».

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