Devenu voleur pour survivre – expérience de Mani, dans un groupe armé

Devenu voleur pour survivre – expérience de Mani, dans un groupe armé

« Voler des chèvres, des porcs, des poules, des légumes et tubercules pour nourrir les combattants, telle était notre tâche dans le groupe armé qui nous a recrutés. Et nous n’avions pas le droit de manger la viande ; juste une banane par jour. Quand bien même certains enfants voudraient rejoindre un groupe armé pour n’importe quelle raison, je le leur déconseille fortement. La jungle n’est pas pour les enfants », m’a confié Mani lors de mon entretien avec lui au Centre de transit et d’orientation de CAJED situé dans la ville de Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu, à l’Est de la République démocratique du Congo.

Gout d’aventure

Mani est un jeune adolescent de 15 ans, jovial et plein d’énergie. Il est originaire du territoire de Masisi, Nord-Kivu. Il a un tel sens d’aventure qu’il ne s’empêche pas d’expérimenter une nouvelle opportunité. Pendant que Mani et ses compagnons jouaient au football, les militaires du groupe AP-CLS les ont obligés de porter leurs bagages. Ils étaient trois. En arrivant au quartier général du groupe armé, ils rencontrèrent d’autres enfants qui fumaient des cigarettes. Ils se dirent que probablement la vie était belle par-là car les enfants sont libres de fumer des cigarettes. Ils décidèrent de rester avec eux.

Désillusion

Quelques jours passèrent et Mani finit par déchanter. Le libertinage auquel il aspirait se transforma en exploitation. « Je portais l’arme non pas pour combattre mais pour voler du bétail et des tubercules. Nous apportions, dans notre campement, des chèvres, porcs et poules mais nous n’avions pas le droit d’en manger. Parfois nous escortions notre commandant aux débits de boissons, lui a l’intérieur en train de se souler, nous munis d’armes, affamés et assoiffés, dehors en train de veiller à sa sécurité ».

Un enfant n’est pas un soldat

La situation de Mani s’empirait de plus en plus. Son frère, qui avait été enrôlé dans le même groupe armé quelques deux ans auparavant, est mort aux fronts. « La jungle m’a appris à devenir un grand voleur. Et si tu tombes malade, ta mère n’est pas là pour s’occuper de toi ; tu dois te débrouiller », a déploré Mani. Il a réussi à s’échapper de ce groupe pendant les affrontements. « Pendant que les combattants avançaient vers l’autre village, mes deux compagnons et moi étions derrière entrain de ramasser du bétail et des tubercules abandonnés par les villageois. Comme toute l’attention était tournée vers le combat, j’ai demandé à mes compagnons de nous enfuir. Ils ont hésité, craignant d’être tués si on nous attrapait. Ils ont fini par adhérer à mon idée. Nous avons abandonné armes, tenues et butins de guerre et avons réussi à fuir jusqu’à notre village. Mais nous ne devrions pas y rester, sans attestation de démobilisation. C’est ainsi que nous avons été conduits jusqu’ici au CTO.

Un nouveau départ

« J’apprends beaucoup de choses ici au centre. Nous jouons aux jeux divers dont la capoeira. C’est une sorte de combat qui permet de considérer l’adversaire non pas comme un ennemi mais comme un ami. C’est différent de ce que j’ai appris auparavant et c’est très intéressant. Les cours et les autres activités ludiques nous permettent d’oublier les déboires de la vie militaire pour redevenir des enfants normaux ». La seule chose qui reste et qui tient Mani à cœur, c’est de retourner dans son village auprès des siens.
La réhabilitation à travers l’appui de l’UNICEF
Mani est l’un des enfants encadrés par le centre de CAJED appuyé par l’UNICEF pour la réintégration des enfants sortis de forces et groupes armés. Au cours de l’année 2015, l’UNICEF et ses partenaires ont assuré la prise en charge de 3597 enfants sur toute la zone est RDC dont 480 filles et 3117 garçons.

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Cynthia Kanyere

Cynthia Kanyere est chargée de communication à l’UNICEF pour la Zone Est RDC. Sociologue de formation, elle travaille depuis 2005 dans domaine du journalisme et de la communication. Elle est fascinée par les enfants, quelle que soit leur classe sociale ou leur race. Son credo : « Agis pour chaque enfant de la même façon que tu agis pour ton propre enfant ».

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