Rose, enfant combattant dans une milice au Tanganyika

enfant dans une milice

Pour chaque enfant, protection (UNICEF RDC 2016 Mounet)

BLOGUEUR INVITÉAu Tanganyika, au cœur du conflit inter-communautaire opposant les pygmées aux bantous, des dizaines d’enfants quittent les bancs de l’école pour rejoindre les rangs des milices d’autodéfense. Notre blogueur invité est allé à la rencontre de Rose, enfant combattant dans une milice.

Le Tanganyika, un territoire ravagé par des conflits centenaires

Depuis le mois d’août 2016, la province du Tanganyika, vaste de près de 500 000 km2, est le théâtre des affrontements entre deux communautés : les Twa (pygmées) et les Luba (bantous). En plus des effets dévastateurs sur le plan politique et économique, ce conflit inter-communautaire affecte durement la scolarisation des enfants. De plus, les enfants – filles et garçons – participent activement aux combats. Plus de 175 enfants selon CDJP Nyunzu (Commission Diocésaine Justice et Paix) ont été contraints d’abandonner les études, enrôlés dans ces deux milices d’autodéfense comme combattants pour défendre leurs villages et acquis identitaires.

Profitant de ma mission à Kyoko, centre de négoce situé à 135 km à l’ouest de Kalemie, pour la sensibilisation des déplacés sur les droits de l’enfant, j’ai effectué une randonnée de 10 km jusqu’au camp de déplacés de Nyeleba, pour rencontrer Rose, une enfant associée comme combattante à la milice d’autodéfense Luba.

La vie d’un enfant combattant combattant dans une milice au Tanganyika

Rose est une fille issue du groupe ethnique Luba (bantou). Dans la province du Tanganyika, les Luba – qui sont très attachés aux us et coutumes – vivent pacifiquement aux côtés des Hemba, des Holoholo et des Kalanga mais cohabitent très difficilement avec les Twa (pygmées).

Âgée de 14 ans, Rose, qu’on appelle aussi « élément » (nom donnée aux combattants d’une milice d’auto défense), dit, s’être battu avec son cœur. Elle a adhéré à cette milice pour venger son oncle et sa tante maternels, tués par les Pygmées.

« Mon oncle fut tué à Miswaki I, enterré quelque part dans la brousse. Je me bats pour protéger ma communauté et me protéger moi-même »

Visage décontracté par moment mais souvent renfermé, cette petite combattante se souvient de l’affrontement de Miswaki II, village ferroviaire situé à environ 90 km de Kalemie vers Nyemba.

« J’étais la seule fille dans un groupe de 20 garçons. Les Pygmées avaient pris le village Miswaki II d’assaut, quand nous sommes arrivés, nous avons trouvé le chef de village et plusieurs autres villageois tués à coup de flèches et à l´arme blanche. Nous avons repoussé les Pygmées et avons sauvé le reste de la population cachée dans la forêt. Maintenant tout s’est calmé »

L’école : l’espoir pour l’avenir

Même pour ceux dont l’enfance a été confisquée, l’école reste leur rêve le plus cher. Rose a cessé d’aller à l’école en 3e année du primaire. Même si elle ressent le besoin et le devoir de s’impliquer dans ce conflit, elle pense toujours à l’école.

« A Nyemba où j’habite chez ma grande sœur, je pleure quand je vois d´autres filles aller à l´école. J´aimerai aussi étudier car je voudrais pouvoir lire et écrire une lettre toute seule. Je sais ce que représentent les études car elles m´aideraient à subvenir aux besoins de mes parents quand ils seront vieux. »

En cette période où les populations sont amassées dans les camps de déplacés dans tous les territoires du Tanganyika, Rose appelle le gouvernement de la RDC à faire stopper les tueries dans la province car comme elle, de nombreux enfants combattent aux cotés des milices des Pygmées et Luba.

Rose souhaite encadrer les enfants de son âge pour que tous retrouvent le chemin de l’école. Aujourd’hui, elle est devenue active en sensibilisant les acteurs locaux pour démobiliser ses amis enfants encore dans les milices et les réinsérer socialement.

Le long chemin vers l’éducation

En dépit des efforts fournis tant par le gouvernement que par ses partenaires, les enfants sont chaque jour enrôlés dans des milices Pygmées et Bantous. Des centaines d’enfant arrêtent leur éducation, ce qui aura des conséquences négatives sur leur insertion dans la vie professionnelle et sociale.

Lors de la célébration de la Journée internationale de lutte contre l’utilisation des enfants soldats le 12 février 2017 à Kyoko, les Journalistes Amis des Enfants et les Enfants Reporters ont insisté sur le fait que la protection des enfants est l’affaire de tous. Parents, enseignants, chefs traditionnels et religieux ont un rôle important à jouer pour sensibiliser l’ensemble de la communauté au respect des lois protégeant les enfants. Ils doivent, entre autres, signaler les cas ou tentatives d’utilisation d’enfants aux autorités et acteurs de protection de l’enfant tels que l’UNICEF, la section de la Protection de l’Enfant de la MONUSCO et les ONG locales et internationale.

Si la situation perdure, l’école restera orpheline de ses enfants et c’est toute la communauté de demain qui sera sacrifiée.

Plus d’informations à propos des enfants utilisés dans les conflits en RDC

Merci aux coopérations suédoise (SIDA), américaine (USAID), canadienne (ACDI/CIDA), japonaise (JICA), néerlandaisebelge ainsi qu’à l’UNICEF France, l’AMADEUNICEF Allemagne et l’aide antérieure du CERF pour leur soutien aux programmes d’assistance aux enfants anciennement associés aux forces et groupes armés.

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Mandela Longa Ntutula

Ancien Enfant Reporter de Kalemie formé par l’UNICEF, Mandela Longa Ntutula est aujourd'hui journaliste et continue son combat en encadrant la nouvelle génération d’Enfants Reporters.

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