Enfant soldat en RDC: “Obedi”est revenu de loin

enfant soldatBLOGUEUR INVITE – Plus de 20 000 enfants soldats ont été libérés des forces et groupes armés en République Démocratique du Congo (RDC) ces dix dernières années, selon un récent rapport du Fonds des nations unies pour l’enfance (UNICEF). Ancien enfant soldat en RDC, Obedi nous livre son témoignage.

Etre enfant soldat en RDC

« J’ai poussé un ouf de soulagement quand j’ai pu enfin quitter l’armée. Je ne voulais plus être forcé à accompagner les militaires ou à crever de froid la nuit. Parfois, j’ai frôlé la mort car je me suis souvent trouvé sur le front, à transporter des morts ou des blessés… »,raconte-t-il.

Le jeune Obedi avait 11 ans lorsqu’il a commencé à accompagner des militaires de l’armée régulière, qui opérait dans son village, à Nyamilima, en province du Nord-Kivu.

La guerre après la rue

L’air calme : « j’ai aujourd’hui 21 ans ». Il remonte dans le temps pour raconter son histoire. Il a très tôt été contraint de quitter le banc de l’école, suite à la mort de ses parents, emportés par la rébellion du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), qui a commencé vers les années 2007, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC).

Comme il errait toujours sans but dans les rues de Nyamilima, son village natal, il a été enrôlé par les militaires pour transporter leur matériel (caisses de munitions, bagages). Des jours pas si faciles, à compter de cette date : « Je me lève à l’aurore, repas frugal et nuits froides à la belle étoile».

Enfant et déjà Sergent-major

Le regard vif, Obedi raconte comment durant les premières années du conflit, il s’est engagé aussi dans les rangs de la rébellion du groupe Mai-Mai du guerrier Shetani, jeune homme de son village. « Je me suis battu à plusieurs endroits : d’abord à Nyamililma mon village natal, Ishasha, sur la frontière congolo-ougandaise, et à Kisharo où on recevait beaucoup d’argent en érigeant une barrière de véhicules», explique-t-il.

L’heure du réveil ayant sonné, il décide de se sauver. « Il me fallait absolument quitter la rébellion, même si j’ai terminé mon séjour là-bas avec le grade de Sergent-major. Je n’avais plus l’envie de continuer à me battre », se souvient-il.

Après le M23, la démobilisation

Ce n’est qu’à la suite de la guerre contre la rébellion du M23 vers la fin de 2013 que le programme national de démobilisation, désarmement et réinsertion PNDDR-section enfant a transporté ces enfants soldats du Nord-Kivu jusqu’à Kamina, dans l’ex-province du Katanga.

« Nous étions plus de deux cents enfants-soldats, si je me souviens bien ! », dit-il. Ce programme concerne tous les enfants soldats faisant partie d’un groupe armé ou d’une force armée, y compris les enfants qui ont le rôle de porteurs ou de messagers, renseigne ainsi un sensibilisateur communautaire.

Obedi, faisait donc partie des enfants que ce programme du gouvernement congolais tenait à réinsérer dans la vie civile. Lui qui a combattu en RDC et parfois en Ouganda, employé à la fois par les forces gouvernementales et par celles de l’opposition.

Enfant soldat, la descente aux enfers

Ce jeune adolescent a vécu des scènes macabres de la guerre, d’où ses troubles psychiques. Obedi : « parfois, lors des attaques des rebelles dans mon village, j’étais obligé de rester avec les militaires. Je tremblais d’effroi en entendant les balles siffler au-dessus de nos têtes, sans compter le bruit des explosions de grenades ou les cris des rebelles. C’était effrayant, de telle sorte que des fois, je faisais des cauchemars la nuit. »

L’air las, Obedi déclare qu’il veut tout oublier pour retourner à la vie civile. Après la démobilisation des enfants soldats, suit leur réintégration sociale. Selon Katembo Malekani, responsable du projet

démobilisation, réintégration, prévention du recrutement des enfants soldats, « l’éducation est primordiale pour la réinsertion sociale. », Mais, il existe, ajoute-t-il, d’autres formes d’apprentissage pour permettre à ceux qui ne veulent pas poursuivre le cursus classique normal de bénéficier d’une formation technique.

L’ancien enfant soldat réalise son rêve

Devant une maison en briques non cuites en construction le jeune soldat démobilisé avoue ne pas vouloir retourner à l’école très tôt pour le cursus normal, il a honte vu son âge.

 « Tout ce que je désirais, c’était avoir un salon de coiffure ou bien passer mon permis de conduire » me dit Obedi en arborant avec un large sourire.

Optimiste, le jeune garçon est aujourd’hui en train de s’en sortir. Grâce au projet de démobilisation et réinsertion sociale, Obedi a pu bénéficier d’une aide qui lui a permis de construire sa maisonnette. « J’ai reçu aussi une aide en nature, des tondeuses et les accessoires qu’il me fallait pour mon salon de coiffure ! » précise-t-il.

Pendant ce temps, il gagne un peu d’argent chaque jour dans cette activité. Il poursuit la construction de la maison de ses parents morts depuis la guerre : « Celle-ci est en briques cuites et ne manque que des tôles pour la toiture. » témoigne un voisin qui apprécie aussi l’œuvre de ce jeune garçon qui rend hommage à ses parents.

Plus de 20 000 enfants soldats de la RDC ont été libérés des forces et groupes armés ces 10 dernières années, selon un récent rapport du Fonds des nations unies pour l’enfance (UNICEF).

Enfants, pas soldats

Plus d’informations sur la protection des enfants sortis des forces et groupes armés en RDC:

Enfants associés aux forces et groupes armés

Merci aux coopérations suédoise (SIDA), américaine (USAID), canadienne (ACDI/CIDA), japonaise (JICA), néerlandaise, belge ainsi qu’à l’UNICEF France, l’Amade, UNICEF Allemagne et l’aide antérieure du CERF pour leur soutien aux programmes d’assistance aux enfants anciennement associés aux forces et groupes armés.

Photo : UNICEF RDC 2011 Asselin

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Joseph Tsongo

"Je suis Joseph Tsongo, journaliste reporter et blogueur dans l'Est de la RDC. Depuis l'enfance, je porte dans mes veines le virus du journalisme. Dans mes blogs, articles ou au micro de la radio, je traite de la vie des petits et grands, des jeunes et vieux, et surtout de la promotion des bonnes pratiques et initiatives, des gens modèles dans leur domaine d'activité. Je reste actif sur les réseaux sociaux et travaille pour plusieurs agences de presse. 'Des petits pas, pour des profits géants'.

"I amJoseph Tsongo, a reporter and blogger based in Eastern DRC. blogueur dans l'Est de la RDC. Since childhood, I have the journalism virus. In my blogpost, articles and on the radio, I talk about the lives of children and grow-ups, young and old people; most of all, I promote good practices, initiatives and role models. I am an active user of social networks and I work for various press agencies. My moto: "small steps for huge profits".

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