Enfant d’une milice d’auto-défense : quel avenir pour Shindano ?

Enfants dans les milices en RDC

Pour chaque enfant, protection (UNICEF DRC Falvo)

BLOGUEUR INVITEDepuis des années au Tanganyika, un conflit intercommunautaire oppose les pygmées aux bantous. Les femmes et enfants sont les premières victimes des affrontements. Bien plus encore : des centaines d’enfants se sont retrouvés aux premières lignes des groupes d’auto-défense.

Shindano, un enfant dans une milice d’auto-défense

Dès l’éclatement des affrontements, les aînés et les personnes détenant le pouvoir enrôlent les enfants dans leurs milices. Ces enfants vont apprendre à développer la haine, à  promouvoir la brutalité, le goût de vengeance  au nom de la défense de l’identité.

Au cœur du Tanganyika, Shindano a été l’un de ces enfants : il a dû abandonner ses études primaires pour combattre aux côtés des adultes.

Les enfants au cœur d’un conflit intercommunautaire

Le conflit intercommunautaire entre les pygmées (Twa) et Luba (bantous) remonte aux années 2013. En août 2016, il a resurgi sur un fond des revendications des droits  de la part des Twa et de la suprématie des  Luba, qui prétextait que les Twa devaient continuer à être assujettis.

Le Tanganyika, province vaste de près de 500 000 km2, frontalier à la province du Sud-Kivu, a été embrasé par ce conflit intercommunautaire qui a causé énormément de pertes humaines parmi lesquelles des femmes et des enfants. Il a tout d’abord commencé sur le territoire de Nyunzu au Nord avant de s’étendre aux autres territoires tels Kabalo, Manono à l’Ouest, Kalemie à l’Est et Moba au Sud du Tanganyika.

Pour grossir leurs rangs, les groupes d’auto-défense ethniques communément appelés « Eléments » ont recouru au recrutement d’enfants, filles et garçons, dont l’âge varie de 12 à 17 ans. A ce jour, selon les rapports de services territoriaux Genre, Famille et Enfants de Manono, Kabalo, Nyunzu, les groupes d’auto-défense comptent plus de 1910 enfants combattants en attente de démobilisation. Shindano était l’un d’eux ; il a quitté le groupe d’autodéfense Luba.

A la rencontre de Shindano, enfant d’une milice d’auto-défense

Nyemba, village, situé à 135 km de Kalemie chef-lieu de la  province du Tanganyika. Nous y avons rencontré un jeune enfant soldat de la milice d’autodéfense bantou Luba. Il nous raconte comment il a pris conscience de ses droits en tant qu’enfant :

« Je m’appelle Shindano, j’ai douze ans et je suis un « élément »  c’est-à-dire un combattant armé dans la milice du groupe d’autodéfense bantou Luba. En Septembre 2016, j’ai décidé au vu des tueries de Luba perpétrées sans vergogne par les Bambote (Pygmées, peuple autochtone) de m’enrôler dans cette milice comme enfant soldat. J’ai senti à ce moment-là que ma vie allait véritablement changer. Dans le champ de combat j’étais souvent sur la  ligne d’attaque, non seulement pour coordonner les opérations, mais aussi pour pousser et entraîner mes amis à tuer les Pygmées avec nos flèches.

Comme d’habitude dans de ce genre de groupe, mes chefs qui étaient plus âgés que moi, m’envoyaient régulièrement découper en morceaux les Twa (Pygmées) qui n’étaient pas encore morts. Je vengeais ainsi mes proches portés disparus.

Chaque jour après la bataille, j’avais terriblement faim. Je pouvais passer deux à trois jours sans manger. J’étais obligé de voler des poules, des canards et des légumes pour me nourrir. »

Du plaidoyer à la démobilisation : l’action des Enfants Reporters

« Tout a changé pour moi lorsque j’ai assisté à la séance de plaidoyer menée par les Enfants Reporters sous l’encadrement des Journalistes Amis des enfants auprès de nos chefs de troupes sur les droits des enfants. Au cours de cette séance, j’ai entendu Guislin, Enfant Reporter dire “Je suis un enfant, ma place est à l’école et non dans les milices d’autodéfense. L’enfant doit être protégé par les adultes”. »

A partir de cet instant Shindano a eu le sentiment d’avoir été utilisé et exploité par ses supérieurs.

« Ils m’ont poussé, montré comment  tuer, voler et  ont tiré  des avantages sur moi. Mais, moi, je n’ai tiré aucun gain. Sauf, peut-être, des blessures de flèches, des piqûres d’abeilles et des souvenirs horribles

J’ai finalement compris que j’ai des droits et j’ai l’obligation de les revendiquer auprès de mes parents, de mes aînés et de nos autorités locales et aussi de tout faire pour qu’ils soient respectés.

Mes chefs de milice étaient impressionnés de m’entendre leur dire que je voulais qu’on respecte mes droits et depuis, à chaque fois qu’il y’a des voyageurs qui vont vers Ngombe, ils me demandent si je suis prêt à partir. »

Shindano tient à retourner auprès de ses parents biologiques encore vivants ou de parents adoptifs afin de continuer ses études.

Une mobilisation à tous les niveaux

Outre la dénonciation des groupes d’autodéfense ethniques utilisant des enfants, l’UNICEF ne cesse, par le biais des Enfants Reporters, de mener des séances de plaidoyer auprès des autorités locales et provinciales qui prennent des mesures interdisant le recrutement des enfants et la démobilisation de ceux qui s’y trouvent.

Grâce aux contrats signés avec les médias de proximité, la promotion de la cohabitation pacifique entre les deux groupes ethniques est assurée  via  la diffusion des messages relayés par 16 radios communautaires appuyées financièrement par UNICEF. Par ailleurs, des séances de plaidoyers appuyées par UNICEF sont menées auprès des chefs des milices et détenteurs du pouvoir traditionnel pour obtenir la démobilisation des enfants enrôlés et leur insertion sociale.

Shindano pourra progressivement retrouver sa place dans la société et continuer à apprendre à lire et à écrire dans un cadre formel ou non formel, grâce à l’accompagnement des Enfants reporters et du RJAE (Réseau des Journalistes Amis des enfants).

Plus d’informations concernant l’utilisation des enfants par les groupes armés en RDC

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Benjamin Kasongo

Benjamin Kasongo est membre du Réseau des Journalistes Amis de l'Enfance (RJAE), basé à Kalémie.

Benjamin Kasongo is member of the network Réseau des Journalistes Amis de l'Enfance (RJAE), based in Kalémie.

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