Un avenir plus serein grâce à l’enregistrement du mariage

Vêtus de leurs splendides tenues de cérémonies assorties vertes et blanches, Charline Tayeye, 28 ans, et Gabriel Kasuta, 30 ans, se dirigent d’un pas solennel vers le bâtiment de la Commune de Mayoyo, à Bandundu ville, capitale de la province du Kwilu, pour y célébrer leur union civile et faire enregistrer leur mariage.

Un mariage aux couleurs locales

Arrivés devant le bâtiment, fraîchement repeint en jaune, ils sont accueillis par les cris et les danses de leurs amis, proches et familles, ainsi que par un concert de sifflets stridents, faisant penser à une rencontre sportive.

Plus calme, Laurette Lheke Shito, bourgmestre adjointe de la Commune, les attend derrière un bureau sur lequel trône étrangement une bouteille de Fanta orange. Ici, il est en effet de coutume que les époux s’échangent mutuellement un verre de « sucré », en plus des traditionnelles alliances, afin de sceller leur union.

De l’enregistrement du mariage à la protection de l’Etat

Si Charline et Gabriel ont souhaité enregistrer leur mariage à l’Etat civil, c’est avant tout pour bénéficier de la protection de l’Etat, en cas de rupture ou de décès de l’un des deux conjoints.

« Ma famille et moi avons économisé pendant onze années pour réunir la dote versée au père et à la mère de mon épouse », explique Gabriel. La liste de la dote, qui s’étale sur plusieurs pages, a été déposée à la Commune de Mayoyo. Elle se compose d’objets divers s’élevant à plus de 1000$ (costumes, paires de chaussures, vaisselles, sel, machettes, lames de rasoir, cigarettes, aiguilles, pagnes, bijoux, etc.) et est répartie entre le père et la mère de la mariée.

Pour les mariés, qui ensemble avouent ne gagner qu’environ 300$ par an, cela représente une somme considérable dont « le versement doit être officialisé par l’Etat ». « Chez nous, les disputes concernant la dote – la famille de l’épouse prétendant ne pas l’avoir reçue en intégralité – peuvent aller jusqu’au meurtre ! ».

De plus en plus de mariages enregistrés

Charline et Gabriel ne connaissent aucun autre couple ayant enregistré leur union à l’Etat civil. Depuis leur mariage, cependant, leurs voisins, curieux, viennent leur poser des questions. « Les gens sont intéressés, mais ils pensent que l’enregistrement à la Commune est cher et qu’ils vont au-devant de nombreuses tracasseries administratives ». L’ONG NDJF (Nouvelle Dynamique de la Jeunesse Féminine), partenaire de l’UNICEF, consciente de la méfiance à l’encontre des autorités, mène depuis le début de l’année un plaidoyer, à la fois auprès des couples et de l’administration, pour convaincre les uns et les autres des avantages de l’enregistrement des mariages. Ainsi, la Commune de Mayoyo, qui n’avait enregistré que 77 unions en 2014 et 79 en 2015, a accepté de revoir ses tarifs à la baisse (25$ à 30$ contre 50$ habituellement). Ainsi, la Commune a vu le nombre de mariages enregistrés grimper à 156 cette année alors que l’année n’a pas encore touché à sa fin.

Une conscientisation sur les avantages de l’enregistrement des mariages

Peu de temps avant Charline et Gabriel, un autre couple, Claudine et Moke, âgés respectivement de 50 et 59 ans, avaient également décidé d’officialiser leur union auprès du bourgmestre de Mayoyo, quinze années après leur mariage coutumier. Plus jeune, Claudine vivait avec un autre homme, sans être mariée légalement. « J’ai eu quatre enfants de lui », explique-t-elle. « Quand il est mort, ma belle-famille m’a menacée et a fini par me mettre à la porte pour récupérer la maison et tous les biens de mon défunt compagnon. Je suis allé voir les autorités, et ils m’ont demandé une preuve du mariage, que je ne pouvais présenter. Par conséquent, les autorités n’ont rien pu faire et j’ai dû fuir dans une église avec mes quatre enfants. J’ai tout perdu ». « Ce mariage civil, c’est l’accomplissement du rêve de ma vie ! », sourit-elle.

Femmes et hommes, progressons ensemble

Les causes profondes des violences basées sur le genre tirent leur source de pratiques traditionnelles et de la persistance d’inégalités de statuts et d’opportunités offertes respectivement aux hommes et aux femmes.

À travers le programme “Femmes et hommes, progressons ensemble“, l’UNICEF et le Ministère du Genre, famille et enfant, financés par l’Union européenne à hauteur de 25 millions d’euros, souhaitent agir sur toutes les violences basées sur le genre et leurs causes profondes.

Reportage photo réalisé par Gwenn Dubouthoumieu (2016)

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Gwenn Dubourthoumieu

Gwenn Dubourthoumieu s’est intéressé à la photographie alors qu’il travaillait en Afrique pour des ONG humanitaires. Professionnel depuis avril 2010, son travail est régulièrement récompensé. Il travaille régulièrement pour UNICEF RDC en tant que consultant photographique.

Gwenn Dubourthoumieu became interested in photography while working in Africa for humanitarian NGOs. Professional since 2010, his work is regularly rewarded.  He's a photography consultant for UNICEF DRC.

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