Une formation professionnelle pour se remettre du traumatisme

Une formation professionnelle pour se remettre du traumatisme

Cela ne fait que quelques mois que Bahati a commencé l’apprentissage de la charpenterie et pourtant, il en maitrise la technique et sait qu’il peut en tirer profit. « La charpenterie m’aide et peut aider ma famille. En plus, c’est quelque chose que je peux continuer à faire pendant mes études » raconte Bahati. Le jeune homme de 16 ans aime la charpenterie et il a du talent mais ce n’est pas le travail qu’il souhaite avoir plus tard. « Je voudrais reprendre mes études et devenir un ingénieur en agriculture » clarifie-t-il.

Pendant qu’il suit cette formation professionnelle, Bahati essaie aussi de se remettre du traumatisme d’avoir assisté à des scènes d’horreur. Il y a trois ans, il a arrêté ses études pour rejoindre un groupe armé en territoire Walikale dans la province du Nord-Kivu. Alors âgé de 13 ans, il avait pris cette décision innocemment sous l’effet de la colère après que son village ait été attaqué et que son père et ses frères et sœurs aient été tués. « Je voulais me venger mais maintenant je regrette » souligne le garçon en mesurant les pertes et les gains d’une telle expérience. « Les enfants de mon âge ont continué à aller à l’école et ont grandi. J’ai perdu beaucoup. »

Soutien psychosocial, examens médicaux et loisirs pour faire face au traumatisme

Bahati apprend la charpenterie dans un centre de transit géré par le BVES (Bureau pour le Volontariat au Service de l’Enfance et de la Santé), partenaire de l’UNICEF, pour les enfants ayant été enrôlés dans des groupes armés. En juillet 2014, quelques 120 garçons passent par le BVES dans l’attente que leurs familles soient recherchées et retrouvées et qu’ils puissent être réunis. La protection et les soins provisoires apportés aux enfants sortis des forces ou groupes armés ont lieu au centre de transit et en milieu familial.

Les Centres de Transit et d’Orientation (CTO) tels que le BVES offrent un abri, un soutien psychosocial, des examens médicaux, des loisirs et de l’éducation non formelle aux enfants dans un foyer d’hébergement.

Les familles d’accueil sont aussi une excellente source de soin et de protection puisqu’elles offrent aux enfants un environnement familial en attendant qu’ils soient réunis avec leurs propres familles. « La recherche des familles peut prendre du temps, en fonction des difficultés rencontrées et du manque de sécurité » explique Murhabazi Namega, le coordinateur du BVES. « Les enfants ne peuvent pas être réunis à leur familles dans les zones toujours en guerre, de peur qu’ils ne se fassent enrôler à nouveau. »

On estime que 30% des membres de groupes armés dans l’Est de la RDC sont des garçons et filles mineurs. Sur l’année 2014, il est prévu qu’environ 3 000 enfants soient sortis des groupes armés à travers le pays.

Pourtant, seul un petit nombre de filles sont libérées par ces groupes. « Les filles continuent d’être sous-représentées parmi les enfants libérés qui accèdent à des programmes de soutien, » explique Inah Kaloga, Spécialiste en Protection de l’UNICEF en RDC de l’Est. « Tant que nous ne serons pas en mesure d’offrir aux filles des programmes adaptés à leurs besoin spécifiques et à leur vulnérabilité, la stigmatisation sociale dont elles sont victimes ne cessera pas de les faire reculer et de restreindre leurs opportunités sociales et économiques ».

L’enrôlement d’enfants est l’amorce de bien d’autres violations encore

L’enrôlement des enfants inclut plusieurs autres violations dont la violence sexuelle, la privation et les traumatismes. Avec un soutien important du gouvernement américain à travers l’USAID, l’UNICEF et ses partenaires tentent de répondre aux problèmes de violation et à l’impact social que représente l’enrôlement des enfants dans des groupes armés, ainsi qu’à leur retour à la vie communautaire.

Lors de sa visite en RDC en juillet, la deuxième dame des États-Unis, Jill Biden, a visité les Centres de Transit et d’Orientation du BVES et a rencontré des enfants anciennement enrôlés dans des forces et groupes armés pour en apprendre plus sur les défis auxquels ils font face. « Nous sommes allés à l’hôpital de Panzi ce matin où nous y avons vu des victimes de violences sexuelles, et nous allons maintenant à ce centre pour jeunes hommes » dit-elle. « C’est tellement beau d’entendre la joie, de voir la joie et les danses et d’entendre ces voix élevées qui ne demandent que la paix et la sécurité » ajoute Biden alors qu’elle réitère que les États-Unis et la RDC vont continuer de travailler main dans la main afin de lutter contre les crimes touchant les femmes et les enfants.

Les jeunes comme Bahati ont perdu leur enfance. Bien qu’il reçoive une protection et des soins temporaires au BVES et qu’il ait l’espoir de reconstruire sa vie, le jeune homme sait que le groupe armé lui a volé ses rêves. « Je conseille aux enfants de ne jamais rejoindre l’armée. Tu te bats et tu peux mourir; tu y perds ta famille, tu y perds ta vie, » conclut-il.

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* Bahati n’est pas le vrai nom de cet enfant. Son vrai nom a été tenu secret par peur de représailles.

Traduit de l’anglais par Sylvain Paslier

Photo: UNICEF RDC 2013 Breanna Ridsdel

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Ndiaga Seck

Ndiaga Seck est le Spécialiste en Communication de l’UNICEF à l’Est de la RDC. Il a une spécialisation en Études Humaines et Sociales, en Éducation et en Journalisme. Pendant les huit dernières années, il a travaillé pour IRIN et OCHA en Afrique de l’Ouest, OCHA et UNICEF en RDC. Son credo : « Un monde digne des enfants est à portée de main. Saisissons-le ! »

Ndiaga Seck is a UNICEF Communications Specialist in Eastern DRC. He specializes in human and social studies, education and journalism. For the past eight years, he has worked with IRIN, OCHA, in West Africa. His leitmotiv: “A World fit for children is within reach. Let’s grab it!”

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