« A 17 ans, je suis un ex-milicien »

enfants miliciens au Kasaï

François, ex-milicien (UNICEF RDC 2017 David)

TEMOIGNAGE François*, 17 ans, revient des zones de conflits de la Province du Kasaï-Central. Il a fait partie 500 cas enregistrés d’enfants utilisés comme combattants dans le conflit coutumier qui a pris naissance à Dibaya, l’un des territoires de sa Province.

De la pauvreté aux armes

La Province du Kasaï-Central est l’une des plus pauvres de la République Démocratique du Congo (RDC). C’est dans ce triste contexte que François nous explique son histoire :

« On ne m’a pas forcé d’adhérer à ce mouvement insurrectionnel car j’y suis allé de mon plein gré. J’ai été motivé par la misère et la souffrance des gens dans mon village. Tout était difficile : étudier, manger, etc. Cela ne me plaisait pas. »

« Un homme est venu nous parler de ce mouvement en nous assurant que cela allait améliorer notre vie. Nous devions nous battre pour libérer notre pays. Nous étions convaincus que nous allions gagner. »

François se rend vite compte qu’il se bat pour une raison qui ne se justifie plus.

« Ce qui m’a beaucoup attristé c’est la perte de mes proches. Il y a eu trop de sang versé et cela m’a découragé. C’est surtout le nombre de pertes en vie humaines qui m’a fait reculer et m’a fait accepter de réintégrer la société. J’ai perdu mon grand frère. Mon vœu était d’arrêter la guerre et de vivre en paix. »

Un centre pour aider les enfants à se reconstruire

Le Bureau National Catholique pour l’Enfance (BNCE), une organisation partenaire de l’UNICEF, organise la récupération des enfants démobilisés au Kasaï-Central.

Un centre pour les anciens enfants miliciens au Kasaï

Centre d’encadrement des enfants en situation exceptionnelle (UNICEF RDC 2017 David)

La terrible expérience de François, comme celle des centaines d’autres jeunes impliqués dans ce conflit, n’est pas sans conséquence comme nous le souligne Pierre Tshilenge, le psychologue du centre.

enfants miliciens au Kasaï

Pierre Tshilenge (UNICEF RDC 2017 David)

« Les enfants ont vu les affres de la guerre, ils ont vu des images et ont vécu des situations que les enfants de leur âge ne devraient pas affronter. Par exemple voir une tête décapitée, utiliser un poignard pour pouvoir enlever la vie à quelqu’un, c’est affreux ! Ils ont vécu cela mais ils ont appris à le gérer sous l’effet de la toxicomanie. »

« Il faut arriver à leur faire comprendre qu’en tant qu’enfant, ils n’ont rien à avoir avec une telle lutte. Il faut qu’ils acceptent de vivre comme de simples enfants. La facilité que nous avons vient du fait que les enfants ont accepté de travailler avec nous. Cela permet d’établir une relation de confiance entre nous. »

Le cas de François n’est pas isolé, chaque jour de nouveaux cas viennent s’ajouter à ceux déjà pris en charge par le BNCE. L’UNICEF est mobilisé pour assurer leur prise en charge mais également organiser leur réintégration familiale et scolaire.

François regrette d’avoir été entraîné dans ce conflit. « Je vous demande, comme à des parents, de m’aider à rester en vie, à oublier cette histoire et à me retrouver mes parents. »

Un conflit aux multiples conséquences pour les enfants

Dans la débâcle et le chaos qui ont succédés aux différentes batailles, beaucoup d’enfants se sont retrouvés éparpillés dans différentes zones. Le docteur Patrick Matala, Chef de Bureau de l’UNICEF Kananga, souligne que les défis sont importants dans la Province.

« 52% des enfants de la Province souffrent de malnutrition chronique et 74,9% de ménages vivent en dessous du seuil de pauvreté. De plus, l’enquête N Moda  a démontré que 95% des enfants de moins de 15 ans sont privés d’au moins un de leurs droits majeurs (santé, éducation, eau, assainissement, information). C’est très inquiétant. L’UNICEF a dû faire face à un défi de taille : avec l’éclatement de la crise, nous avons été obligé de travailler dans un mode d’urgence alors que la plupart des projets mis en place dans la Province l’étaient dans un mode de développement. »

« Entre 4 000 et 6 000 enfants sont non accompagnés dans la zone, ils ont été séparés de leurs parents lorsqu’ils étaient en fuite pour s’éloigner des atrocités et des combats entre éléments des milices et forces régulières. Ces enfants sont en cours d’identification. L’UNICEF est en train de se battre pour d’une part, assurer leur prise en charge et d’autre part, organiser leur identification, rassemblement et réintégration. »

Il est important de pouvoir rappeler à la communauté internationale ce qu’il se passe dans le Grand Kasaï.

Plus d’informations sur les enfants anciennement associés aux forces et groupes armés

Les estimations de besoins humanitaires 2017 indiquent que 5,7 millions d’enfants auront besoin d’aide en urgence. En plus des zones d’urgence chronique, de nouveaux conflits sont nés dans les Kasaï et le Tanganyika. L’UNICEF co-préside avec la MONUSCO l’équipe spéciale pays sur les mécanismes de surveillance et communication sur les violations graves faites aux enfants dans les conflits armés et contribue ainsi à la protection des droits des enfants dans les conflits. L’UNICEF assiste le gouvernement pour mettre fin aux violations graves des droits des enfants dans le conflit et assure la coordination humanitaire via le groupe de travail protection de l’enfant. L’UNICEF renforce la prévention par la formation des acteurs sur les risques de protection, et la planification de contingence. La réponse aux crises est donnée par un appui psychosocial; la prise en charge, réunification familiale, réintégration des enfants sortis des groupes armés ou non accompagnés/séparés; et une assistance multisectorielle aux survivants de violence sexuelle.

[1] Deuxième enquête démographique et de santé (2013)

[2] Rapport N-MODA sur les privations non monétaires (2016)

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Douglas David

Depuis 2009, Douglas, cinéaste, a participé à de plusieurs projets mis en place par l’UNICEF et a formé de nombreux Enfants-Reporters. Au delà de la passion, l’image est pour lui un moyen efficace de dire au-delà des mots!

Since 2009, Douglas, filmmaker, has participated in several UNICEF projects and has trained many Child-Reporters . Beyond his passion, he finds that the image is the perfect way to say what words cannot!

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