Gérard, enfant accusé de sorcellerie, réintègre sa famille

unicef-drc-2016-reejer-enfants-sorciers

UNICEF/DRC/2016/Dubourthoumieu/REJEER/Child accused of witchcraft/Kinshasa


Le phénomène des enfants accusés de sorcellerie en RDC est un véritable défi dans la protection de l’enfance, avec de sérieuses répercussions sur la problématique des enfants de la rue comme un groupe vivant sans soins parental adéquat dans le pays.

Un enfant sorcier rejeté et banni du clan familial

Gérard est un garçon de 14 ans né à Tshikapa, un village de l’ancienne province du Kasaï Occidental. Gérard s’installe à Kinshasa avec sa mère après que son père, soldat, les ait abandonné quand il n’était qu’un enfant. En tant que fils aîné de trois frères, il resta seul au pays, après que les deux autres aient été victimes du trafic d’enfants qui les fit sortir du pays. Gérard a passé près de trois mois dans le Centre pour garçons ” Ndako Ya Biso ” sans établir une réelle relation de confiance ; il parlait très peu de sa vie et de l’histoire de sa vie familiale.

Ce n’est qu’après une séance de psychoéducation de groupe que le garçon eût le courage et commença à parler de son histoire et de sa triste expérience de vie : ” Ma mère vivait avec sa sœur aînée. Elles ont loué une maison dans un quartier pas loin d’ici. Dans cette même maison, elles ont également accueilli ma grand-mère. J’ai dû fuir et plusieurs organisations ont essayé par le passé de me ramener, mais je suis toujours retourné à la rue. En fait, mon seul vrai problème, c’est ma mère. C’est à cause de son comportement que je ne peux pas rester avec ma famille. Ma mère, à qui j’associe ma tante et ma grand-mère, m’accuse et m’appelle sorcier. J’ai été forcé à participer à des séances atroces d’exorcisme dans certaines églises du renouveau à Kinshasa. Les accusations et des mauvais traitements ont toujours continué. C’est pourquoi j’ai perdu tout plaisir à vivre avec elles. J’ai peur de revivre encore une fois les mêmes atrocités. Cependant, ce sont toujours mes parents, les seules personnes responsables pour moi… “.unicef-drc-2016-reejer-groupe

UNICEF/DRC/2016/Dubourthoumieu/REJEER group/Kinshasa

Un long chemin vers la réconciliation

Les éducateurs de ” Ndako Ya Biso ” ont offert à Gérard un soutien psychologique et psychothérapique, en renforçant sa confiance en soi. C’est un point crucial que l’enfant puisse se réconcilier, tout d’abord, avec lui-même. A la suite de ces séances d’échanges, Gérard a finalement accepté de rencontrer sa famille, accompagné par certains éducateurs. L’équipe a organisé une réunion avec la famille pour s’assurer qu’elle démontre sa volonté d’accueillir Gérard et reconnaisse que l’accusation de sorcellerie était une erreur. Les séances de médiation ont abouti la réconciliation progressive et soutenue entre Gérard et sa famille.

Les séances de psychothérapie ont révélé que le garçon avait développé:

  • – Une crise flagrante de l’identité paternelle ;
  • – Une crise psychologique grave, causée par l’accusation de sorcellerie et l’obligation d’avouer de faux évènements
  • – Un sentiment de détresse liée à la stigmatisation de la sorcellerie, au sein de sa famille et dans le voisinage ;

Après différents échanges et séances avec sa famille, Gérard a été enfin à mesure de recréer son propre espace personnel au sein de sa famille. Un microcrédit (couvrant les frais scolaires de Gérard) et une garantie de loyer en guise de soutien de la protection sociale ont accompagné le processus de réunification. Gérard a également obtenu un certificat de naissance soutenant la (re-)création d’un cadre juridique ainsi que l’identité sociale au sein de sa famille – lesquels ont conduit progressivement à un fort processus de réinsertion.

unicef-drc-2016-reejer-enfant-jeu

UNICEF/DRC/2016/Dubourthoumieu/REJEER – Children playing/Kinshasa

L’approche de l’UNICEF

Un recensement complet des enfants vivant dans la rue a été effectué à Kinshasa en 2006 par REEJER1 (“Réseau des éducateurs des enfants et jeunes de la rue“) avec l’appui de l’UNICEF, suivi par des exercices d’estimation. Alors que la pauvreté est un facteur important, il a été constaté que 70  % des enfants qui vivaient dans la rue ont quitté leur famille à la suite d’une accusation de sorcellerie.

Les enfants accusés de sorcellerie qui finissent par vivre dans la rue, comme d’autres enfants qui grandissent sans soins parentaux adéquats, sont trop souvent rejetés non seulement par leur famille mais aussi par l’ensemble de la communauté. Par conséquent ils abandonnent l’école et sont exposés à différentes formes d’abus et de violations..

L’UNICEF travaille au niveau communautaire avec différents partenaires de développement tel que le REEJER. Cette coopération s’articule autour de quatre grands axes :

1. Accent sur la prévention : entre janvier 2014 et décembre 2015, les éducateurs de l’ONG membres du REEJER ont formé plus de 500 prêtres des autorités religieuses locales (notamment les églises revivalistes) sur la protection de l’enfant et ont obtenu leur engagement à mieux traiter la question des accusations de sorcellerie contre des enfants.

2. Soins immédiats pour enfants de la rue : au cours de la même période, plus de 10 000 enfants vivant dans la rue ont bénéficié d’un hébergement dans un abri temporaire/centre ou dans des familles d’accueil, ainsi que de soins médicaux, nutritionnels et d’assistance juridique.

3. Réunification et réinsertion sociale : parallèlement au soutien accordé aux familles vulnérables à répondre aux besoins plus immédiats des enfants vivant dans la rue, des efforts particuliers ont été entrepris pour la réinsertion sociale des enfants réunifiés. 728 enfants (dont 148 filles) ont été réunifiés en 2015 seulement. En particulier, 102 enfants (dont 48 filles) ont bénéficié de la formation professionnelle, 110 de l’aide économique et 516 de soutien pour les frais de scolarité.

4. Coordination & renforcement du système global : afin d’améliorer la réponse aux défis de la protection de l’enfance au sens large, y compris une nouvelle fois les enfants touchés par les accusations de sorcellerie, L’UNICEF a appuyé le REEJER en renforçant sa coordination, son plaidoyer et ses capacités d’action – tout en reliant le travail continu avec la poursuite de la réforme du “travail social”.

1 REEJER, Report on comprehensive census on children living on the street, october 2006, Kinshasa – DRC, 162 p.

Traduit de l’anglais par Eric Ahassa

The following two tabs change content below.

Didier Kuma

Didier Kuma est éducateur au centre pour garçons "Ndako Ya Biso", membre du réseau REEJER.

Didier Kuma is educator for "Ndako Ya Biso", NGO member organization of REEJER

Derniers articles parDidier Kuma (voir tous)

One comment

  • Le phenomene enfants dits sorciers prend beaucoup de l’ampleur.Mais,je pose plusieurs questions.Faudra t- il que ces enfants se revoltent?qu’ils commencent a deranger la communaute voire meme constituer un danger,pour que l’on se penche sur leur problemes et droits fondamentaux?Ensemble,sensibilisons le droit de l’enfant.

Laisser un commentaire