Innocent : ancien enfant soldat, aujourd’hui revit à travers le centre de transit et d’orientation de Goma

Innocent : ancien enfant soldat, aujourd’hui revit à travers le centre de transit et d’orientation de Goma
Des enfants soldats démobilisés, issus de différents groupes armés du Nord-Kivu, participent à un entrainement et une démonstration de capoeira organisé par l'UNICEF dans un Centre de Transit et d'Orientation géré par le Concert d'Actions pour Jeunes et Enfants Défavorisés, une association de Goma, à l'Est de la République démocratique du Congo, le 29 septembre 2015. / Demobilized child soldiers from various armed groups in Eastern Congo, are participating in a training and a demonstration of capoeira organized by the UNICEF in a Transit and Orientation Centre run by the local NGO CAJED , in Goma, capital of the North-Kivu province of the Democratic Republic of Congo, on September 29th,2015.

Des enfants soldats démobilisés, issus de différents groupes armés du Nord-Kivu, participent à un entrainement et une démonstration de capoeira organisé par l’UNICEF dans un Centre de Transit et d’Orientation géré par le Concert d’Actions pour Jeunes et Enfants Défavorisés, une association de Goma, à l’Est de la République démocratique du Congo, le 29 septembre 2015

Pour les garçons âgés de 12 à 16 ans du centre de transit et d’orientation (CTO) de Goma, géré par l’association CAJED (Concert d’Actions pour Jeunes et Enfants Défavorisés) avec l’appui de l’UNICEF, la journée démarre à 7h00 par le petit-déjeuner. Les jeunes sont ensuite répartis dans différents groupes pour suivre, selon leurs choix, des cours d’alphabétisation, de remise à niveau scolaire, ou d’initiation au dessin, à la couture, au chant, à la musique ou à la danse. Dans l’après-midi, après le repas et une sortie en ville accompagnée, ils pourront se détendre : aujourd’hui, Dieudonné est venu les initier à la capoeira ! Les 37 jeunes qui vivent ici ont tous la particularité d’être d’anciens enfants-soldats tout récemment démobilisés. Les centres de transit et d’orientation ont été créé pour faire face à l’afflux massif d’enfants sortis des groupes armés : dans l’est de la République démocratique du Congo, depuis 2004, chaque année, entre 3000 et 4000 enfants sont sortis des groupes armés. Ici, au pic de son activité, en 2013, le centre a accueilli 188 enfants lors d’une vague de démobilisation de milices suite au départ du M23. Dès que possible, L’UNICEF tente de placer tous les enfants-soldats démobilisés dans des familles d’accueil, avant de les réunir avec leur famille d’origine. Quand le nombre d’enfants dépasse les capacités d’accueil, priorité est donnée aux filles, et les garçons transitent par un CTO, en général moins de 3 mois.

 

Des enfants soldats démobilisés participent à un atelier de couture au Centre de Transit et d'Orientation de l'association congolaise CAJED (Concert d'Actions pour les Jeunes et Enfants Défavorisés), soutenu par l'UNICEF, à Goma, capitale du Nord-Kivu, en République démocratique du Congo, le 30 septembre 2015. / Demobilized child soldiers are attending a sewing workshop in a Transit and Orientation Centre run by the local NGO CAJED, supported by the UNICEF, in Goma, capital of the North-Kivu province of the Democratic Republic of Congo, on September 29th,2015.

Des enfants soldats démobilisés participent à un atelier de couture au Centre de Transit et d’Orientation de l’association congolaise CAJED (Concert d’Actions pour les Jeunes et Enfants Défavorisés), soutenu par l’UNICEF, à Goma, capitale du Nord-Kivu, en République démocratique du Congo, le 30 septembre 2015.

Innocent est arrivé au centre il y a 18 jours. À l’âge de 13 ans (il en a aujourd’hui 15), il a volontairement rejoint les maï-maï Pareco, une milice d’auto-défense agissant dans le massif du Masisi, au Nord-Kivu, car « tous ses amis du quartier s’était déjà enrôlés ». Innocent était en 2ème secondaire, allait tous les jours à l’école et aimait ça. Mais il s’est fait influencer par ses amis qui lui ont dit qu’il mangerait tous les jours de la viande, et qu’on lui donnerait des vêtements et des bottines. « Chez moi, il pouvait se passer plus de 2 semaines sans que je mange un morceau de viande. Chez PARECO, j’étais employé à faire la cuisine, alors j’ai pu manger de la viande jusqu’à 3 fois par semaine. Je n’ai reçu ni vêtements ni bottine, mais quand nous partions piller des villages, nous pouvions en récupérer. Pour le reste, en revanche, la vie était mauvaise. Dès que je faisais une erreur, on me tabassait. On me frappait pour un rien, par exemple si on me trouvait au puit, on prétextait que je trainais trop et on me fouettait. Il ne se passait pas une semaine sans que je sois frappé ». Après 4 mois de ce régime, malgré les menaces répétées de venir le chercher chez lui s’il partait, Innocent a pris la fuite avec 2 amis.

Des enfants soldats démobilisés, issus de différents groupes armés du Nord-Kivu, posent dans un Centre de Transit et d'Orientation géré par le Concert d'Actions pour Jeunes et Enfants Défavorisés, une association de Goma, à l'Est de la République démocratique du Congo, après avoir participés à un entrainement et une démonstration de capoeira organisé par l'UNICEF, le 29 septembre 2015. / Demobilized child soldiers from various armed groups in Eastern Congo, are posing after a training and a demonstration of capoeira organized by the UNICEF in a Transit and Orientation Centre run by the local NGO CAJED , in Goma, capital of the North-Kivu province of the Democratic Republic of Congo, on September 29th,2015.

Des enfants soldats démobilisés, issus de différents groupes armés du Nord-Kivu, posent dans un Centre de Transit et d’Orientation géré par le Concert d’Actions pour Jeunes et Enfants Défavorisés, une association de Goma, à l’Est de la République démocratique du Congo, après avoir participés à un entrainement et une démonstration de capoeira organisé par l’UNICEF, le 29 septembre 2015

Le répit fut de courte durée, juste le temps d’apprendre que son père était décédé. Deux jours après être rentré chez lui, une autre milice maï-maï est venue piller son village, et Innocent s’est fait capturé avec un autre enfant. Les miliciens leur ont demandé d’escorter les chèvres qu’ils avaient pillées jusqu’à leur camp, et ne les ont plus laissés partir. Innocent est resté plus d’un an et demi avec les eux Il a été nommé « chief escort » : quand le commandant se déplaçait, il devait le précéder et ouvrir la voix. Il reçut un fusil et ne quittait jamais le commandant, allant jusqu’à dormir à ses côtés. Un an après sa capture, Innocent participa à son premier combat, contre une milice rivale, les Nyatura. « J’ai vu des gens mourir. J’avais peur », se remémore Innocent. « J’ai dû abattre un fuyard car le commandant me l’a ordonné ». Six mois plus tard, les Nyatura, aidés par un groupe FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda), ont répliqué. Alors que tout le monde prenait la fuite, Innocent en a profité pour s’échapper, marchant 2 jours, seul, pour atteindre le camp de la MONUSCO de Kitchanga. Même si il avait abandonné son fusil dans sa fuite, il réussit à prouver qu’il était un enfants-soldat en brandissant sa gourde militaire.

 

Un enfant soldat démobilisé participe à un atelier de dessin au Centre de Transit et d'Orientation de l'association congolaise CAJED (Concert d'Actions pour les Jeunes et Enfants Défavorisés), soutenu par l'UNICEF, à Goma, capitale du Nord-Kivu, en République démocratique du Congo, le 30 septembre 2015. / A demobilized child soldiers is participating in a drawing workshop in a Transit and Orientation Centre run by the local NGO CAJED, supported by the UNICEF, in Goma, capital of the North-Kivu province of the Democratic Republic of Congo, on September 29th,2015.

Un enfant soldat démobilisé participe à un atelier de dessin au Centre de Transit et d’Orientation de l’association congolaise CAJED (Concert d’Actions pour les Jeunes et Enfants Défavorisés), soutenu par l’UNICEF, à Goma, capitale du Nord-Kivu, en République démocratique du Congo, le 30 septembre 2015.

Innocent n’a plus aucune nouvelle de sa famille ; tout juste soit-il qu’ils se sont déplacés pour fuir les combats, et que l’un de ses frères a lui-aussi rejoint un groupe armé. Le retour à la vie civile est souvent compliqué pour des jeunes déracinés, qui ont eu l’habitude de se nourrir ou d’obtenir quoi que ce soit à l’aide d’un fusil. Dans les villages d’où ils viennent, s’ils peuvent y retourner, ils seront confrontés à la pauvreté et devront travailler dans les champs. C’est une activité pénible qui rapporte peu. Une minorité rejoindra de nouveau un groupe armé, par facilité. Mais d’autres parviendront à faire des études et à concrétiser leurs rêves. Innocent, lui, rêve de devenir médecin.

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Gwenn Dubourthoumieu

Gwenn Dubourthoumieu s’est intéressé à la photographie alors qu’il travaillait en Afrique pour des ONG humanitaires. Professionnel depuis avril 2010, son travail est régulièrement récompensé. Il travaille régulièrement pour UNICEF RDC en tant que consultant photographique.

Gwenn Dubourthoumieu became interested in photography while working in Africa for humanitarian NGOs. Professional since 2010, his work is regularly rewarded.  He's a photography consultant for UNICEF DRC.

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One comment

  • Merci Pour La Journée D.Aujourdhui Consacrée Pour Les Enfants Soldats Demobilisés Et Leur Danse Capoiera. Bien Venu A Goma Le Sec Gen De L.O.N.U Mr Ban Ki.Moun Et Felicitation A L.Association Cajed Qui Aide Ces Enfants A Devenir Des Civils Capables Utiles Pour Un Developpent De La Rdc Avec Diferentes Connaissances Pratiques: Alphabetisation,couture,dessin,danse

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