Ariel, un adolescent atteint du VIH/SIDA raconte son histoire

Ariel, atteint du sida depuis son enfanceBEST OF 2016J’ai contaminé plusieurs personnes du SIDA par ignorance: Ariel, un adolescent atteint du VIH/SIDA depuis sa naissance raconte son histoire a Gwenn Dubourthoumieu.

J’ai 19 ans. Je suis séropositif depuis ma naissance.

Mon père est mort du SIDA quand j’avais un an, on m’a caché la cause de sa mort jusqu’au décès de ma mère, qui est morte aussi du SIDA en 2013. Depuis aussi longtemps que je me souvienne, ma mère me donnait des médicaments, sans jamais me dire pourquoi. Je lui ai souvent posé la question mais elle éludait toujours le problème ; elle me répondait que ce n’était pas le bon moment ou qu’elle m’en parlerait plus tard.

Ne sachant pas pourquoi je prenais des médicaments, je les jetais souvent. Entre 4 et 9 ans, j’ai passé le plus clair de mon temps hospitalisé. Ma mère pensait qu’elle me protégeait en me cachant l’information concernant mon statut sérologique. Je n’ai jamais pensé que j’étais séropositif. Autour de moi, on ne parlait pas du SIDA. Il n’y a jamais eu de prévention du SIDA dans mon lycée.

J’ai eu plusieurs relations sexuelles non protégées avant de connaître mon statut sérologique.

J’ai appris trop tard que j’étais séropositif

Peu de temps après la mort de ma mère, le médecin m’a annoncé que j’étais séropositif. Ce n’était pas facile à entendre et je suis sorti en pleurant. J’étais révolté. J’aurais souhaité le savoir avant. J’ai pensé aux filles avec lesquelles j’avais eu des relations sexuelles. J’avais une copine à l’époque. Je n’ai pas osé lui dire. J’ai craint sa réaction, alors je l’ai rompu avec elle. Elle m’a harcelé au téléphone pour savoir pourquoi je la quittais, mais je n’avais aucune raison à lui donner.

Un an plus tard, j’ai appris par ses amies qu’elle avait le SIDA. J’aimerais un jour pouvoir lui demander pardon. Elle a toujours voulu savoir pourquoi j’étais parti sans raison. Mais aujourd’hui encore, je ne trouve pas le courage de le lui avouer. Je pense qu’elle ignore encore que je suis séropositif. Je me sens terriblement coupable.

Le groupe d’auto-support pour enfants atteints du SIDA

C’est là que j’ai rencontré Christian, qui est aussi séropositif et connaissait son statut sérologique depuis ses 15 ans. Il m’a réconforté et donné de nombreux conseils. C’est avec lui que j’ai compris qu’il était important que je prenne régulièrement mes médicaments. Christian m’a invité à la réunion d’un groupe d’auto-support entre adolescents séropositifs. C’est grâce à ce groupe que j’ai repris confiance en moi. Quand on vous annonce que vous avez le SIDA, on imagine sa vie fini. Finies les études, finis les amis, et surtout on n’imagine pas pouvoir un jour fonder une famille.

Lorsque j’ai vu des jeunes qui étaient dans la même situation que moi, sourire, s’entraider, parler échanger, ça m’a redonné goût à la vie.

Depuis, je me rends deux fois par mois aux réunions du groupe, en plus de mon rendez-vous médical mensuel.

Au regard de mon expérience, je pense qu’il est important d’annoncer le plus vite possible leur statut sérologique aux personnes séropositives. Car, par mon canal, beaucoup de personnes ont été infectés. Il ne faut plus que le VIH-SIDA soit un tabou en République démocratique du Congo. Mais il faut également sensibiliser les parents. Beaucoup d’enfants atteints du SIDA sont discriminés au sein de leur famille. Ça a été mon cas une fois que mes frères et sœurs ont appris que j’étais séropositif. J’ai dû couper les ponts avec eux car je souffrais trop de leurs insultes. Beaucoup d’autres sont accusés de sorcellerie et finissent à la rue ».

Depuis 2002, l’UNICEF soutient la mise en place de groupes d’auto-support entre adolescents à l’hôpital pédiatrique de Kalebelembe à Kinshasa, afin de prévenir la transmission du virus chez les adolescents en favorisant la divulgation du statut sérologique. Une expérience reproduite depuis 2007 à la clinique Heal Africa de Goma, dans la province du Nord-Kivu. L’UNICEF se bat également pour prévenir la transmission du SIDA de la mère à l’enfant et pour améliorer la prise en charge des enfants et adolescents séropositifs.

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Gwenn Dubourthoumieu

Gwenn Dubourthoumieu s’est intéressé à la photographie alors qu’il travaillait en Afrique pour des ONG humanitaires. Professionnel depuis avril 2010, son travail est régulièrement récompensé. Il travaille régulièrement pour UNICEF RDC en tant que consultant photographique.

Gwenn Dubourthoumieu became interested in photography while working in Africa for humanitarian NGOs. Professional since 2010, his work is regularly rewarded.  He's a photography consultant for UNICEF DRC.

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