Jean, 37 mois, guéri de malnutrition aiguë sévère

Jean, 37 mois, guéri de malnutrition aiguë sévère

En République Démocratique du Congo, il existe plusieurs territoires ou zones de santé dans lesquelles le niveau de malnutrition aiguë globale est supérieur au seuil d’urgence de 15% fixé par l’Organisation Mondiale de la Santé. Cette situation très préoccupante touche surtout les femmes et les enfants de moins de 5 ans.

La Réponse rapide aux crises nutritionnelles

Pour répondre au plus vite et efficacement à cette situation qui a des conséquences graves sur la survie, la croissance et le développement du jeune enfant, l’UNICEF a élaboré un projet de Réponse Rapide aux Crises Nutritionnelles (RCCN) en RDC, financé par la Direction Générale de l’Aide Humanitaire de la Commission Européenne, ECHO. L’ONG internationale COOPI, notre partenaire de mise en œuvre sur ce projet a travaillé en étroite collaboration avec le Programme National de Nutrition (PRONANUT) et les structures de santé. Ce partenariat a été renouvelé en juin 2014, avec un nouveau soutien de 2,6 millions d’euros de la part d’ECHO.

L’approche intègre la prise en charge de la malnutrition aiguë sévère chez les enfants de moins de 5 ans dans les zones de santé avec une malnutrition aiguë globale supérieure à 15% ou une malnutrition aiguë sévère supérieure à 5%, avec la promotion des pratiques adéquates d’alimentation du nourrisson et du jeune enfant.

> 26 000enfants déjà traités contre la malnutrition aiguë sévère par le RCCN
Depuis le début de sa mise en œuvre, le projet RCCN a déjà permis de traiter plus de 26 000 enfants contre la malnutrition aiguë sévère dans 9 zones de santé de 4 provinces de la RDC. Ces interventions ont permis de sauver des milliers de vie et de redonner le sourire a plusieurs familles, dont celle de Jean Mukendi, âgé de 37 mois.

Convaincre les parents

Jean vient du village de Miya à Tshitenge dans le Kasaï Oriental. Quand l’état de Jean s’est progressivement dégradé, ses parents ont d’abord eu recours à la médecine traditionnelle[1], qui n’a pas eu les effets escomptés. Son état ne s’améliorant pas, Jean a été amené dans une chambre de prière[2] pour être guéri par un pasteur. Son séjour dans la chambre de prière a vu son état s’empirer, faute de soins appropriés.

Heureusement pour lui, les Relais Communautaires qui visent à identifier les enfants malnutris dans leur communauté ont décelé chez Jean tous les symptômes de malnutrition aiguë sévère. Il se trouvait dans un état critique : une malnutrition aiguë sévère de forme Kwashiorkor avec des œdèmes aux pieds.

La première réaction de ses parents a été de refuser le transfert à l’hôpital, sur les conseils du pasteur qui ne voulait pas reconnaître l’inefficacité de la chambre de prière. Le Relais communautaire a contacté le chef du village[3], qui a pu convaincre les parents et le pasteur de laisser transférer l’enfant dans les unités nutritionnelles mises en place par COOPI dans la Zone de Santé de Tshitenge.

Des soins intensifs à la guérison

Jean passe de l’alimentation lactée (F75) à l’alimentation semi-solide (Plumpynut)

Jean passe de l’alimentation lactée (F75) à l’alimentation semi-solide (Plumpynut)

Jean a été admis dans l’UNTI (Unité nutritionnelle thérapeutique intensive) de la pédiatrie de l’hôpital général de Tshitenge. Des soins thérapeutiques lui ont alors été administrés durant 11 jours : lait thérapeutique et antibiothérapies. Cette prise en charge a permis la stabilisation complète des complications, tout en limitant les infections associées à la malnutrition.

Après son séjour en UNTI, Jean a pu être transféré à l’UNTA Miya (Unité nutritionnelle thérapeutique ambulatoire, le patient regagne son domicile et vient une fois par semaine au centre de santé pour être suivi et recevoir son traitement). Située dans son village, l’UNTA a permis de consolider l’état nutritionnel de Jean à l’aide d’aliments thérapeutiques prêts à l’emploi distribués hebdomadairement, et d’une prise en charge médicale complémentaire. Sa famille a été sensibilisée sur les bonnes pratiques alimentaires et le respect des rendez-vous hebdomadaires au centre de santé.

Au cours du suivi en ambulatoire, le relais communautaire qui avait dépisté Jean a effectué plusieurs visites à son domicile afin de s’assurer du respect du traitement.

Jean est aujourd’hui en très bonne santé, après avoir souffert de malnutrition aiguë sévère pendant plus de 2 mois. Un grand succès rendu possible grâce à la vigilance du Relais Communautaire et au soutien d’ECHO.

Zoom sur le Test d’appétit

Le Test de l’appétit consiste à déterminer le niveau d’appétit d’un enfant souffrant de malnutrition aiguë sévère afin de choisir à quel type de traitement le soumettre.

Ainsi, un enfant ayant un bon appétit doit consommer une quantité minimum prédéfinie d’Aliment Thérapeutique Prêt à l’Emploi (APTE). Si besoin, on peut stimuler la consommation lors du test.

Si l’enfant mange la quantité minimum requise, on conclut que le test d’appétit est positif. Par conséquent, l’enfant souffre de malnutrition aiguë sévère sans complication médicale. Il peut alors être admis dans le programme ambulatoire, et s’il est traité en hospitalisation à cause des maladies associées à la malnutrition aiguë sévère, il peut passer de l’alimentation lactée à l’ATPE.

Le test d’appetit au Plumpynut est le passage obligé pour la contre référence vers une UNTA. Celui-ci s’est averé positif pour le petit Jean Mukendi et a constitué la feuille de route pour son passage vers l’Unité Nutritionnelle Ambulatoire.

 


[1]  Le traitement traditionnel de la malnutrition consiste à donner des écorces d’arbre, à purger l’enfant et faire des scarifications.

[2] La chambre de prière est une chambre où  le pasteur garde des malades en réalisant des prières afin de demander à Dieu de guérir le malade.

[3] Le Chef du village est une autorité traditionnelle très influente dans son village. Il joue un rôle prépondérant dans la gestion des conflits, l’organisation sociale, la gestion foncière, la promotion de la solidarité, la religion traditionnelle, etc.

 

Photo de couverture: UNICEF RDC 2013 Brett Morton

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Alain Georges Tchamba

Alain Georges Tchamba est le Coordinateur nutrition de COOPI en RDC depuis 2010. Il travaille pour COOPI depuis 2008 et dans l’humanitaire depuis 10 ans. Avant la RDC, il a travaillé comme manager de projet de nutrition préventive et curative au Niger et au Mali.

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