Justine*, une enfant marquée à jamais par les violences du Kasaï

déplacés du Kasaï

Justine*, déplacée du Kasaï

BLOGVous est-il déjà arrivé de laisser couler quelques larmes  en écoutant un enfant parler de lui ? De vous poser des questions sur le sens de la vie et sur votre place dans la société ?  Moi, cela m’est arrivé il y a quelques jours, lorsque j’ai rencontré Justine*.

Depuis plus d’un an, une crise sévit dans la région du Kasaï, en République Démocratique du Congo (RDC). Les affrontements entre les miliciens Kamwina Nsapu et les forces de sécurité, ont fait du Kasaï une des régions avec le plus grand nombre de déplacés internes, parmi lesquels des milliers d’enfants. Justine* est l’un ces enfants. Jeune fille de 15 ans, elle a été déplacée suite aux violences du Kasaï. Je l’ai rencontrée dans le petit village Ngunda, situé à plus de 700 kilomètres de la ville de Bandundu, en Province du Kwango lors qu’une mission d’identification des besoins des personnes placées du Kasaï.

Un récit bouleversant

« C’est aux alentours de midi qu’une panique générale s’est installée dans notre petit village qui d’ordinaire, est tellement calme. D’un coup, tout  le monde courait dans tous les sens. Alitée à cause d’une forte fièvre, je ne comprenais pas grand-chose. Mon père m’a réveillé et nous a réunis, ma sœur, mes deux petits frères et moi. Ce qu’il nous a dit m’a percé le cœur comme une vraie flèche : ‘’Nous ne pouvons pas nous sauver avec vous quatre, ils nous tueront tous‘’. Mes frères étaient en larmes. Je n’écoutais plus la suite et j’implorais mon père de ne pas nous abandonner. C’est alors qu’il m’a dit : ‘’si tu meurs, j’enfanterai un autre enfant ‘’. Avant de fermer la porte et de partir avec ma mère, il nous a prié Dieu pour qu’il nous protège, ma sœur, mes frères et moi.

Depuis l’intérieur de notre maison, j’ai aperçu les cases des voisins qui étaient en feu. J’ai alors compris que c’était sérieux et qu’il fallait se sauver ! Nous sommes sortis par la fenêtre et, sans poser de questions, nous avons suivi les personnes qui fuyaient également.

Quelques minutes après, je ne voyais plus ma sœur et de mes deux petits frères. J’ai pleuré pendant des jours et des nuits. Nous avons marché pendant 15 jours, nous dormions dans la forêt ou en brousse, à la belle étoile. Un papa inconnu me tenait par la main pour que je ne reste pas seule. Je suis ici depuis une semaine. Je n’ai plus aucune nouvelle de mes parents, de ma sœur et de mes deux petits frères. »

L’école comme espoir d’un avenir meilleur

En sanglot, elle a continué à pleurer. Je demeurais silencieux, mais spontanément, quelques gouttes des larmes se sont échappées de mes yeux avant de vite me ressaisir. Après plusieurs minutes de silence, je lui ai posé la question de savoir ce qu’elle comptait faire. « Aller à l’école ! Je compte faire la coupe et couture ».

Puis, de nouveau, Justine* a gardé un long moment de silence. Je pense qu’elle se retenait pour ne plus fondre en larmes devant moi… elle ne sait pas quoi faire. « Je ne sais même pas où je vais vivre ni qui pourra m’aider. Ma vie n’a aucun sens ». Pour la première fois, elle me fixait du regard tout en me demandant « si tu peux m’aider, je veux repartir à l’école car c’est mon seul espoir ».

C’est sur cette phrase que nous nous sommes quittés. Justine* n’est pas un cas isolé : plusieurs milliers d’enfants déplacés du Kasaï sont en besoin d’assistance humanitaire dans les Provinces du Kwilu et du Kwango. En effet, la crise du Kasaï a des répercussions sur les provinces voisines : l’arrivée massive de milliers de personnes déplacées a bousculé l’équilibre de ces provinces qui n’ont plus connu de tels mouvements de populations depuis des années.

L’UNICEF soutient le retour à l’école des enfants dans la région du Grand Kasaï par des activités de communication encourageant les parents à inscrire leurs enfants, la distribution de matériel scolaire aux enfants les plus vulnérables et la formation d’enseignants à la paix et au soutien psychosocial.

Plus d’informations sur la crise du Kasaï :

The following two tabs change content below.

Jean Paul Nico Luketo

Jean Paul Nico Luketotravaille à l'UNICEF depuis 2006 dans la province du Bandundu. Tout enfant ne peut se construire qu'à travers l'éducation: aucun enfant ne doit être privé de ce droit. "N'attendons pas que les enfants soient dans le rue pour les aider."

Jean Paul Nico Luketohas been working with UNICEF since 2006, in DRC's Bandundu Province. He believes that no child can develop without education: no child must be denied this right. "Let's not wait for children to be on the streets to helo them."

Histoires connexes

Pas d'histoires connectées trouvés.

Laisser un commentaire