Kinshasa: une procuration pour enregistrer les naissances

Kinshasa:enregistrement des naissancesAu bureau secondaire de l’Etat civil à Mont-Ngafula, en périphérie de Kinshasa, la capitale de la République Démocratique du Congo, Lubo Lubamba, dit « Bobo », grosses lunettes sur le nez, inscrit de son écriture fine la dernière naissance de la semaine sur un grand cahier qui fait office de registre d’état civil.

Vingt naissances ont été enregistrées cette semaine-là. Une bonne moyenne dans un pays où inscrire son enfant reste trop peu généralisée.

Mais ce mandataire de l’Etat civil est d’un genre particulier : itinérant, allant d’une maternité à une autre, pour sensibiliser les nouveaux parents sur les droits de leurs enfants.

 Rapprocher les populations de l’état civil

Depuis trois ans, « Papa Bobo », a trois maternités sous sa responsabilité. Un rôle qui lui tient à cœur. « C’est important de rapprocher les populations de l’état civil, dit-il calmement. En étant l’interlocuteur des familles dans les maternités, je les sensibilise sur l’enregistrement à la naissance, sur la possibilité de faire une procuration pour aller plus vite ».

Procuration, le mot magique. Introduit il y a plusieurs années en RDC, cette formalité administrative a simplifié la procédure d’enregistrement à la naissance pour les familles qui habitent souvent loin des bureaux de l’Etat civil.

Papa Bobo rencontre un jeune couple de parents avec leur petit bébé vêtu d’un bonnet en laine. Avec son carnet de procurations sous le bras, le fonctionnaire congolais leur explique la démarche.

« Ainsi, vous n’aurez pas à vous déplacer physiquement au bureau, explique patiemment Papa Bobo. Avec cette procuration que vous me signez, je pars au bureau à quelques centaines de mètres, je le fais signer par l’officier, et à mon retour, je vous délivre l’acte de naissance ».

Un document important, vital même pour la vie de l’enfant. « Ce bout de papier vous devez le conserver précieusement toute votre vie car l’école pourra vous le demander lors de l’inscription de votre fils, vous en aurez besoin également pour des questions d’héritage ».

La procuration améliore l’enregistrement des nouveau-nés

« Il y a vraiment une bonne collaboration entre les maternités et les services d’Etat civil », explique Vanessa Wirth, chargée protection à l’UNICEF pour la province de Kinshasa. « Et la procuration a permis d’améliorer l’enregistrement des nouveau-nés dans le délai légal de 90 jours pendant lequel l’enregistrement est gratuit. Voilà en effet l’une des clés des progrès constatés sur la province de Kinshasa.

Plus besoin de se déplacer, inutile d’interrompre sa journée de travail, un agent le fait pour vous. Et vous rapporte l’acte de naissance »Capture d’écran 2016-06-24 à 13.22.52

39% d’enfants enregistrés à kinshasa en 2014

La province de Kinshasa est en tête dans le pays avec 39% d’enregistrement d’après la dernière enquête démographique de santé publiée en janvier 2014.

« Pour avoir encore plus de progrès, il faudrait encore plus de bureaux d’Etat civil secondaires, ajoute Vanessa Wirth. On en compte qu’une cinquantaine pour une population de dix millions d’habitants, ce qui est bien trop peu ».

Arlette, son mari, Patient, et leur poupin au bonnet en laine ont ainsi de la chance. Deux heures après, l’acte de naissance leur sera délivré. Mais encore trop peu de parents dans cette mégalopole font cette démarche.

Et au-delà des trois mois de l’enfant, l’enregistrement peut relever du parcours du combattant. Complexe, et très chère, la procédure décourage un trop grand nombre de parents.

« Au-delà de 90 jours, il faut un jugement supplétif, payant, et les amendes sont à la discrétion des juges », explique encore Vanessa Wirth de l’Unicef.

« On fait un plaidoyer intense pour réduire ces coûts, et vu les sommes exorbitantes, trop peu de parents franchissent le pas ». ajoute-t-elle.

Découvrez comment se fait  l’enregistrement des naissances par procuration à Kinshasa

Le Projet  d’Enregistrement des naissances à l’état-civil, dans le cadre du« renforcement des mécanismes de protection de l’enfant en rapport avec le droit fondamental à l’identité » bénéficie du soutien du gouvernement du Canada

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Mehdi Meddeb

Mehdi Meddeb est journaliste depuis bientôt 10 ans. D'abord basé au Maroc, puis à Kinshasa, l'ancien correspondant de France 24 continue à couvrir l'Afrique en tant que freelance. Il contribue régulièrement en tant que consultant vidéo auprès de l'UNICEF en RDC.

Mehdi Meddeb has been a journalist for nearly 10 years. First based in Morocco, then in Kinshasa, this former correspondent for France 24 continues to cover Africa as a freelancer. He regularly contributes as a video consultant with UNICEF in the DRC.

2 comments

    • Bonjour Olivier, l’enregistrement de sa naissance est un droit pour votre enfant mais aussi un devoir, pour vous parents ! Il est gratuit jusqu’à ce que votre enfant ait 90 jours. Il vous suffit de vous rendre au bureau d’état civil de votre commune pour le déclarer. Le bureau procèdera à son enregistrement et vous remettra son acte de naissance, par lequel il sera reconnu par l’Etat en tant que votre enfant. C’est donc un document à conserver précieusement.
      Veillez à bien l’enregistrer avant le délai de 90 jours, car passé ce délai, la procédure nécessitera d’abord de recourir à la voie judiciaire, moyennant le paiement de frais.

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