La formation professionnelle, un tremplin vers la vie

la formation professionnelleBLOGUEUR INVITE – Sebiheri, 17 ans, a rejoint un atelier de soudure – ajustage il y a plus de six mois. Aujourd’hui, la formation professionnelle finie, il a été engagé par le patron de l’atelier pour le sérieux de son travail. 

Quels sont les éléments qui amènent des enfants et des adolescents à rejoindre des groupes armés ? La misère, la souffrance, le manque d’occupation, l’absence d’espoir d’une vie meilleure. Et qu’est-ce qui pousse des jeunes à quitter ces groupes armés ? La volonté de s’éloigner de l’enfer de violence et de privations mais aussi et surtout l’accompagnement, la patience et l’amour de personnes bienveillantes qui les aident à reprendre pied dans la vie. Et de construire un avenir meilleur.

L’histoire de Bienvenu

la formation professionnelleBienvenu a 21 ans. Il est marié et père de 2 jeunes enfants. A Rutshuru, au Nord Kivu, il travaille à la construction d’un pont et ce travail lui permet de faire vivre sa famille et de constituer une épargne.

« J’ai rejoint un groupe armé à l’âge de 15 ans. Mon père été polygame et je vivais avec une marâtre qui me faisait beaucoup souffrir. Alors j’ai décidé de rejoindre un groupe armé où je suis resté plusieurs années. J’avais une vie déplorable. Je suis sorti finalement du maquis car mon fils est tombé gravement malade et j’ai rejoint ma femme pour aider à soigner l’enfant. Après ma démobilisation, j’ai été accueilli par la communauté. Quand j’ai eu l’opportunité d’obtenir ce travail dans le projet, j’ai retrouvé espoir. Je n’ai plus le temps de penser retourner dans les groupes armés. Lorsque le chantier sera fini, avec l’épargne je compte améliorer mes activités agricoles et louer un champ pour m’intégrer dans la communauté. A travers ce témoignage, je lance un appel à celles et ceux qui ont rejoint les groupes armés : arrêtez et venez travailler dans les communautés pour être utile à la société. »

De la réinsertion économique

la formation professionnelleBienvenu a été sélectionné par le projet conjoint « Appui à la Stabilisation de l’Est de la RDC par la réintégration des Ex-Enfants Associés aux Forces et Groupes Armés et autres enfants rendus vulnérables en territoire de Rutshuru, Province du Nord-Kivu»CAAFAG pour participer avec 350 autres travailleurs à la construction d’un pont à Rutshuru.

Financé par le Gouvernement du Japon, le projet CAAFAG est mis en œuvre conjointement par quatre agences des Nations Unies: Le PNUD, l’UNICEF, le PAM et l’ONUFEMMES et deux structures nationales dont l’INPP (’Institut National de Préparation Professionnelle) et le BRP (Bureau de la Représentante Spéciale du Chef de l’Etat en matière des violences sexuelles).

Le projet CAAFAG dans la région de Rutshuru assure la réinsertion socio-économique d’enfants, de jeunes associés aux groupes armés et de 1000 adultes parents, tuteurs et familles d’accueil.

De la formation professionnelle à l’emploi

Dans le domaine de la formation professionnelle des jeunes assurée par l’INPP (Institut National de Préparation Professionnel) la première équipe de stagiaires vient de terminer sa formation qui a commencé le 16 mai 2016. Dans cette promotion, 47 jeunes ont démarré les formations dans les disciplines suivantes : photographie, coiffure, conduite véhicule, ajustage & soudure, informatique. Parmi eux, 39 ont terminé et 8 ont abandonné pour diverses raisons.

Au terme des formations 4 stagiaires ont déjà été retenus comme travailleurs par les ateliers où ils ont suivi leur enseignement pratique. Les autres attendent les kits de métiers pour se lancer comme professionnels.

NONI a 18 ans. Il vient de terminer la formation en photographie et vit actuellement avec ses parents et ses six sœurs à Rutshuru. « Je suis arrivé au centre de formation car on pouvait nous donner une opportunité d’apprendre, nous les enfants qui avions vécu dans la forêt… J’ai passé une année au sein d’un groupe armé que j’avais rejoint avec des amis. Les autres sont restés là-bas. Moi j’ai fui à cause de la souffrance de cette vie-là. L’association UPEDECO nous a aidé quand nous avons quitté le maquis. Elle nous a mis en contact avec l’UNICEF qui à son tour nous a orienté vers les formations professionnelles. J’ai choisi la photo car mon rêve est de devenir photographe-cameraman et ce sont deux métiers sont liés. Pour moi la photographie est un passage pour arriver à ce que je souhaite vraiment. Nous étions 12 jeunes à suivre cette formation pendant 4 mois. Nous avons appris la technique, les cadrages, mais aussi comment accueillir les clients »

« J’incarne la preuve que l’on peut s’en sortir »

En bordure d’un grand terrain vague où des élèves de l’école primaire locale pratiquent leur cours de gymnastique, un joyeux tintamarre illuminé d’étincelles occupe une petite dizaine de jeunes. Suivant les orientations de Célestin, leur maître formateur, les stagiaires assemblent des barres de fer, redressent des tôles et soudent les montants d’une future porte métallique.

Sebiheri, 17 ans, a rejoint cet atelier de soudure – ajustage il y a plus de six mois. Aujourd’hui, la formation finie, il a été engagé par le patron de l’atelier pour le sérieux de son travail.

« En 2014, j’ai décidé de partir dans la forêt rejoindre un groupe armé car j’étais abandonné, je n’étudiais pas, je ne faisais rien. J’ai rencontré les autres combattants dans les champs et ils m’ont convaincu de les rejoindre. J’y suis resté deux ans, sans contact avec ma famille. Quand je suis revenu maman était très contente. J’ai quitté le groupe armé à cause de la souffrance, j’ai dû fuir, je n’avais pas d’avenir dans ce groupe rebelle. Nous étions deux à quitter le groupe : l’autre garçon avait le numéro de téléphone de la MONUSCO qui nous a aidé et orienté vers le projet de formation à l’INPP. J’ai choisi le métier d’ajusteur soudeur car cette technique peut m’aider à me développer. La formation s’est bien passée, je sais fabriquer une fenêtre moi-même ! Plus tard je souhaiterais ouvrir mon propre atelier de soudure » confie Sebiheri.

« J’habite avec maman et mes quatre frères et sœurs. Notre père est décédé. Maman est cultivatrice et elle fait vivre seule la famille. Actuellement mon travail contribue à faire vivre la famille. L’INPP m’a beaucoup aidé, ils m’ont appris un métier pour la vie »

Enjeux de la formation professionnelle

la formation professionnelleLe succès de la formation, Sebiheri le doit à sa détermination à réussir mais aussi à l’accompagnement du formateur, Célestin. Lui-même ex-enfant soldat à présent à la tête de sa propre entreprise, il comprend les enjeux de la formation professionnelle pour des jeunes souvent sans repères et confrontés à la violence.

« Ex-démobilisé, je sais que la réintégration n’est pas facile. Alors je donne tout pour former ces ex enfants soldats. C’est la deuxième promotion que j’encadre. La collaboration menée avec l’INPP aide les jeunes et la communauté. Aujourd’hui je suis marié et père de 6 enfants, c’est une réalité pour les jeunes que j’encadre, j’incarne la preuve que l’on peut s’en sortir ».

 

Ex enfants soldats en RDC, la formation professionnelle pour se réinsérer

Enfants, pas soldats

Merci aux coopérations suédoise (SIDA), américaine (USAID), canadienne (AMC), japonaise (JICA), néerlandaise, belge ainsi qu’à l’UNICEF France, l’Amade, UNICEF Allemagne et l’aide antérieure du CERF pour leur soutien aux programmes d’assistance aux enfants anciennement associés aux forces et groupes armés.

Crédit Photo: PNUD RDC / Aude Rossignol / 2016

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Aude Rossignol

Aude Rossignol travaille comme spécialiste en communication au PNUD RDC depuis mars 2016, après avoir servi l’organisation au Burundi pendant 4 ans. Avant de rallier les Nations Unies, elle a travaillé pour diverses ONG de développement en Bolivie, au Pérou et en Belgique dans le domaine de la communication, du plaidoyer et de l’éducation au développement. Passionnée par l’humanité et profondément optimiste, elle met ses compétences au service d’un monde meilleur.

Aude Rossignol has worked as a Communications Specialist at UNDP DRC since March 2016, after working for the same organisation in Burundi for four years. Before joining the UN, she worked for various development NGOs in Bolivia, Peru and Belgium in the fields of communication, advocacy and sustainable development. Aude is passionate about humanity, deeply optimistic and is using her skills to help create a better world.

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