La malnutrition, un réel frein au développement national

La malnutrition, un réel frein au développement national

ATEGBO2 millions d’enfants âgés de 6 à 59 mois souffrent de  malnutrition aiguë sévère et 6 millions d’enfants de malnutrition chronique en République Démocratique du Congo (RDC). Notre spécialiste nutrition, Eric-Alain Ategbo dresse un état des lieux de cette situation alarmante et nous explique pourquoi c’est un enjeu majeur pour le développement du pays.

 

Eric-Alain, quels sont les derniers chiffres à notre disposition sur la malnutrition en RDC ?

2 MillionsLe nombre d’enfants âgés de 6 à 59 mois souffrant de malnutrition aiguë sévère
Chaque année en RDC, environ 2 millions d’enfants âgés de 6 à 59 mois souffrent de malnutrition aiguë sévère et autant d’enfants de la même tranche d’âge sont affectés par la malnutrition aiguë sous sa forme modérée. La malnutrition aiguë affecte particulièrement les provinces du centre et de l’ouest du pays (Kasaï Oriental, Kasaï Occidental, Bandundu et l’Equateur). Le taux de malnutrition aiguë y dépasse souvent 15%.

La malnutrition chronique quant à elle, touche plus de six millions d’enfants de moins de 5 ans. La malnutrition chronique affecte plus particulièrement le Sud et Nord Kivu et le Kasaï Occidental avec des prévalences au-delà de 50%.

Les enfants de la RDC sont aussi confrontés à des formes plus silencieuses de malnutrition, les carences en micronutriment, la carence en fer, la carence en vitamine A, la carence en zinc et la carence en iode notamment.

 A curious goat approaches while Patience Nsona cooks outside her home in the village of Kinsiesi, Bas-Congo province, Democratic Republic of Congo on Saturday June 18, 2011.

La RDC dispose de terres fertiles et d’un secteur agricole assez développé, comment se fait-il que la malnutrition y soit aussi importante ? 

Il ne faut pas confondre alimentation et malnutrition. La sécurité alimentaire des ménages est essentielle mais pas suffisante pour réaliser la sécurité nutritionnelle.

En d’autres termes, la malnutrition est un problème qui peut avoir de nombreuses causes qui exigent des réponses diverses, impliquant différents secteurs.

Les causes de malnutrition incluent le manque d’accès à des services de santé de qualité, l’insécurité alimentaire, de mauvaises habitudes alimentaires pour les nouveau-nés et les jeunes enfants, l’inexistence de régimes diversifiés et les mauvaises conditions d’hygiène existantes. La pauvreté rampante qui touche le pays tout comme les conflits armés sont aussi des facteurs aggravants.

Par conséquent, pour s’attaquer efficacement à la malnutrition il faut prendre en compte toutes ces problématiques.

 

Pourquoi est-il si important de s’attaquer à la malnutrition ?

Entre 4 et 9 foisles enfants souffrant de malnutrition aiguë (modérée ou sévère) ont entre 4 et 9 fois plus de risques de mourir que des enfants correctement alimentés.
D’abord car la malnutrition contribue à accroître la morbidité et la mortalité des jeunes enfants. Il a été prouvé que les enfants souffrant de malnutrition aiguë (modérée ou sévère) ont entre 4 et 9 fois plus de risques de mourir que des enfants correctement alimentés.

Ensuite, la malnutrition a un important impact négatif sur le développement physique et cognitif des jeunes enfants. En effet, la carence en iode est responsable de la perte de 10 à 15 points du Quotient Intellectuel (QI), tandis que la difficulté d’apprentissage dont est l’objet les enfants souffrant de la malnutrition chronique fait d’eux des adultes ayant une productivité réduite.

On estime que les enfants malnutris perdent en moyenne entre 2 et 3 années d’éducation. Tout ceci à l’échelle nationale culmine en une baisse de 2% à 3% Produit Intérieur Brut (PIB).

 Maternity-DRC-UNICEF©DianaMrazikova019

Quelles actions permettent de lutter efficacement contre la malnutrition ?

Il existe des interventions simples pour garantir aux jeunes enfants un bon état nutritionnel. Dans les secteurs sensibles à la nutrition nous devons nous employer à:

–     Améliorer les capacités techniques et stratégiques en nutrition dans tous les secteurs – agriculture, santé, éducation, protection sociale.

–     S’assurer que les bénéfices sociaux et économiques de la sécurité nutritionnelle soient inclus dans les politiques en matière d’agriculture, santé, éducation et sociale.

–     Assurer une bonne synergie et un partenariat opérationnel entre les différents domaines (agriculture, santé, éducation et protection sociale) ; le secteur privé, la société civile, les communautés et les familles.

Au-delà de ces actions, des interventions directes de nutrition doivent être mises en place. Citons le traitement de la malnutrition aiguë, la promotion de  l’allaitement maternel, la promotion de l’alimentation de complément adéquate, la supplémentation en vitamine A, le déparasitage des vers intestinaux, l’iodation du sel, la fortification des aliments de grande consommation, l’hygiène et l’assainissement, la vaccination ou encore le traitement des principales maladies telles que la diarrhée (avec le zinc et le SRO), les infections respiratoires et le paludisme.

A mother holds Plumpy Nut, therapeutic food for her malnourished child, at Camp Vangu, a community for military and other families in Katanga, Democratic Republic of Congo, on June 28, 2010.

Quelles sont les principales avancées dans le domaine de la malnutrition en RDC ? 

SUNAfin de faire reculer la malnutrition en RDC, le pays a adhéré au Mouvement SUN en Mai 2013 et s’est doté d’une politique nationale multisectorielle de lutte contre les diverses formes de malnutrition au sein des groupes vulnérables en Septembre 2013.

C’est un grand pas réalisé pour réduire l’incidence des diverses formes de malnutrition au cours des premiers 1000 jours de la vie d’un enfant.

Le pays réalise avec succès depuis plus d’une décennie deux fois par an des campagnes de supplémentation de vitamine A et de déparasitage qui touche à chaque fois plus de 12 millions d’enfants de 6 – 59 mois. Aussi, la RDC a mis en place un programme de prise en charge de la malnutrition aigue qui élargit sa couverture progressivement pour atteindre le maximum d’enfants que possible.

 

Quel est le bilan de l’action de l’UNICEF en situation d’urgence en 2013 et quels sont les défis à venir?

En 2013, l’UNICEF et ses partenaires ont pris en charge 254 009 enfants atteints de malnutrition aiguë sévère. Malheureusement, le faible niveau de financement ne permet de touche qu’une petite proportion des enfants de malnutrition aiguë sévère, laissant la grande majorité sans accès au traitement.

Or il est de notre devoir d’assurer la sécurité nutritionnelle de tous les enfants y compris en situation d’urgence. En effet, il ne faut pas oublier que les risques de malnutrition pour les enfants dans les zones de conflits sont eux aussi importants.

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Retrouvez plus d’informations sur la nutrition en RDC à l’adresse suivante: http://hollow-smile.flywheelsites.com/nutrition/

Eric-Alain Ategbo est le Spécialiste Nutrition Senior de l’UNICEF en RDC depuis Juin 2013. Il travaille pour l’UNICEF depuis 2003. Avant la RDC, il a travaillé en qualite de specialiste nutrition en Inde, en Ouganda et au Niger. Avant de joindre l’UNICEF Eric-Alain Ategbo était enseignant chercheur à l’Université nationale du Benin et a à son actif plusieurs publications scientifiques dans le domaine de la nutrition

Photos: © UNICEF DRCA2011-00119 OLIVIER ASSELIN / ©DRC-UNICEF Diana Mrazikova / © UNICEF DRCA2010-00073 JILL CONNELLY / © UNICEF Giacomo Pirozzi
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Adrien Majourel

Adrien Majourel est Officier de communication à l’Unicef RDC et administrateur de Pona Bana. Spécialisé en relations internationales et journalisme, il est convaincu de l’importance de donner de la voix aux enfants car bien souvent ce qu’ils voient échappe à des yeux d’adultes. Son crédo ? « Les enfants sont des énigmes lumineuses » Daniel Pennac

Adrien Majourel is Communications Officer at UNICEF DRC and manager of Pona Bana. Specialized in International Relations and Journalism, he believes it is important to give children a voice as what they see often slips from adult’s grasp. l’importance de donner de la voix aux enfants car bien souvent ce qu’ils voient échappe à des yeux d’adultes. His leitmotiv ? « Children are luminous enigmas » Daniel Pennac

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One comment

  • La proportion d’enfants souffrant du retard de croissance est plus élevé chez les enfants très petits à la naissance ou petit à la naissance que les enfants nés moyens ou plus gros que la moyenne, soit 45% pour ceux nés très petits, 50% pour ceux nés petits et 42% pour ceux nés moyens ou plus gros que la moyenne. On observe la même tendance pour la forme sévère de la malnutrition chronique.
    Il existe également une relation entre la malnutrition chronique et l’état nutritionnel de la mère mesuré par l’indice de masse corporelle (IMC). La prévalence de la malnutrition chronique est de 46% chez les enfants dont la mère est maigre, 44% parmi ceux dont la mère a un IMC normal et 29% parmi ceux dont la mère accuse un surpoids ou est obèse. Cette même tendance est observée pour la forme sévère.
    D’après la deuxième enquête démographique et de santé (EDS-RDC II) on a constaté que d’une façon générale dans l’ensemble du pays, malgré les efforts entrepris, la malnutrition chronique et/ou retard de croissance chez les enfants de moins de 5 ans, reste toujours très élevée (43%) et dans la province du Bandundu en particulier ce taux est de 39% (élevé), ce qui nous a motiver le choix de pouvoir en savoir plus sur les facteurs ou les déterminants qui influent sur l’état nutritionnel de cette population.

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