Le travail des enfants en RDC : des jeunes de Goma témoignent

Le travail des enfants: Oswald, 11 ans, témoigne sur les travaux lourds qui lui étaient imposés dans un groupe armé ougandais.

Oswald témoigne sur les travaux lourds qui lui étaient imposés (UNICEF RDC 2017 Kayere)

TEMOIGNAGES – A l’occasion de la journée mondiale de lutte contre le travail des enfants, quatre jeunes de Goma, à l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC) prennent la parole afin de raconter leur histoire et leur passé mais aussi de transmettre un message de lutte et d’espoir.

Oswald, cuisinier dans un groupe armé 

“A l’âge de 6 ans, mon oncle m’a demandé de l’accompagner quelque part. Nous sommes arrivés jusque dans un camp militaire et je ne suis jamais retourné chez nous en Ouganda. Dans le groupe armé, je portais de lourdes charges et préparais la nourriture. Quand les organismes venaient vérifier s’il y a des enfants au sein de la troupe, le commandant nous cachait pour nous faire échapper à la démobilisation. Lors des affrontements en RDC, j’ai été blessé par balles et c’est ainsi que j’ai pu être démobilisé. Beaucoup d’enfants sont restés prisonniers de chefs rebelles.”

Veuillez  tout faire pour les libérer, s’il vous plait. Je suis content d’être ici au CTO [1] car j’y retrouve une vie que j’avais perdue depuis très longtemps.

Innocent, né dans un groupe armé 

Innocent, 16 ans, au CTO CAJED, à Goma.

Innocent au Centre de Transit et d’Orientation de Goma (UNICEF RDC 2017 Kayere)

“Etre enfant soldat n’a été ni un choix ni une contrainte : je suis né dans un groupe armé. J’y ai vécu avec beaucoup d’autres enfants. Nous avons énormément souffert. Mes parents devaient voler et piller les biens des habitants pour subvenir à mes besoins. A 12 ans j’ai commencé à manipuler les armes alors que mes parents étaient déjà décédés. Les groupes armés détruisent les enfants. Nous voulons la paix pour que les enfants aillent à l’école. J’ai la chance de me retrouver aujourd’hui au Centre de Transit et d’Orientation CAJED appuyé par l’UNICEF.”

Veuillez aider les autres enfants pris en otage par les chefs rebelles afin qu’ils soient démobilisés.

Daniel, soldat et voleur pour sauver sa vie 

Daniel, 16 ans, au CTO CAJED, à Goma.

Daniel au Centre de Transit et d’Orientation de Goma (UNICEF RDC 2017 Kayere)

“Je revenais de l’école pour aller rejoindre mes parents aux champs. En cours de route les miliciens m’ont pris de force, m’ont fait porter leurs bagages jusque dans leur camp en forêt. Ils m’ont obligé à devenir un soldat et un voleur. Nous devions aller récolter dans les champs des civils et préparer la nourriture pour la troupe afin de sauver notre vie. Nous étions comme des esclaves. Les groupes armés nous gâchent la vie.” [2]

Je demande aux autorités de démobiliser nos amis qui sont encore dans les groupes armés car leur place se trouve en famille.

Kasuku, de la cueillette et la chasse à la drogue 

Des enfants apprentis en mécanique.

Des enfants apprentis en mécanique à Goma (UNICEF RDC 2017 Kayere)

“J’ai perdu mes parents à l’âge de 8 ans. Je suis allé habiter chez ma tante. Par manque de moyens financiers, je n’ai pas pu poursuivre mes études. J’allais en forêt cueillir des fruits et chasser des animaux. J’ai commencé même à prendre de la drogue et à errer. Aujourd’hui j’apprends la mécanique à Don Bosco.”  

Je vous prie de tout faire pour que chaque enfant ait accès à l’éducation, car c’est la clef de la vie.

Le travail des enfants en RDC

Le travail des enfants demeure toujours un problème en RDC et plus particulièrement dans la partie Est, victime de plusieurs années de conflits armés.  Selon une récente étude, plus de 40% d’enfants et d’adolescents de la province du Nord Kivu ne fréquentent pas l’école  et sont ainsi exposés à toute forme de travail et de mauvais traitement. [3] 

Si certains enfants comme  Daniel, Innocent, Kasuku et Oswald ont pu bénéficier de programmes de réinsertion sociale et de rattrapage scolaire, beaucoup d’autres enfants sont toujours privés d’encadrement et d’éducation et continuent de travailler dans des conditions difficiles et extrêmement dangereuses.

L’éducation et la protection sont des droits fondamentaux pour chaque enfant. L’article 32 alinéas 1 de la Convention relative aux droits de l’Enfant (CDE) stipule que « les Etats parties reconnaissent le droit de l’enfant d’être protégé contre l’exploitation économique et de n’être astreint à aucun travail comportant des risques ou susceptibles de compromettre son éducation ou de nuire à sa santé ou à son développement physique, mental, spirituel, moral ou social. »

Pour en savoir plus :

* Oswald (11 ans), Innocent (16 ans), Daniel (16 ans), Kasuku (17 ans).

[1] Centre de Transit et d’Orientation

[2] Daniel a réintégré sa famille à Bambu, secteur de Bwito, territoire de Rutshuru. Il s’occupe actuellement de la ferme familiale

[3]  Gouvernement RDC, Etude sur les enfants et adolescents en dehors de l’école, Février 2013 avec le support technique de l’UNICEF, UNESCO and financier de DFID, 153 p.

Approche systémique / renforcement du système de protection de l’enfant

Les violences faites aux enfants de RDC sont répandues dans tous les milieux, y compris les familles, écoles et communautés. La RDC est l’un des pays avec les plus hauts taux de violences basées sur le genre faites aux enfants, représentant 47% des survivants en zone d’urgence. Selon l’Enquête Démographique et de Santé 2013-14, 43% de femmes de 25-49 ans sont concernées par le mariage des enfants, souvent lié aux grossesses d’adolescentes. En effet, 27% des filles de 15-19 ans sont enceintes et la RDC présente le 7ème taux le plus élevé de grossesses adolescentes au monde.

L’UNICEF vise à créer un environnement favorable aux droits des enfants en renforçant les structures de protection formelles et informelles devant prévenir et répondre aux violences, exploitations et abus en assurant le référencement et le suivi des enfants vulnérables vers les services sociaux de base (santé, éducation, protection sociale). La mise en place de communautés protectrices au niveau local permet de faciliter le référencement des enfants par les communautés elles-mêmes tout en faisant le lien avec les structures étatiques relevant des affaires sociales.

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Cynthia Kanyere

Cynthia Kanyere est chargée de communication à l’UNICEF pour la Zone Est RDC. Sociologue de formation, elle travaille depuis 2005 dans domaine du journalisme et de la communication. Elle est fascinée par les enfants, quelle que soit leur classe sociale ou leur race. Son credo : « Agis pour chaque enfant de la même façon que tu agis pour ton propre enfant ».

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