L’enfant sorcier

L’enfant sorcier

Entretien avec Mike Ormsby, auteur du roman “L’enfant sorcier”

www.bumbutz.roMike Ormsby est un ancien journaliste devenu écrivain. Après avoir été reporter pour la BBC, il est devenu formateur en journalisme, ce qui l’a conduit en République Démocratique du Congo en 2002. Cette expérience lui a inspiré un roman, l’enfant sorcier, qui sur des enfants congolais accusé de sorcellerie.Aujourd’hui, il vit en Azerbaïdjan, bien qu’il considère la Roumanie comme sa patrie d’élection.  

Votre roman L’enfant sorcier est un best-seller sur Amazon, que raconte-t-il ?

Au Congo, un enfant de la rue cherche un toit. Un journaliste étranger veut l’aider. Le Diable est dans les détails. C’est l’intrigue. On y parle de préjugés, des causes et des effets du fanatisme, de la paranoïa et de la manipulation. On y parle d’accusations : quand on vise, trois autres doigts nous visent par derrière. On y parle de voyage, d’amour et de perte. Mes deux principaux héros, un garçon congolais et un journaliste britannique, voyagent, connaissent l’amour et perdent quelque chose. Frank perd le sens de la perspective ; Dudu perd son innocence. Ils perdent presque la confiance qu’ils ont dans les gens. Mais ils ne perdent jamais espoir.

Pourquoi avez-vous choisi la problématique des enfants accusés de sorcellerie ?

Parce que trop de personnes innocentes et vulnérables, dans le monde entier, de tous âges, dans des pays riches et pauvres, sont trop souvent accusées de « sorcellerie ». Les conséquences peuvent être catastrophiques, brutales et même mortelles. J’ai d’abord été confronté à cela au Congo et j’ai été profondément choqué. J’ai rencontré un garçon qui s’appelait Kilanda, qui avait été si terriblement brûlé dans une séance d’exorcisme, qu’il ne pouvait même plus parler. Je ne l’oublierai jamais. C’est lui qui a inspiré mon histoire.

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Avez-vous travaillé avec des organisations spécialisées pour trouver des informations sur le contexte ?

L’un de mes principaux personnages s’inspire de quelqu’un qui m’a aidé à Kinshasa et qui travaille maintenant pour l’UNICEF. J’ai vu récemment un documentaire très intéressant réalisé par Ndiaga Seck de l’UNICEF à Goma. Ce film m’a donné de l’espoir : j’ai appris qu’une nouvelle loi punit les individus qui accusent les enfants de sorcellerie. C’est formidable !

Pourquoi utilisez-vous l”expression « Jésus Croix » (“Jesus Cross”) en parlant des églises ?

L’un de mes personnages – le jeune Dudu – utilise le terme « Jésus Croix » en parlant de n’importe quelle église, et pas seulement de celles qui pratiquent l’exorcisme. Je fais dire à Dudu « Jésus Croix » pour montrer sa naïveté, qui est un trait de caractère déterminant et l’un des « moteurs » de l’histoire. Je voulais montrer que Dudu ne comprend pas très bien le christianisme ; ce sont juste des mots pour lui. Mes frères et sœurs ont fait des erreurs similaires, quand ils étaient enfants.

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Dans le second tome de “L’enfant sorcier” qui vient de sortir, Mike Ormsby emmène son héro dans les rues de Londres.

Je voulais étudier comment « L’Occident développé » réagirait à la présence d’un « sorcier », quand les choses tournent mal. Trop de gens ont tendance à considérer les croyances traditionnelles africaines comme « primitives ». Je trouve cette idée condescendante et hypocrite et je voulais chercher à voir ce qui se passerait si une famille britannique de la classe moyenne était confrontée aux mêmes problèmes que les familles pauvres au Congo : qui est vraiment ce garçon ? a-t-il des pouvoirs mystérieux ? En envoyant Dudu à Londres, je pouvais me permettre de repousser les barrières culturelles.

Dans votre livre, les pasteurs assimilent les rêves des enfants à de la sorcellerie. N’ont-ils pas le droit de rêver ?

Nous avons tous le droit de rêver, et tout particulièrement les enfants. Personne n’a le droit d’interpréter ces rêves et de les transformer en un cauchemar éveillé. Le poète irlandais W.B.Yeats a d’ailleurs dit : « marche doucement, car tu marches sur mes rêves ».

La plupart de vos personnages sont drôles en dépit de leur situation dramatique. Pourquoi ?

J’ai grandi dans un endroit où il fallait avoir un humour acéré pour survivre. L’adversité engendre la comédie. Je pense que si un personnage fait rire, les lecteurs se souviendront de l’histoire. Le rire est la meilleure médecine. Je suis peut-être une personne très malade ?

Dans votre livre, il n’y a pas de mesure officielle pour stopper la cruauté de l’exorcisme. Pourquoi ?

J’ai été très touché par l’apparent manque de protection des enfants vulnérables face à des adultes se comportant violemment en toute impunité. C’est pour cela que j’ai écrit ce livre. Les histoires durent, voyagent et résonnent – si elles sont convaincantes. C’est la raison pour laquelle je voulais absolument le terminer. Cela m’a pris dix ans, et j’espère qu’il aidera à apporter du changement, à petite échelle. La fiction est un moyen d’éveiller les consciences.

Quels sont les moyens pour mettre fin au problème des enfants sorciers ?

C’est une question complexe, sensible et contestée qui requiert la conjugaison de trois facteurs : la volonté politique (pour faire passer et imposer des lois sévères) ; les ressources financières (dédiées à l’éducation, à tous les niveaux de la société) et du temps (car les idées reçues ont la vie dure). Mais je suis un écrivain, pas un expert politique.

Qu’avez-vous le plus aimé en République Démocratique du Congo ?

C’est le premier pays africain que j’ai visité et il m’a fait forte impression. Quelques jours avant ma visite, mon patron à Washington m’avait dit qu’il m’enviait « parce que les gens sont si merveilleux ». Il avait raison. J’aime aussi leur cuisine, la musique qu’ils jouent, les vêtements qu’ils portent, leur générosité, leur exubérance, leur résilience, leur dignité dans les temps de détresse. J’aime la manière dont les jeunes filles et les femmes attachent ou ornent leurs cheveux – quel style!

Avez-vous une anecdote particulière à partager sur la RDC ?

Ma femme et moi avons passé quelques semaines très agitées à réaliser deux courtes vidéos « Enfants Dits Sorciers ». Je me souviens aussi d’avoir été très heureux quand un jeune shégué, qui apparaît dans une de ces vidéos, m’a accusé de manière cinglante et impromptu de ‘pasteur bidon‘. Mais, par-dessus tout, je me souviens de Kilanda et des religieuses qui le soignaient. Son regard vitreux a fait germer une idée dans ma tête. Où qu’il soit, j’espère qu’il va mieux.

Retrouvez le site officiel de Mike Ormsby:
http://mikeormsby.net/

Plus d’informations sur ses autres ouvrages:

www.nicoarobooks.com

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Adrien Majourel

Adrien Majourel est Officier de communication à l’Unicef RDC et administrateur de Pona Bana. Spécialisé en relations internationales et journalisme, il est convaincu de l’importance de donner de la voix aux enfants car bien souvent ce qu’ils voient échappe à des yeux d’adultes. Son crédo ? « Les enfants sont des énigmes lumineuses » Daniel Pennac

Adrien Majourel is Communications Officer at UNICEF DRC and manager of Pona Bana. Specialized in International Relations and Journalism, he believes it is important to give children a voice as what they see often slips from adult’s grasp. l’importance de donner de la voix aux enfants car bien souvent ce qu’ils voient échappe à des yeux d’adultes. His leitmotiv ? « Children are luminous enigmas » Daniel Pennac

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