Les étoiles de Dieu

IZ9C4719-3BLOG – L’auteur a écrit l’article suivant au cours d’une mission de terrain dans le sud-est de la République Démocratique du Congo au début de l’année 2016. Pour lui, se souvenir que la mission de l’UNICEF concerne les enfants est une nécessité toujours importante et motivante pour son travail.

La route a été longue. Les fortes pluies ont aggravé l’état de la route en terre entre Lubumbashi et Pweto. En route vers le nord ouest, nos Land Cruisers ont été brutalement secoués, ont glissés, sont passés au travers de pont cassés et traversés des fleuves, affrontés la poussière et les pierres. Pendant les nombreuses heures de manœuvres le lointain lac Mweru, calme et bleu, s’est enfin rapproché nous offrant enfin une vue de son rivage en gros plan. C’est ici que l’eau sépare naturellement le sud est du Congo de la Zambie qui s’étend juste en face. Au lieu d’atteindre notre première destination hier, nous avons dû nous arrêter pour la nuit dans le petit village de Kilwa pour le plaisir des moustiques locaux et avons continué notre longue route dans la lumière du petit matin.

IZ9C4516-3Nous traversons à l’aide d’un ferry longtemps en attente de sa retraite, un courant rapide qui charrie l’eau jusqu’au fleuve Congo. Nous sommes entrés dans Pweto sous les yeux de soldats lourdement armés. Arrivés en ville nous passons un mur où il est peint dessus « les Etoiles de Dieu ». L’image colorée disparaît rapidement que déjà je ne peux m’empêcher de me demander si il me sera offert de jeter un œil sur elles. Ces étoiles doivent être spéciales, pures, mystérieuses et sacrées. Peut-être peut-on les trouver ici dans la province de Katanga.

Je vois un mur sur lequel est peint « les étoiles de Dieu ». Les étoiles doivent être spéciales, pures, mystérieuses, sacrées. Peut-être peut-on les trouver ici.

Pour le moment en tout cas je dois laisser mes pensées de côté. Un programme chargé dirige notre véhicule UNICEF dans tous les coins de la ville. Notre chauffeur Jean-Claude se dédouble en DJ : il mélange habilement sur une petite radio portable une ligne de pistes reggae avec des chants de chœurs d’Eglise catholique. Jean-Claude avec son sourire doux est plein de surprises, il nous conduit vers toutes destinations possibles- même celles impossibles cachées derrière les palmiers et sur les pistes poussiéreuses.

Ensemble avec mes collègues congolais, Willy et Linda, je visite l’état local d’UNICEF et d’autres partenaires pour suivre et contrôler quelques uns des programmes de protection des enfants que nous soutenons dans cette zone. Tandis que Willy travaillait au bureau UNICEF couvrant la vaste région du Sud du Congo, Linda l’a rejoint de son bureau de Kalemie. Moi venant du siège à Kinshasa, j’essaie d’ajouter une perspective supplémentaire de quelqu’un qui supervise un certain nombre de programmes destinés à protéger les enfants du mal dans tous le pays. Cependant, je suis venu pour écouter et apprendre, être surpris et corriger mes suppositions et attentes. Et maintenant,  je suis à la recherche de ces étoiles divines bien que je ne sois pas sûr d’où les trouver.

Dans les heures qui suivent, en visitant un bureau d’enregistrement civil, nous parlons des obstacles qui empêchent les enfants de recevoir un certificat de naissance.

Une réunion avec le juge du tribunal local est annulée, car il aurait apparemment abandonné son poste depuis presque 3 mois. Nous parlons avec les ONG partenaires pour voir si les différents programmes que nous avons mis en place se déroulent comme prévu. Nous prenons des notes, commentons et faisons des recommandations.  Ce n’est pas le moment de faire un prêche sur la Convention des Droits des Enfants mais plutôt de trouver des solutions pratiques.

Les écoles surchargées aident à remplacer les souvenirs difficiles

Mais peut-être le plus important est de visiter les endroits où se déroulent les projets soutenus par l’UNICEF ; là où l’on voit la différence qu’ils font dans la vie des enfants. Nous passons à côté de plusieurs écoles primaires et secondaires qui font parties d’un projet que nous gérons conjointement avec nos collègues de l’éducation et qui permet d’offrir une éducation de base aux enfants vulnérables. Chacune d’elles est bondée de garçons et filles excités de montrer leurs petits sacs d’école bleus “UNICEF” et ayant hâte de pratiquer leur français avec moi. Ce programme inclus plusieurs enfants qui ont auparavant fait partie de groupes armés, leur permettant de continuer leur route dans l’éducation et de remplacer quelques souvenirs douloureux par un savoir nouveau, des amitiés et des jeux.

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Nous poursuivons la visite de plusieurs sites qui offrent une formation professionnelle aux plus âgés des jeunes. Leur apprendre des savoirs-faire professionnels en lien avec le commerce leur permettra de s’’intégrer dans l’économie local mais aussi au sein de leurs familles et communautés. Ici nous pouvons voir la future génération de mécaniciens, barbiers, charpentiers, charpentiers, tailleurs et boulangers. Dans le groupe de mécaniciens, je suis instantanément attiré par le jeune Papi, qui, du haut de ses 15 ans, est de loin le plus petit du groupe. Sa tête touche à peine la table. Toute sa concentration est focalisée sur l’assemblage du mécanisme intérieur d’une moto. Ses yeux déterminés semblant briller plus intensément que ceux des autres autour.

Tandis que le soleil, passé de l’orange au rouge, est sur le point d’aller se reposer pour la nuit de l’autre côté du lac, nous sommes sur le chemin de notre hôtel et désireux de prendre une douche et un repas. Au loin, des pêcheurs emmènent leurs bateaux en bois au lac et affrontent les eaux armés de filets et de lampes à huile. Ils forment une pittoresque ligne de points jaunes lumineux alignés sur l’horizon.

Un jour nouveau

Le soleil se lève sur un jour nouveau. Nous galopons jusqu’à notre prochain arrêt Moba et espérons y être dans 12 heures. Sur le côté d’un chemin cabossé, des femmes transportent des charges insensées de bois sur leur tête et souvent aussi un bébé dans leur dos. Les hommes quant à eux regardent de loin assis à l’ombre d’un arbre ou d’une maison. Bref: un aperçu du déséquilibre des genres dans le pays. De la fumée s’échappe de petites huttes et se regroupe comme pour une petite causette.

A travers la vitre ouverte, le vent souffle sur mon visage et je peux goûter au feux, à la poussière rouge et à la brume. De la musique congolaise enjouée et d’une grande intensité adoucit quelque peu un maux de dos grandissant. Des poulets et chèvres courent en s’entrecroisant, comme s’ils dansaient en rythme. Des enfants jouent avec un ballon de football de fortune – offrant une seconde vie à quelques sacs plastiques emballés de façon à faire des tours astucieux. De curieuses gouttes de pluie sur les fenêtres ont décidé de voyager un peu avec nous.

Alors que l’herbe semble avoir poussé plus haut que le toit de la voiture, je me demande si ce que j’essaie de faire loin du bureau de Kinshasa va vraiment faire une différence par ici. Nous nous retrouvons cloués dans la boue, le sable et des ponts de fortunes faits de troncs d’arbres. Pourra-t-on rejoindre la destination ou pas ? Je laisse cela au hasard – et il se peut que les étoiles de Dieu nous guident de là-haut.

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Le beau paysage est quelque peu malheureusement décevant. Beaucoup trop de cases et de maisons en terre sont abandonnées et leurs toits et murs ont commencé à s’effriter. Les familles qui y vivaient se sont réfugiées aussi loin que leurs pieds les ont portés. La région continue à être explosive. Quelques une des mines les plus tristement célèbres ne sont pas très loin d’ici et charrient des diamants, du cobalt et d’autres matières précieuses.

Nous voyons des vélos qui transportent à ces endroits des alcools brassés dans le coin, ajoutant à cette zone en conflit un ingrédient regrettable et toxique.

Pendant trop longtemps alimentés par la lutte pour le pouvoir et l’accès aux trésors de la terre, les conflits armés ont déchiré les familles et les communautés, et ravageant le potentiel humain inestimable en violant les droits de l’homme ainsi que la dignité dans une triste routine quotidienne. Trop d’enfants ont été kidnappés et volés, forcés à attaquer, violer ou tuer. Cette région a prouvé qu’elle mérite son surnom malfamé de ‘triangle de la mort’, avec un grand nombre de groupes de rebelles commentant des crimes épouvantables.

Nous conduisons et progressons dans forêt incroyablement dense, traversant une zone habitée par la tribu indigène des Batwa. Des hommes forts avec des machettes et sarcloirs mènent à bien leurs tâches agricoles. Tandis que les arbres deviennent de plus en plus impénétrables, je peux à peine voir le ciel. On dirait que nous avons atteint le milieu du  milieu de nulle part. Aucune étoile céleste à voir ici.

Durant ces derniers jours, je suis souvent en train d’admirer mes collègues Willy et Linda qui travaillent dans leur pays depuis de nombreuses années à la protection des enfants, parfois contre des probabilités apparemment impossibles. Ils trouvent les bons mots auprès des autorités locales, des parents et des enfants. Ils gèrent la pression, négocient et serrent la main de ceux qui veulent bien et ceux qui n’en font pas. Lorsque l’UNICEF parle de sa forte présence sur le terrain, ce sont de ces gens là que nous parlons. Ils se tiennent en première ligne, ceux qui vont surtout où il fait chaud et sale, douloureux et dangereux. Ce sont les collègues qui me rendent très fier de servir cette organisation, me poussant toujours à faire mieux.

Beaucoup d’heures de dur pilotage plus tard, les ombres ont gagné en longueur, la chaleur s’est calmée. Miraculeusement, après avoir atteint la ville de Moba, je décide de marcher pour  le dernier morceau jusqu’à notre maison pour la nuit. Je ne vais pas loin. Encore une fois, les enfants se demandent d’où je suis, ce que je fais, combien de temps je reste, et si j’avais un stylo supplémentaire à leur donner. Tout un groupe d’entre eux bourdonne autour de moi. Un sourire est de retour sur mon visage. Rapidement, il est temps de dire adieu comme la nuit approche, et une autre longue journée de travail est achevée. Dans la matinée nous allons parcourir les routes terribles à Kalemie pour voir encore plus.

Alors que je continue à marcher en silence, je me souviens encore des mots peints sur le mur qui sont restés à me trotter dans la tête. Je regarde vers le ciel qui s’obscurcit, où les beaux et lointains points de lumière ont pris leur juste place. Et puis enfin ça y est j’ai compris. Comment cela a-t-il pu me prendre si longtemps?

Tous ces jour rencontrant tant d’enfants, marchant sur les petits sentiers, serrant les mains de tant de personnes… nous avions déjà vu de brillants modèles d’étoiles. Mille étoiles avec le futur clignotant dans leurs yeux. Des sourires qui portent un destin différent. Des mains qui rassemblent ce pays dans un avenir pacifique que son peuple mérite, réparant les plaies du passé.

Les mots colorés étaient exacts tout du long. Tout ce temps, nous n’avons rien vu de moins que des étoiles divines. Les étoiles de Dieu.

Traduit de l’anglais par Aurore Savoie

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Gabriel Vockel

Gabriel Vockel is the Child Protection Manager, Social and Legal Protection for UNICEF Democratic Republic of the Congo.

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