Lutte contre la malnutrition: une priorité au Sud Kivu

Visite des stands d'exposition1En République Démocratique du Congo (RDC), un enfant sur deux souffre de malnutrition chronique. Du 24 au 26 mai 2016, le Gouvernement Provincial du Sud-Kivu, avec l’appui de ses partenaires a organisé la conférence sur « Le repositionnement de la nutrition comme priorité de développement au Sud-Kivu».

La malnutrition chronique, urgence silencieuse en RDC

A elle seule, la RDC, représente 25% de la charge d’enfants malnutris en ’Afrique de l’Ouest et du Centre, avec 6 millions d’enfants malnutris chroniques. La prévalence actuelle de la malnutrition chronique en RDC (43%), le place au troisième rang des pays avec la plus forte prévalence après le Burundi (58%) et l’Ethiopie (44%).

Au Sud Kivu, la malnutrition demeure à l’instar du pays, un problème majeur de santé publique et surtout de développement. La dernière Enquête de Démographie et de Santé (EDS 2013 – 2014) a révélé que la proportion d’enfants de moins de cinq ans souffrant de malnutrition chronique est de 53 %; ce qui représente près de 700.000 enfants en 2016.

Une première en RDC

Cette première conférence a été organisée par le gouvernement provincial du sud Kivu avec l’appui de ces partenaires, dont l’UNICEF, le PAM, le FAO et la Suisse-Département du Développement et de la Coopération (DDC).

300 dirigeants et spécialistes du secteur public et privé ainsi que des responsables religieux et des scientifiques ; venus du Sud-Kivu, du Nord-Kivu, de la Tshopo et de l’Ituri se sont réunis pendant trois jours au Centre RIO de Nguba à Bukavu, afin de mobiliser la province vers un objectif simple mais ambitieux : contribuer à la création d’un environnement multisectoriel favorable pour la promotion et l’amélioration de la nutrition au Sud-Kivu.

«Ces assises auront de la valeur que si elles sont vulgarisée auprès des communautés » a dit le Gouverneur de Province du Sud-Kivu, S.E Marcellin CHISHAMBO lors de l’ouverture de la conférence en encourageant tous les acteurs à combattre la malnutrition pour relever le niveau du bien -être des communautés. « Si les communautés ne s’approprient pas ces efforts, il n’y pas d’engagement » a-t-il ajouté.

Cette conférence s’inscrit également dans le cadre d’un partenariat basé sur une approche multisectorielle développé entre les pays de la sous-région des Grand-Lacs et la DDC. Dans cette optique, des participants sont venus du Rwanda et du Burundi pour partager l’expérience de ces deux pays en termes de succès obtenues et de défis rencontrés dans la lutte contre la malnutrition chronique. L’objectif visait était de favoriser, à l’échelle régionale, la reconnaissance de la problématique de la malnutrition, comme problème majeur de développement dans les trois pays de la sous-région.

« La suisse s’engage dans une vision d’un monde sans pauvreté et contribue à lutter contre la malnutrition au Burundi, au Rwanda et au Sud Kivu. » a indiqué Katharina JENNY, Directrice Régionale Adjointe du bureau de la Coopération Suisse Grands-Lacs.

Exposition

Une approche multisectorielle pour inverser la tendance

Un enfant sur deux souffre de malnutrition chronique au Sud-Kivu, alors qu’on aurait pu l’éviter. Si ces enfants sont touchés par ce fléau, ce n’est pas du fait d’une absence totale de moyens, mais en raison de l’absence d’une réponse adéquate et globale.

Le Chef de Bureau de l’Unicef Zone EST de la RDC Thierry DENTICE a rappelé que les interventions de lutte contre la malnutrition doivent cibler le couple mère et enfant durant la fenêtre d’opportunité des 1.000 premiers jours de vie pour prévenir la malnutrition et éviter ses conséquences irréversibles sur le développement des cellules nerveuses du cerveau. Ceci combine avec des interventions des autres secteurs qui sont sensibles à la nutrition.
«La malnutrition est un échec de l’approche sectorielle. Il faut une approche synergique pour inverser les tendances», a affirmé Thierry DENTICE.

La conférence a lancé un défi de taille à l’ensemble des acteurs œuvrant dans le domaine de nutrition et ceux des secteurs connexes ayant une influence sur la nutrition ; celui de mettre en œuvre des interventions ayant un cout-efficacité prouvé pour réduire sensiblement la prévalence de la malnutrition chronique au Sud-Kivu en vue d’atteindre l’Objectif de développement durable(ODD) 2 d’ici 2030.

Le professeur Mashako avec la press

« Il faut rechercher les causes sous-jacentes de la malnutrition en tenant compte du contexte mondial, national et provincial sans oublier les ODD » a souligné le Professeur Mashako Mamba, Parrain de la conférence et ministre honoraire de la santé publique en RDC.

Une Charte pour un engagement commun d’améliorer la nutrition des enfants

A l’issue de la conférence, il a été signé une charte, appelée « Charte de Bukavu », pour matérialiser l’engagement pris par le gouvernement provincial, les acteurs du secteur public, la société civile, le secteur privé et les bailleurs des fonds et les partenaires techniques et financiers(PTF) pour combattre les diverses formes de malnutrition au sein des groupes vulnérables dans la Province du Sud Kivu. La réalisation de ces engagements contribuera à l’amélioration de la nutrition de la mère et de l’enfant au Sud-Kivu au travers la mise en œuvre des interventions directes et sensibles de nutrition et une meilleure coordination des actions et implication des acteurs à différents niveaux (province, territoires, entités territoriales décentralisées, communautés).

Les signataires de la charte sont, le gouvernement provincial du Sud-Kivu, les bailleurs de fonds et les Partenaires Techniques et Financier, le réseau des scientifiques de la province, la société civile et la fédération des entreprises du Congo représentant les opérateurs privés. Par ailleurs, il est important de noter que l’adhésion à la charte de Bukavu est restée ouverte à toute organisation désireuse d’accompagner le gouvernement dans la promotion de la nutrition.

Passer à l’acte

«L’Assemblée Provinciale du Sud-Kivu s’engage à doter la « charte de Bukavu » des moyens de sa mise en œuvre», a dit l’Honorable OMBENI, Rapporteur de l’Assemblée Provinciale du Sud-Kivu.

Marcellin CISHAMBO, Gouverneur de Province du Sud-Kivu, a clôturé la conférence en affirmant que la signature de la « Charte de Bukavu » avait été l’occasion de faire date dans l’histoire, de faire de la malnutrition une relique du passé. Il a ainsi prôné une évaluation mensuelle de la mise en œuvre des engagements de la charte. Cette évaluation se faira dans le cadre du comité provincial de lutte contre la malnutrition : un organe de coordination des acteurs du secteur de la nutrition placé sous le leadership du gouverneur de province. Dans le but de capitaliser les acquis de la conférence une feuille de route de suivi et de mise en œuvre des engagements pris lors de la conférence a été élaborée et un comité multisectoriel chargé d’assurer sa mise en œuvre et son suivi mis en place.

« Nous devons revenir ici chaque mois pour voir ce que chacun d’entre nous a fait dans son coin, dans son village pour mettre fin à la malnutrition et ainsi évaluer notre action», a-t-il dit s’adressant aux participants.La charte de Bukavu, signée, pour matérialiser l’engagement pris par le gouvernement provincial du sud Kivu afin de lutter contre la malnutrition

Atteindre les Objectif de développement durable

Les statistiques sont trop alarmantes pour qu’on les ignore, non seulement parce que ces enfants méritent mieux, mais aussi parce que leur survie est à la base de la réalisation de plus de cinq Objectifs de Développement Durable (ODD). Investir donc dans la nutrition permet non seulement d’améliorer les chances de survie de l’enfant et mais aussi de réduire considérablement la pauvreté.

En effet, la malnutrition chronique entraîne toute une série de conséquences négatives :
• Près de 700.000 enfants de moins de 5 ans dans la province sont affectés par un retard de croissance.
• Quotient Intellectuel réduit de 5-11 points.
• 22 à 45% de pertes de gains économiques individuel.
• 1.4% de perte de productivité et 4% de baisse du revenu.
• Taux de mortalité infanto-juvénile estimée à 139 pour 1000 naissances vivantes, soit la plus élevée du pays.

La conférence avait également pour but de convaincre la communauté nationale et internationale que la nutrition des enfants est un droit et un gage de développement de la province. Avec une volonté politique plus forte et davantage d’investissements, la plupart d’enfants pourront être épargnés de la malnutrition, pour la prospérité des familles, des communautés et du pays.

 

Découvrez toute la conférence nutritionnelle au Sud Kivu

 

Photo: ODH 2016 Martin Lukongo

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Félicien Kitoko

Felicien Kitoko est le coordonnateur des Programmes de l’Observatoire des Droits Humains, ODH, une ONG créée par des anciens enfants reporters à l’Est de la RDC. Il a fait des études de médecine et plusieurs formations en communication. Depuis son jeune âge, il est engagé dans la promotion des droits de l’enfant pour mettre en évidence, en vue de plaidoyer, la vie des enfants qui ne jouissent pas de leurs droits. Son credo : « Aider les individus et les communautés à développé leurs compétences pour réaliser leurs droits»

Félicien Kitoko is the coordinator of Programmes of the Observatory of Human Rights, OHR, a NGO created by former child reporters in the Eastern DRC. He has undergone studies in medicine and has received various training in the field of communication. Since his young age, he has been engaged in the promotion of children rights by advocating for children who do not enjoy their rights. His creed: “Help the individuals and the communities to develop their competence in achieving their rights”».

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One comment

  • la malnutrition en rdc à baissé grâce a l’utilisation de soja comme l’aliment de base,en rdc on a crée des ong pour lutter contre la malnutrition et la pauvreté
    manger ses aliments pour la malnutrition des enfants
    -soja
    -arachide
    les fruits comme
    avocat

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