Lutter contre le choléra en milieu scolaire

Lutter contre le choléra

Un enseignant apprend aux élèves à se laver les mains pour éviter le choléra

L’hygiène des mains 

« Encore une fois ! », tonne à la manière d’un rocker ou d’un pasteur, Blaise Ilunga. L’enseignant congolais s’adresse à sa classe de 1ère année primaire à Kasungami, quartier populaire de Lubumbashi, deuxième ville du pays. « L’hygiène des mains… » Répond à tue-tête et comme un seul homme la trentaine d’enfants en bas âge de cet établissement durement touché par le choléra il y a quatre ans.

« …Pour éviter les microbes », embraye alors l’instituteur. Voilà comment ce qui pourrait un cours conventionnel sur les règles élémentaires d’hygiène se transforme en grand jeu d’apprentissage.

Pendant une heure, l’enseignant anime la séance : sceau d’eau, savonner les mains, tout y passe pour faire de cet école proprette un sanctuaire face au choléra et aux maladies des mains sales. Dans le fond de la classe, un homme écoute attentivement : Jean Martin Muyumba.

Le choléra au complexe scolaire Saint Augustin 

Le directeur de l’école a la prise de notes méticuleuse. Il dit évaluer chaque jour les enseignants de cet ensemble scolaire qui accueille 900 élèves du primaire et du secondaire. Vigilant, et tatillon, car encore traumatisé par les drames de 2011. « En décembre de cette année-là, un jour, on s’aperçoit, que quatre enfants faisaient des allers et venues aux toilettes toute la journée, se souvient le directeur.

Tout de suite, on a sonné la sonnette d’alarme ». Très vite, le constat s’impose : le choléra a bel et bien fait irruption dans les classes. En quelques jours, la maladie décime les bancs : 30 élèves et enseignants seront touchés au total. Quatre mourront du choléra.

Un choc toujours présent pour M. Muyumba. « On doit sans cesse faire de la sensibilisation auprès des parents pour impliquer tout le monde, précise-t-il. Mais si on réussi à écarter le choléra c’est grâce au programme des écoles assainies ».

60000 enfants ont accès à l’eau potable 

Ce programme phare de l’Unicef, mis en place il y a 5 ans dans cette école, a depuis permis à plus de 60000 enfants de la province de l’ex-Katanga d’avoir accès à l’eau potable, de disposer de latrines hygiéniques et de stations d’eau pour se laver les mains.

Plus de 60000 enfants sains et saufs, qui peuvent ainsi aller à l’école et repartir tranquilles. Les « écoles assainies » prouvent chaque jour leur efficacité selon les encadrants de l’école Saint-Augustin. « Vous imaginez, il y a quelques années, le choléra nous frappait, ajoute M. Muyumba. Mais aujourd’hui, on a seulement compté cette année quatre cas de diarrhées à la rentrée de janvier. Les enfants touchés viennent de familles qui ne respectent pas les règles d’hygiène, on est donc allés immédiatement les voir pour leur dire que c’est impératif. Cet exemple illustre la limite du programme. Car l’école assainie est un sanctuaire dans un milieu pauvre, où la coutume est encore trop forte, et les résistances encore présentes ».

Lutter contre le choléra

Jean Martin Muyumba, directeur de l’école Saint Augustin

Intensifier la sensibilisation aux règles d’hygiène pour lutter contre le choléra 

Selon M. Muyumba, seules 58% des familles de ses élèves observeraient à la lettre les règles d’hygiène. « Il faut donc intensifier la sensibilisation », lance-t-il. « L’autre grande limite tient au fait qu’après le primaire, les écoles ne sont plus assainies, abonde Mariette Neema Mwesha, administratrice communication à l’Unicef. Le secondaire n’est pas concerné par le programme des écoles assainies ».

En attendant une plus grande généralisation des écoles assainies, l’exemplaire complexe Saint-Augustin de Lubumbashi refuse toute marche arrière pour ne plus revivre le traumatisme du choléra.

Le programme national Ecoles et Villages Assainis bénéficie du soutien de la coopération britannique ainsi que de la coopération américaine.

Photos: UNICEF RDC 2015 Mehdi Meddeb

Découvrez comment le choléra a reculé à l’école Saint-Augustin

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Mehdi Meddeb

Mehdi Meddeb est journaliste depuis bientôt 10 ans. D'abord basé au Maroc, puis à Kinshasa, l'ancien correspondant de France 24 continue à couvrir l'Afrique en tant que freelance. Il contribue régulièrement en tant que consultant vidéo auprès de l'UNICEF en RDC.

Mehdi Meddeb has been a journalist for nearly 10 years. First based in Morocco, then in Kinshasa, this former correspondent for France 24 continues to cover Africa as a freelancer. He regularly contributes as a video consultant with UNICEF in the DRC.

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