Innocent, mari et père impliqué dans la vie familiale

partage des tâches en RDCPeu avant 7 heures, après les avoir lavés et habillés, Innocent prodigue quelques derniers conseils à ses deux jeunes enfants avant de les envoyer à l’école.

Il aide ensuite sa femme Wyvine en allumant le feu sur lequel bouillira pour le reste de la journée une marmite remplie d’eau et de manioc, afin d’en faire de la chikwange. Il l’accompagne aussi aux champs pour labourer, planter des boutures de manioc et ramasser du bois.

Du théâtre aux changements de comportements

Il y a un an et demi, une troupe de théâtre de la Communauté des Amis de la Nature et de la Culture (CANACU), une ONG partenaire de l’UNICEF, est venue à Bonkulu, un village situé à une trentaine de kilomètre de Bandundu, dans la province du Kwilu, pour sensibiliser la population sur le partage des tâches entre hommes et femmes, pour le bien-être de la famille.

Wyvine, qui participait à des groupes de discussions organisés par la même organisation depuis janvier 2014, a invité son mari à la représentation.

« L’un des personnages était un homme qui esquivait sa famille et dépensait l’argent du foyer en boissons ou le donnait à d’autres femmes », témoigne-t-elle. « Mon mari s’est reconnu dans ce personnage dont tout le monde riait et il a compris qu’il devait changer de comportement ».

Partage des tâches : un nouvel équilibre familial

Plus tard dans la journée, Innocent part à vélo puiser de l’eau, ce qu’il ne faisait jamais auparavant.

Le soir, après avoir aidé sa femme à effeuiller les tiges de manioc, il aide leurs enfants avec leurs devoirs.

« Dieu m’a fait grâce de comprendre », dit-il. « Dans l’ancien temps, je ne partageais pas l’argent avec ma femme. Quand j’avais de l’argent, je le cachais et j’allais déambuler le soir, prendre la bière avec des amis. Si j’aimais une autre femme, je lui donnais cet argent. Et alors l’argent restait avec cette femme, pour nourrir ses enfants et non les miens ! À la maison, mes enfants et ma femme, ils crevaient, c’était la famine ! J’avais des dettes et je n’étais pas capable de les rembourser. Avec ce mode de vie, on ajoute du malheur au-dessus du malheur, et on perd ses amis. Tant qu’il y a l’ambiance on ne se pose pas de questions, mais c’est dans le malheur qu’on réalise qu’il faut changer. Désormais, je suis plus heureux car il y a moins de problèmes. Je gère l’argent du foyer avec ma femme ; nous nous faisons mutuellement confiance ».

Education, santé et hygiène comme nouvelles priorités

Dans la journée, Innocent parvient à vendre pour 10,000 francs (environ 10$) de bananes. Le soir venu, le couple se réuni et décide d’en dépenser une partie pour diminuer la dette des frais scolaires pour leurs enfants et d’en conserver une partie dans leur « caisse noire » en prévision de possibles futures dépenses de santé.

Avec le montant restant, Wyvine décide de partir le lendemain à Bandundu Ville acheter du savon et du sel. Elle en profitera pour aller vendre ses chikwange au marché. Elle partira à l’aube en moto. Auparavant, elle devait marcher plus de 14 heures aller-retour, avec une lourde charge sur le dos.

« Je quittais la maison à minuit pour arriver au marché le matin, et je revenais la nuit tombée totalement épuisée ! », se remémore-t-elle. « Je forçais mon mari à m’appeler “Maman Souffrance”! Nous nous querellions souvent. Désormais, au lieu de fuir son foyer, mon mari prend même le temps de se rabaisser pour parler et régler nos disputes ».

Reportage photo réalisé par Gwenn Dubouthoumieu (2016)

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Gwenn Dubourthoumieu

Gwenn Dubourthoumieu s’est intéressé à la photographie alors qu’il travaillait en Afrique pour des ONG humanitaires. Professionnel depuis avril 2010, son travail est régulièrement récompensé. Il travaille régulièrement pour UNICEF RDC en tant que consultant photographique.

Gwenn Dubourthoumieu became interested in photography while working in Africa for humanitarian NGOs. Professional since 2010, his work is regularly rewarded.  He's a photography consultant for UNICEF DRC.

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