Protéger l’enfant face à Ebola

Protéger l’enfant face à Ebola

Pendant plusieurs mois, l’épidémie du virus Ebola a sévi en RDC dans le territoire de Boende situé dans la province de l’Equateur. Mais le gouvernement, l’UNICEF et ses partenaires sont parvenus à vaincre l’épidémie qui a disparu depuis novembre 2014.

Pourtant le traumatisme de la maladie subsiste. La Commission psychosociale œuvre pour atténuer la charge émotionnelle que le virus Ebola a pu créer au sein des familles affectées et du personnel soignant.

Beaucoup ont été victimes de stigmatisation et psychologiquement affectées par l’épidémie: les personnes atteintes par la maladie, les familles des patients, les personnes ayant été en contact avec des patients, les personnes soupçonnées d’être atteinte par le virus Ebola, les survivants de la maladie et le personnel soignant.

Les enfants ont été particulièrement touchés par le virus Ebola qui a entraîné de lourdes conséquences pour leur environnement familial.

Beaucoup se sont retrouvés orphelins, rejetés ou stigmatisés par leur communauté, avec comme conséquence un accroissement de leur vulnérabilité et l’inaccessibilité à la scolarisation.

Le travail des assistants sociaux et psychologues

Des assistants sociaux et psychologues étaient présents en permanence* pour soutenir les victimes et les aider à reprendre le cours de leur vie. Ils se déplaçaient entre Boende, Lokolia et les différents villages de la zone affectée par l’épidémie pour faire le suivi des « victimes ».

Sur la base d’un questionnaire élaboré par la Commission psychosociale, les assistants sociaux et psychologues évaluaient la situation psychosociale des victimes (Niveau d’intégration dans leur communauté, stigmatisation, soutien ou non par leur famille) de même que leur état psychique et psychologique (difficultés d’endormissement, fatigue, instabilité, colère, sentiment que l’avenir est incertain, difficulté à reprendre des activités quotidiennes, difficultés de concentration, hyper vigilance, comportement agité, souvenirs ou rêves répétitifs des situations liées à Ebola, repli sur soi).

Un garçon de 16 ans, à Watikengo avait perdu ses deux parents à cause du virus Ebola. Il a été recueilli par son oncle mais n’avait plus goût à la vie. Il disait : « J’attends seulement mon tour ». Il a bénéficié du soutien des psychologues et assistants sociaux et de leurs visites régulières. Son oncle a aussi été formé pour pouvoir l’accompagner et le soutenir.

Petit à petit, il a montré des signes d’un état psychologique plus positif et davantage de confiance en l’avenir. Aujourd’hui, il est de retour à l’école et veut apprendre un métier.

Les défis rencontrés 

Le plus difficile est de gagner la confiance des personnes affectées. L’épidémie du virus Ebola est connue pour semer la panique et une grande peur parmi les populations exposées.

L’une des difficultés pour les assistants sociaux était d’accompagner les malades pour qu’ils acceptent d’être soumis à des analyses, de recevoir un traitement et de rester dans le centre prévu à cet effet.

Des dialogues continus ont permis de gagner cette confiance et ont conduit à la compréhension et l’acceptation des personnes malades.

Les enfants, en particulier, étaient méfiants envers les assistants sociaux. Ils ont réussi à leur montrer qu’ils représentaient un début de solution pour eux grâce au dialogue, en distribuant des biscuits et bonbons et en les éloignant des regards stigmatisants des membres de communautés en faisant des promenades aux alentours.

Autre défi. Les communautés avaient tendance à regarder les orphelins avec pitié.

Les assistants sociaux ont poussé les communautés, y compris les enseignants, à être d’avantage positif et encourageant.

Une méthode qui fonctionne

Un enfant, dont les parents sont décédés à cause du virus Ebola, faisait des fortes fièvres et diarrhées qui n’étaient pas liées au virus. A sa sortie de l’hôpital, il faisait des cauchemars où il voyait la mort, des images du cercueil, etc.

Il craignait toute visite de personnes roulant en moto et vêtues de blanc, croyant qu’il s’agissait de médecins qui allaient le ramener à l’hôpital.

L’assistant social laissait donc sa moto à quelques mètres du lieu d’habitation de l’enfant. Le fait que l’assistant social soit connu en tant qu’enseignant et leader d’un groupe de prière lui a permis de gagner la confiance de la famille d’accueil qui acceptait qu’il puisse avoir des entretiens et séances d’écoute avec l’enfant.

Chaque entretien avec l’enfant lui montrait qu’une vie normale était encore possible.

L’assistant social a aussi travaillé avec sa famille d’accueil afin d’éviter la stigmatisation et une pitié exagérée envers l’enfant. Peu à peu, l’enfant a repris confiance. L’assistant social a référé l’enfant à l’école où il le suivait en plus des visites à domicile.

A ce jour l’enfant s’est rétabli totalement, est toujours scolarisé. Il a compris le danger du virus Ebola et rêve de devenir médecin pour pouvoir, à son tour, sauver des vies.

*Les assistants sociaux accompagnaient chacun cinq victimes, avec des visites deux fois par semaine. Ils provenaient de la Division des Affaires Sociales (DIVAS), de la Division du Ministère Genre, Famille, Enfants (DIVIGENRE), du Ministère de l’Enseignement Primaire, Secondaire et Professionnel et de la Croix Rouge Congolaise. Ceux de la DIVAS et de la DIVIGENRE suivaient les cas d’enfants.

Cet article a été rédigé sur la base d’un échange avec Mme Leontine Ndjoli qui a présidé la commission psychosociale de Boende, des contributions des assistants sociaux qui ont apporté un soutien psychosocial aux personnes touchées par l’épidémie et de Mme Leonie Kahigwa, Child Protection Officer pour l’UNICEF à Mbandaka. Un grand merci à tous.

Photo: UNICEF RDC 2011 Olivier Asselin.

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Vanessa Wirth

Vanessa Wirth is a Child Protection Officer at UNICEF where she used to coordinate the Child Protection in Emergencies Working Group in DRC. She is currently in charge of the Birth Registration pillar. Specialized in Human Rights, she strongly believes that protecting children’s rights is the best approach to tackling their vulnerabilities and guaranteeing a smooth transition to adulthood. Her leitmotiv? Never stop dreaming.

Vanessa Wirth est Chargée de Protection de l’Enfant à l’UNICEF ou elle a coordonné le Groupe de Travail sur la Protection de l’Enfant en situation d’urgence en RDC. Elle est actuellement responsable du pilier Enregistrement des Naissances. Spécialisée en droits humains, elle croit fermement que la protection des droits des enfants est la meilleure approche pour atténuer leur vulnérabilité et garantir une transition en douceur vers l’âge adulte. Son credo : « N’arrête jamais de rêver ».

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