Scolariser les enfants à Kinshasa, comment faire?

Octavie sur le banc de l'école.

Octavie sur le banc de l’école.

La compagne porte à porte est un de moyens efficaces pour amener plusieurs enfants à l’école. Scolariser les enfants est un devoir pour chaque parent.

Scolariser les enfants à Kinshasa comment faire?

C’est ma première visite de terrain avec l’équipe Education de l’UNICEF RDC. Avec les chefs des sous-divisions éducatives de la Gombe et Ngaliema et le Directeur de la province éducationnelle de Kinshasa Est, nous allons à l’école primaire de la rive de Kinshasa et dans des ménages aux alentours, pour superviser la campagne porte à porte sur l’inscription et le maintien des enfants à l’école

A cent mètres de l’école, dans les ménages aux environs, une compassion se forme dans mon cœur. Des centaines des personnes vivent dans des conditions déplorables.

Les élèves de l'E.P 1 de la rive

Les élèves de l’E.P de la rive

Ils ont tous besoin d’aller à l’école

L’Ecole primaire (EP) de la rive se situe dans la sous-division de Ngaliema sur la route qui mène vers le musée national de la République Démocratique du Congo, dans l’enceinte de l’hôpital de lépreux, juste au bord du fleuve. La majorité des élèves de cette école sont enfants de militaires.

Ce qui a attiré mon attention en arrivant dans le quartier, c’est le nombre d’enfants que j’ai vu en train de jouer alors que d’autres étaient à l’école. Il est difficile de ne pas s’inquiéter quand un bon nombre d’enfants ne va pas à l’école. Le genre d’inquiétude qui glace le sang.

Interpellée, je suis allée interroger les adultes qui étaient là pour comprendre pourquoi tous ces enfants n’étaient pas à l’école. Ils m’ont alors expliqué qu’il y avait ceux qui étudient à partir de midi (c’était le matin) et ceux qui sont à la maison parce que les parents n’ont pas les moyens de les scolariser.

Deux campagnes pour scolariser les enfants

Depuis plusieurs années, la République Démocratique du Congo a vu augmenter le taux de scolarité. Cependant aujourd’hui encore trois enfants sur dix en âge scolaire ne trouvent pas le chemin de l’école. Pour faire face à cette situation, le ministère de l’Enseignement, Primaire, Secondaire et Initiation à la Nouvelle Citoyenneté (EPSINC) organise chaque mois d’aout, avec l’appui d’entre autres l’UNICEF, une grande campagne de sensibilisation des parents pour  l’inscription et le maintien de leurs enfants filles et garçons à l’école.

En vue de  récupérer les derniers enfants non encore inscrits à l’école, le même ministère et l’UNICEF organisent une deuxième campagne de rattrapage dite porte-à-porte deux semaines après la rentrée scolaire. Lors de cette campagne  des sensibilisateurs visitent les ménages pour identifier les enfants non-encore scolarisés et convaincre les parents de les inscrire et les maintenir à l’école.  La campagne met un accent particulier sur la récupération des enfants de 6 et 7 ans pour qu’ils puissent entrer à l’école à l’âge légal de 6 ans.

La campagne porte-à-porte a été lancée à Kinshasa le 3 octobre 2016. L’UNICEF profite de cette campagne pour rappeler à chacun sa responsabilité de contribuer à scolariser les enfants car ceci est un droit essentiel pour chaque enfant.

Convaincre les parents de scolariser les enfants : défi relevé

Nous sommes allés à la rencontre de maman Mireille Ndona, artiste comédienne du groupe théâtral Simba mariée à Amuli, militaire en poste à Goma. Mireille est mère de cinq enfants dont les deux aînés, Amuli 7 ans et Octavie 6 ans, ont l’âge d’aller à l’école. Mais ni Amuli, ni Octavie ne sont à l’école quand nous les rencontrons.

Mireille avait été sensibilisée à inscrire ses enfants à l’école dans le cadre des activités de communication du mois d’aout, sans toutefois en prendre action. Mireille se justifie : « Il n’y a pas assez de moyens pour les faire étudier. »

Alors nous avons discuté avec la jeune mère, lui rappelant l’importance de scolariser ses enfants et lui expliquant la possibilité de payer les frais scolaires par tranche, ce qui rentrait alors dans ses capacités.

Mireille inscrit Octavie à l'école

Mireille inscrit Octavie à l’école

Convaincue et enjouée, Mireille s’est alors décidée à scolariser Amuli et Octavie à l’E.P de la rive: « J’ai toujours su que l’école rassure l’avenir des enfants. Les moyens me manquent pour envoyer mes enfants à l’école, mais je me battrai parce qu’il faut que mes enfants puissent étudier. »

La campagne porte-à-porte a été pour nous l’occasion d’amener  à l’école Amuli et Octavie. Ils ont été inscrits et sont aujourd’hui sur le banc de l’école.

Vendre ou étudier : une question de moyens ?

Notre expérience ne s’est pas limitée là. Nous avons parcouru beaucoup d’écoles pour remettre des fournitures scolaires et dans beaucoup de ménages pour convaincre les parents d’inscrire  et maintenir leurs enfants à l’école.

La mission m’a conduite jusque dans la localité de Mbankana, à plus de 150 km de la ville de Kinshasa. Un voyage fatiguant à la découverte d’une nouvelle façon de vivre. Le soleil et la chaleur étaient au rendez-vous.

J’étais immédiatement frappée par ce que j’ai vu. Je n’arrivais pas à le croire. Des enfants vendaient des légumes, des épices et bien d’autres nourritures alors qu’ils auraient dû être à l’école à cette heure-là.

Plusieurs raisons peuvent justifier qu’ils n’aient toujours pas rejoint les bancs de l’école. C’est à ces raisons que tentent de répondre les parents lors de la sensibilisation porte à porte.

Outre la sensibilisation et la possibilité de payer les frais scolaires  par tranche, la campagne prévoit avec l’appui de l’UNICEF de distribuer les fournitures scolaires aux élèves de première et deuxième année primaire de toutes les écoles publiques /conventionnées de la ville pour alléger le fardeau des parents.

Egalement, quelques enfants identifiés comme vulnérables bénéficient des mesures de protection sociale, un projet pilote commencé en 2015 et qui consiste à octroyer les subventions aux écoles ciblées pour couvrir certains besoins des enfants vulnérables.  Certains de ces enfants sont entre autres exemptés de paiement des frais scolaires et accompagnés par un système de tutorat.

Petit garçon, grands espoirs

Nous avons poursuivi jusqu’à l’E.P. 3 Kimpoko dans la sous-division de la NSELE, où notre équipe de l’UNICEF et des Divisions provinciales de l’EPSINC a poursuivi la distribution des fournitures scolaires aux élèves de première et deuxième année de cette école.

Au milieu de cette activité à l’E.P. PEMA dans la même sous-division, j’ai rencontré un jeune garçon de 7 ans. Il venait de commencer ses cours et c’était pour lui la toute première fois de s’assoir sur un banc de l’école. Ses parents l’avaient inscrit suite à la campagne de sensibilisation porte à porte. Cet enfant me souriait. Je lui ai demandé comment se passait ses premiers jours à l‘école et ce qu’il voulait faire plus tard. Il m’a regardé avec tant d’espoir et m’a dit : « Je veux devenir médecin.»

Ce garçon plein de rêves et d’innocence est resté accroché à la fenêtre de sa classe jusqu’à ce que nous ayons quitté son école. Alors que l’on s’éloignait des lieux, ce petit jeune homme m’a fait un joli sourire plein d’espoir, que j’ai emporté dans mon cœur.

Plus d’informations sur l’éducation des enfants:

Photo: UNICEF RDC 2016 Muadi

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Fallone Muadi

FALLONE MUADI, est stagiaire à la Communication de l’UNICEF RDC. Elle fait partie de l’équipe InfoCom et contribue à la communication digitale de l’organisation. Sa devise ? « Voir au délà de limite »

FALLONE MUADI, is a Communication intern at the UNICEF DRC. She is a member of the InfoCom team and contributes to the digital communication of the organization. Her life moto? “See beyond limits”

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