Après la violence, les services de santé reprennent leurs activités au Kasaï Oriental

BLOGA première vue, c’est sur des routes paisibles que nous roulons vers Miabi, situé à 35 kilomètres de Mbuyi Mayi, la capitale de la province du Kasaï-Oriental en République Démocratique du Congo (RDC). Je suis en mission dans la région du Grand Kasaï qui est frappée par des violences depuis plusieurs mois déjà. Nous utilisons deux véhicules pour faire la route reliant Mbuyi Maji à Miabi. Nous traversons des petits villages ; la population nous salue. Rien ne suggère que la région a été touchée par de fortes vagues de violences entre des milices et les services de sécurité. Une fois arrivés à Miabi, cette impression de paix s’avère rapidement trompeuse.

Une zone de santé au cœur des violences au Kasaï Oriental

La zone de santé de Miabi comprend 14 aires de zones et compte environ 165.000 habitants. Le Dr Joseph Kabongo, chef de zone par intérim nous parle de l’impact des violences sur la population.

« Combien nous sommes aujourd’hui ? Je ne peux pas le dire exactement. Les derniers mois, la zone a fait face à beaucoup de violences. Quatre aires de santé ont été attaquées pendant des combats. Mais, c’est toute la zone de santé qui est impactée. Les infrastructures de santé ne fonctionnement plus ou que partiellement et font face à un afflux de populations déplacées. J’estime qu’au moins 20% de la population dans la zone de santé  a abandonné ses ménages. Par exemple, dans l’aire de santé de Miketa, toutes les maisons et infrastructures ont été incendiées. L’aire de santé s’est complètement vidée de sa population. »

Aujourd’hui, la situation est plus calme. Mais la peur est clairement là.

Tout le monde à Miabi a des histoires à raconter sur l’horreur de la violence : des gens qui ont été tués, des femmes violées, des enfants blessés par balles, des familles entières qui se sont déplacé vers la brousse pour en ressortir que des semaines plus tard, et d’autres dans les familles d’accueil pour  trouver refuge à plus de vingt kilomètres de leur village.

Aujourd’hui, la situation est plus calme. Mais la peur est clairement là. La moindre rumeur sur des actes de violence suffit pour créer un nouveau mouvement de population.

Un conflit aux multiples conséquences

La violence a un effet dévastateur sur la santé des enfants de Miabi. Tous les services étatiques notamment celui de la santé n’ont pas pu être assurés pendant les périodes de violence. Certains infirmiers ont été tués,  d’autres n’osaient plus se rendre dans leur centre de santé. La population a peur d’être victime d’actes de violence en route vers le centre. L’approvisionnement des centres en vaccins et médicaments de base était devenu problématique. Ce qui entraine des  conséquences  multiples.

« Dans le passé presque toutes les femmes enceintes étaient assistées lors de l’accouchement. Aujourd’hui, une femme sur quatre dans notre zone de santé donne naissance toute seule dans la communauté, Plusieurs femmes sont décédées lors de l’accouchement, de nombreux nouveau-nés sont morts dans la brousse et enterrés sur place », nous explique le Dr Joseph Kabongo visiblement affecté pour cette situation.

Il enchaîne : « Dans trois aires de santé de Miabi, l’incidence de  la  malnutrition aiguë sévère chez les jeunes enfants a sensiblement augmenté, » Tel est par exemple le cas dans l’aire de santé de Tshinyama où le centre de santé a enregistré 184 nouveaux cas de malnutrition aigüe sévère pour le mois de mai et juin 2017 alors que toute l’année 2016 ce centre a pris en charge seulement 254 enfants malnutris.

Le petit Kabenga ne pesait plus que 2,8 kilos

Dans le service de pédiatrie de l’hôpital général de référence de Miabi, je rencontre Tshinguta, une jeune maman de 22 ans et son enfant Kabenge (4 mois). Tshinguta a fui sa maison suite aux violences à Miketa. Après une longue marche de presque 30 kilomètres et plusieurs jours passés dans la brousse, elle a rejoint ses parents dans la cité de Miabi.

Le petit Kabenga ne pesait plus que 2,8 kg et sa vie était en danger. Tshinguta l’a amené à l’hôpital. « Aujourd’hui Kabenga va beaucoup mieux », me rassure l’infirmier pédiatre. « Le traitement avec le lait thérapeutique de l’UNICEF lui a fait du bien. En quelques jours il a repris plus de 400 grammes. Il va s’en sortir. »

Mais je sais que beaucoup d’autres enfants souffrant de malnutrition n’auront pas cette chance…

L’eau et la nutrition : deux priorités pour la santé des enfants au Kasaï

L’UNICEF est actif depuis des années dans la région du Grand Kasaï à partir de ses bureaux de Mbuyi Maji et de Kananga. Depuis l’émergence de la violence, nos équipes ont mis en place des programmes de réponse d’urgence dans différentes zones du Grand Kasaï. A Miabi, l’UNICEF collabore avec l’organisation locale Amis des Personnes en Détresse (APEDE) pour apporter l’eau potable dans les centres de santé et au sein des communautés et pour assurer une prise en charge des enfants souffrant de malnutrition.

Pour le Dr Joseph Kabongo, l’appui de l’UNICEF et ses partenaires est essentiel : « Nous sommes aujourd’hui en mesure de prendre en charge les enfants souffrant de malnutrition et, depuis que le partenaire de l’UNICEF apporte l’eau dans les centres de santé et les communautés, nous avons vu chuter le nombre de cas de diarrhées de presque 700 cas au mois de mars à un peu plus de 300 cas le mois dernier. »

Agir dans l’urgence

Face à l’impact de la violence sur la santé des enfants du Grand Kasaï, l’UNICEF a intensifié sa réponse humanitaire en appuyant la mise à niveau des centres de santé, en garantissant l’accès à l’eau et à l’assainissement, en fournissant des aliments thérapeutiques à des milliers d’enfants dans les centres nutritionnels et en formant des centaines de travailleurs communautaires afin qu’ils puissent dépister les enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère.

Le Dr Joseph Kabongo est confiant que la situation sanitaire des enfants de sa zone de santé pourrait s’améliorer « à condition que la violence ne resurgisse pas à nouveau dans la zone »

Plus d’informations sur la santé des enfants au Kasaï

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Yves Willemot

Yves Willemot est le chef de l’Équipe InfoCom de l’UNICEF RDC. Plus que tout, ce qui est important pour lui c'est d'être "tous ensemble pour les enfants".

Yves Willemot is Head of the UNICEF DRC InfoCom Team. More than anything, he believes that the most important is to "be together for the children".

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