Tirer les leçons de la lutte contre le sida pour combattre Ebola

Tirer les leçons de la lutte contre le sida pour combattre Ebola

« Pour gagner la bataille contre Ebola, il faut faire tomber la rumeur et le niveau de la peur, et faire connaitre les modes de contamination. A partir de ce moment, on pourra mieux communiquer sur comment se prémunir, comment se protéger de la maladie», a déclaré Michelle Barzach, Présidente d’UNICEF France. « Ainsi, on inverse complètement la réaction collective, pour l’assagir, et la rendre raisonnable ».

Mme Barzach s’est entretenue avec Po na bana à l’occasion de « l’Université des Droits de l’Enfant » organisée à Arcachon en France, pour marquer le 25ème anniversaire de la Convention des Droits de l’Enfants (CDE) et les 50 ans d’UNICEF France. Lors de cette rencontre qui a regroupé plus de 400 personnes, la réponse de l’UNICEF et de ses partenaires à la crise de l’Ebola en Afrique de l’ouest et en République Démocratique du Congo avait été présentée.

21décès Ebola en RDC au 17 octobre
A la date du 10 octobre 2014, l’épidémie d’Ebola a fait 4033 morts notamment en Guinée, en Sierra Leone et au Liberia, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). A la date du 17 octobre, 69 cas ont été enregistrés en RDC, dont 38 confirmés. Parmi les cas confirmés, 21 sont décédés et 17 guéris 17 sont guéris. Il y’a 217 cas contacts sont suivis à 100%.

Ne pas faire les mêmes erreurs avec Ebola qu’avec le sida

« On peut remarquer une sorte de similitude avec le VIH/Sida, compte tenu de l’évolution qu’on a connu avec Ebola, sans traitement efficace pour le moment“.

Il y a la peur, la discrimination, la rumeur, de même qu’une impression d’être noyé par le problème », a affirmé Michelle Barzach.

Mme Barzach qui était ministre française de la santé de 1986 à 1990, a évoquée plusieurs similitudes entre la survenue du VIH/Sida dans les années 80 et l’épidémie d’Ebola de 2014. «En 1987, je devais créer une première politique de lutte contre le sida car à l’époque il n’y avait que les tout premiers dépistages. On était confronté à une situation d’épidémie qui menaçait de se développer rapidement, alors qu’il n’y avait pas de possibilité de soigner les patients et de les mettre hors de danger. Au contraire, il y avait, comme avec Ebola, un risque de dissémination de la maladie », a-t-elle rappelé.

Selon Michelle Barzach, le climat général était exactement le même que celui d’Ebola aujourd’hui. « Une espèce de remontée de réminiscence forte des peurs très archaïques des grandes épidémies comme la peste, avec une discrimination des malades potentiels. Les patients étaient ostracisés ».

Ce manque de connaissance de la maladie avait donné naissance à des suspicions, libre cours à plusieurs rumeurs, mythes et idées fausses, avec un impact négatif sur le travail des soignants et sur la vie des patients“, a-t-elle expliqué.

L’uniforme de protection individuelle que porte les soignants pour ne pas contracter le virus Ebola rappelle la tenue des médecins aux toutes premières heures du sida. « Avec cette peur déraisonnable du sida, les médecins entraient dans les chambres d’hôpital avec exactement la même tenue que les soignants de l’Ebola aujourd’hui. Sur la porte des chambres, il y’avait l’écriteau ‘quarantaine’ et les soignants entraient dans la chambre en scaphandres».

Renforcer la communication sur les modes de transmission et de prévention

Il est impératif de renforcer la communication et faire connaitre aux populations comment le virus Ebola se transmet et comment s’en prévenir. Ceci peut se faire en tirant les leçons de la lutte contre le sida.

« Il faut faire encore plus vite et reprendre les exemples de communication déjà conçus que nous pouvons utiliser pour couper la tête à toute cette folie », a insisté Barzach.

Les communautés affectées doivent comprendre ce que c’est que cette maladie pour que la prise en charge des patients soit efficace.

Il est d’autant plus sensé de s’inspirer de la lutte contre le sida pour combattre l’Ebola que des recherches menées sur l’un ont conduit à la découverte de l’autre. « C’est à partir de travaux qui ont été menés sur  Ebola en 1983 que les chercheurs se sont heurtés à l’existence du sida », a-t-elle rappelé.

350 000prospectus distribués pour expliquer comment se protéger d'Ebola
En République Démocratique du Congo, l’UNICEF a déployé à Boende, Lokolia et Mbandaka des experts en communication et un anthropologue pour former les relais communautaires, les membres des confessions religieuses et la société civile afin de mieux informer les populations sur la maladie Ebola. Au moins 350 000 prospectus portant des messages clairs sur comment se protéger ont aussi été distribués, alors que l’information est constamment relayée sur une vingtaine de radios locales.

« Il faut donner tout de suite un coup de frein à cette folie collective qui se développe et qui devient un obstacle majeur à la prise en charge raisonnable d’une maladie qui est une maladie virale, l’aube d’une épidémie », a conclu Michelle Barzach.

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Photos : UNICEF RDC 2014 Ndiaga Seck

 

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Ndiaga Seck

Ndiaga Seck est le Spécialiste en Communication de l’UNICEF à l’Est de la RDC. Il a une spécialisation en Études Humaines et Sociales, en Éducation et en Journalisme. Pendant les huit dernières années, il a travaillé pour IRIN et OCHA en Afrique de l’Ouest, OCHA et UNICEF en RDC. Son credo : « Un monde digne des enfants est à portée de main. Saisissons-le ! »

Ndiaga Seck is a UNICEF Communications Specialist in Eastern DRC. He specializes in human and social studies, education and journalism. For the past eight years, he has worked with IRIN, OCHA, in West Africa. His leitmotiv: “A World fit for children is within reach. Let’s grab it!”

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