Les travaux ménagers : une corvée pour les jeunes filles de Goma

unicef-rdc-2011-asselin-fille-bidon-eau-rdcGoma, Nord Kivu – Très tôt ce matin du 11 octobre 2016, alors que je me rendais au travail, j’ai croisé Masika, une fille de 12 ans, toute triste, portant sur le dos une bassine remplie d’habits sales enveloppés dans un pagne, en direction du Lac Kivu, proche du lieu appelé communément Plage du peuple à Goma, chef-lieu de la province du Nord Kivu. Je n’ai pas pu lui parler. Je l’ai juste regardée, le cœur serré ; au même moment je voyais d’autres enfants de son âge partir pour l’école portant gaiement leurs sacs à dos d’écolier.

Des jeunes filles face à de lourdes responsabilités

« Depuis que je la connais, elle va toujours en retard  à l’école. Chaque matin, elle doit d’abord s’occuper des travaux de la maison : laver le linge sale et puiser de l’eau ; au retour de l’école, elle nettoie la maison et parfois prépare à manger pour ses petites frères et sœurs » témoigne Victoria, une dame qui habite le même quartier que Masika.

travaux ménagers à Goma

Dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) longtemps déchiré par des conflits armés, la vie de Masika ressemble étrangement à celle que vivent de nombreux autres enfants de son âge. Plusieurs parents, en effet, continuent d’accabler leurs enfants et particulièrement les filles, de travaux ménagers les empêchant ainsi de s’occuper convenablement de leurs tâches scolaires ou tout simplement de s’épanouir en tant qu’enfant.

Des croyances ancestrales contre les droits de l’enfant

Gerard, 50 ans et père de cinq enfants dont deux filles, que j’ai rencontré ce jour, estime que les travaux ménagers reviennent d’abord aux filles, les garçons ne pouvant les aider qu’en cas de besoin. « Un garçon ne doit pas faire la cuisine, ni laver la vaisselle ; ça n’existe pas dans notre tradition » a-t-il dit.

Cette idée n’est pas partagée par Nathalie*, 15 ans, bénéficiaire d’un programme d’assistance aux orphelins et personnes vivant avec le VIH/SIDA, mis en œuvre par l’ONG Heal Africa, en partenariat avec l’UNICEF. « Il n’y a pas de travaux réservés uniquement aux filles et ceux réservés aux garçons » a-t-elle martelé.  « Chez nous, filles et garçons travaillent tous ensemble car nous avons tous les mêmes droits et les mêmes devoirs. La fille a aussi sa place dans la famille et dans la société. Elle doit, au même titre que le garçon, avoir le temps de se reposer, de s’amuser et se s’occuper d’elle-même ».

« L’UNICEF continuera à promouvoir l’égalité de genre et poursuivra son engagement afin que chaque enfant ait droit à une éducation de qualité et des loisirs qui lui permettent un bon épanouissement » a déclaré, Thierry Dentice, chef de bureau de l’UNICEF pour la Zone Est RDC.

La joie de célébrer ensemble la journée de la fille

Dans le cadre de la célébration de la Journée internationale de la jeune fille, l’UNICEF et ses partenaires ont organisé le 11 octobre à Goma des activités ludiques et récréatives au Centre de transit et d’orientation (CTO) des enfants jadis associés aux groupes et forces armés de la RDC (EAFGA).  Réunissant les enfants des communautés environnantes,  les autres enfants vulnérables dont les EAFGA, les orphelins et enfants vivants avec le VIH/SIDA ainsi que les victimes de violences sexuelles et basées sur le genre, ces activités ont permis de valoriser les filles, créer un  espace d’échange et de dialogue entre les enfants et sensibiliser les parents sur l’égalité des droits entre filles et garçons.

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Au cours de cette journée, j’ai été frappée par la joie qui rayonnait sur les visages de tous ces enfants malgré leurs différences et leurs problèmes. Filles et garçons étaient tous heureux, jouant ensemble au Capo-foot, une sorte de football joué avec des mouvements et des gestes de la capoeira. D’autres se sont plutôt livrés à la « Nzango », un jeu réservé aux filles, mais qui a été pratiqué ce jour par des filles et garçons.

L’UNICEF et ses partenaires pour un meilleur avenir des filles et garçons

Au Nord Kivu, l’UNICEF travaille en collaboration avec les ONG locales comme Heal Africa, le Concert d’action pour jeunes et enfants défavorisés (CAJED) et le Programme d’appui à la lutte contre la misère (PAMI) pour la mise en œuvre des programmes d’encadrement des enfants vulnérables victimes des conflits armées, du VIH/SIDA et des violences sexuelles et basées sur le genre.

Plus d’informations :

Photo: UNICEF DRC 2016 Kayeye

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Cynthia Kanyere

Cynthia Kanyere est chargée de communication à l’UNICEF pour la Zone Est RDC. Sociologue de formation, elle travaille depuis 2005 dans domaine du journalisme et de la communication. Elle est fascinée par les enfants, quelle que soit leur classe sociale ou leur race. Son credo : « Agis pour chaque enfant de la même façon que tu agis pour ton propre enfant ».

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