Trésor, ancien enfant soldat : de l’arme au rabot

enfant soldat en RDCJEUNE REPORTER – A 12 ans, orphelin de père et de mère, Trésor a rejoint la FRPI (Force de Résistance Patriotique de l’Ituri), un groupe armé actif au Nord-Est de la RDC. Très triste, il me parle de ses souvenirs d’une vie en tant qu’enfant soldat et ce qu’il est devenu aujourd’hui. Histoire émouvante de Trésor, 17 ans aujourd’hui, qui ressemble à celle de centaines d’ex-enfants soldats.

L’espoir d’une vie meilleure

« J’avais perdu mes deux parents quand j’étais encore trop petit, j’ignore complètement la cause de leurs décès. Apres ma deuxième année primaire; mon oncle paternel – qui était devenu mon seul responsable – ne pouvait plus me prendre en charge faute de moyens suffisants pour m’inscrire en troisième année.

Dans l’espoir de trouver une nouvelle vie, mais aussi à cause de mon manque de maturité causé par l’influence des camarades, j’ai jugé bon de m’engager avec la FRPI qui me semblait  un excellent refuge.  A ma grande surprise, j’ai rencontré beaucoup d’enfants de mon âge. Filles et garçons. Tout semblait marcher au départ. »

Survivre : un combat de tous les jours

« Pour manger, nous devions chercher de la nourriture dans les champs des autochtones ou piller des biens dans des villages voisins. Bien que c’est un moyen de survivre, ça me faisait mal au cœur de nuire à mes propres frères et sœurs.

Dans l’armée de la FRPI, j’avais déjà un grade d’adjudant, puis lieutenant et au final capitaine. Mon secrétaire a étudié jusqu’à la quatrième année des humanités. C’est  grâce à lui que la rédaction de mes rapports pour ma hiérarchie était possible. »

Une vie marquée par la terreur

« En dépit de tout cela, je ne cessais de penser à ma vie et à mon avenir. Ici, il n’y a pas un avenir. Nous avions sans doute des armes, mais à mon humble avis, tout détenteur d’arme est en insécurité surtout pour un groupe rebelle. Nous vivions avec la terreur, en gardant en tête que la mort nous accompagne. J’avais peur. Même si j’avais l’idée de fuir, je ne pouvais pas au risque d’être tué par l’armée régulière ou par les miens, c’était terrifiant !

Un des pires souvenirs que je garde de l’armée est ma blessure à la cuisse droite lors d’un combat sanglant avec la FARDC (Force Armée de la République Démocratique du Congo). Heureusement, grâce aux soins, je peux encore me tenir sur mes deux pieds. Une autre fois, j’ai été sauvé de justesse lors d’une attaque par un hélicoptère. »

Un centre pour réapprendre à vivre

« En 2015, grâce aux négociations de l’UNICEF et la MONUSCO pour la libération des enfants associés dans le rang de la FRPI,  trois enfants blessés et moi-même avons été pris en charge par un centre de protection et de réinsertion. C’est au sein de l’AJEDEC, financé par l’UNICEF et la MONUSCO que j’ai commencé à croire à nouveau en une vie normale.

Je suis resté 6 mois dans ce centre où j’ai bénéficié d’une formation professionnelle en menuiserie afin de me permettre de me débrouiller dans ma nouvelle vie. »

Mon plus grand rêve

« Je suis menuisier actuellement grâce au centre de l’AJEDEC. J’espère un jour avoir mon propre atelier : c’est mon plus grand rêve. Aussi, j’ai l’ambition de former plusieurs autres enfants  qui désireux de menuisier.

UNICEF RDC 2017 Ramazani Menuisier Ituri-2

Mon passage dans ce centre, me donne l’espoir d’une vie meilleure. D’une arme, suis passé à un rabot. Je sais maintenant que l’enfant a sa place au sein de la communauté et non dans l’armée. Je n’ai pas eu la chance d’étudier mais je ferai tout mon possible pour faire scolariser mes enfants. Etre menuisier me permettra d’être un père responsable.

Tout ce que je souhaite c’est la libération de tous les enfants des rangs de la FRPI. Je trouve que suis tranquille maintenant avec mon rabot que je ne l’étais à l’époque avec une arme à l’époque. Je vis en toute quiétude. »

Les coulisses de la démobilisation et de la réinsertion de Trésor

L’Association des Jeunes pour le Développement Communautaire (AJEDEC) est une ASBL créée en 2002 avec pour objectif la participation de la jeunesse à la reconstruction nationale et au développement communautaire. AJEDEC encadre plusieurs jeunes anciennement associés à des groupes armés du Sud-Irumu avec l’appui de l’UNICEF et la MONUSCO.

En juillet 2016, en qualité du Coordonnateur des Enfants Reporters de l’Ituri, nous avons participé à une table ronde à Gety, dans le sud-Irumu. Durant ces échanges, les leaders communautaires, la FARDC, la Police et l’ANR ont proposé diverses pistes de solution pour lutter contre le recrutement d’enfants au sein de la FRPI.

Des activités de sensibilisation ont été menées par les structures de participation et de protection des enfants et différentes émissions et séances de plaidoyer auprès des autorités  visaient à séparer tous les enfants associés aux groupes armés. De janvier à décembre 2016, 257 enfants (160 garçons et 97 filles) ont été démobilisés de la FRPI selon Mme Francine Shindani, administratrice protection à UNICEF Bunia. On pense toujours que seuls les garçons peuvent être enrôlés mais on oublie que les jeunes filles sont également recrutées à des fins sexuelles.

UNICEF  a appuyé  AJEDEC dans le cadre du programme de démobilisation et de réinsertion des enfants dans la communauté. Aujourd’hui, ils apprennent différents métiers. Trésor, qui nous a partagé son histoire, est devenu menuisier ; d’autres apprennent la coupe et couture, la mécanique, etc.

Personnellement, je pense si la FRPI accepte la démobilisation et met fin aux atrocités perpétrées depuis des années, les violations graves des droits de l’Enfant en cas des conflit armé, en particulier le recrutement et l’utilisation des enfants dans les groupes et forces armés, appartiendra à l’histoire.

Sauvegardons la jeunesse actuelle, pour bâtir un futur meilleur pour tous!

Plus d’informations sur les enfants soldats en RDC

Photo: UNICEF RDC 2015 Ramazani

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