Un docteur lutte contre la crise nutritionnelle et sanitaire au Kasaï

REPORTAGE PHOTO-Depuis l’éruption de la violence au Grand Kasaï en juin 2016, des centaines de milliers de familles ont perdu leur maison et leur revenu. Une crise nutritionnelle et sanitaire menace les enfants, déjà vulnérables avant le début de la crise. Avec le soutien de l’UNICEF, Dr. Moïse se bat pour aider les enfants à survivre.

D’abord la violence, et maintenant la faim

 

En ce chaud début d’après-midi de mai à Tshiyama, un village situé à 30 km au nord-ouest de Mbuji-Mayi, une quinzaine de femmes de tous âges tenant leurs jeunes enfants se pressent à l’extérieur du centre de santé pour recevoir de la nourriture thérapeutique. Parmi elles, Hélène, 34 ans, est venue avec ses 2 enfants, Alain, son bébé de 14 mois à peine et Régine, 3 ans. Tous deux souffrent de malnutrition aigüe sévère.

Hélène vivait à Kangu, un village situé à 18km de Tshiyama, jusqu’à ce qu’elle doive le fuir au début de l’année.

« J’ai dû abandonner mes champs » dit-elle. « Je ne peux pas retourner vivre à Kangu car il n’y a plus rien à manger.»

Pour survivre, Hélène fait des allers-retours entre le centre de santé et le village. Une marche de 18km qui lui prend six heures, en pleine chaleur. Ainsi, Hélène gagne 500 francs congolais (0,35 dollars américains) par trajet.

« Depuis janvier, je nourris mes enfants exclusivement de manioc et de feuilles de patates douces ». Ses enfants sont dans un état critique, mais grâce à la nourriture thérapeutique offerte par l’UNICEF au centre de santé, leur pronostic est bon et ils devraient se rétablir rapidement.

Ntumba attend aussi la nourriture thérapeutique avec son fils Mwela, âgé de 3 ans.

« Mon mari travaillait à la mine mais à cause des attaques elle a fermé en décembre » explique-t-elle. « Depuis, il ne travaille plus et nous manquons d’argent pour nourrir nos enfants. Avant j’allais aux champs, mais désormais pour survivre je dois passer mes journée à chercher du bois mort et le vendre au marché. »

Ntumba gagne seulement 7 000 francs congolais (5 dollars américains) par semaine, alors qu’avant son mari gagnait plus de 20 000 francs congolais (14 dollars américains) par semaine.

Le nombre de cas de malnutrition enregistrés par le centre de santé a augmenté de 65% depuis le début des violences entre les milices et les forces de sécurité en octobre 2016.

Répondre à la crise nutritionnelle et sanitaire au Kasaï

« L’hôpital a été épargné, mais 8 de mes 15 centres de santé ont été pillés lors des affrontements », se plaint le docteur Moïse Kalondji, médecin chef de zone de la zone de santé de Kabea Kamwanya.

Alors que la crise, il constate, impuissant, une grande détérioration de la santé de la population. En réponse, l’UNICEF a mis en place un programme d’appui d’urgence à la zone de santé de Kabea Kamwanga dès janvier 2017.

« L’arrivée de l’UNICEF a permis de rassurer la population qui n’osait pas rentrer et restait cachée dans la brousse »,

explique le médecin après avoir distribué la nourriture thérapeutique aux mères et à leurs enfants à l’extérieur du centre de santé. « C’est important car la psychose était restée dans la tête des gens ».

Aujourd’hui, Dr. Moïse estime que 90 % de la population de la zone de santé est revenue.

« L’appui de l’UNICEF a permis d’aider tellement d’enfants » dit Dr. Moïse. « Nous avons pu vacciner les enfants contre la polio et la rougeole, dépister des enfants malnutris, former le personnel médical sur la prise en charge des enfants et des femmes enceintes, et réhabiliter les infrastructures. »

L’appui a aussi permis à la population d’avoir de nouveau accès aux soins. Les produits des récoltes ont été pillés et les champs brûlés, détériorant non seulement l’état nutritionnel de la population, mais la laissant sans revenus pour payer des soins médicaux.

Grâce à la gratuité des soins permis par l’UNICEF, le taux de fréquentation des hôpitaux et centres de santé de la zone de santé de Kabea Kamwanga est passé de 21 % à 65 %. En trois mois, la réponse d’urgence de l’UNICEF a permis plus de 20 000 consultations médicales, alors qu’avant la mise en place du programme, moins de 1 000 consultations médicales étaient effectuées chaque mois dans l’ensemble des hôpitaux et centres de santé de la zone. Cela a contribué à réduire la mortalité de la population de 53 % et celle des enfants de moins de 5 ans de 75 %, par rapport à octobre-décembre 2016.

En savoir plus sur la situation du Kasaï

Crise au Kasaï : comment l’UNICEF répond à l’urgence ?

Presque 400 000 enfants à risque de malnutrition sévère aiguë dans le Grand Kasaï suite à la violence – UNICEF

Crédits photo : UNICEF RDC 2017 Gwenn Dubourthoumieu

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Gwenn Dubourthoumieu

Gwenn Dubourthoumieu s’est intéressé à la photographie alors qu’il travaillait en Afrique pour des ONG humanitaires. Professionnel depuis avril 2010, son travail est régulièrement récompensé. Il travaille régulièrement pour UNICEF RDC en tant que consultant photographique.

Gwenn Dubourthoumieu became interested in photography while working in Africa for humanitarian NGOs. Professional since 2010, his work is regularly rewarded.  He's a photography consultant for UNICEF DRC.

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