Comment une jeune femme peut-elle porter un si lourd fardeau ?

Nelly, victime de la polio

« Je suis née valide mais j’ai arrêté de me tenir droit sur mes deux jambes à l’âge de 4 ans »

Village Kayombo, Province du Tanganyika, République Démocratique du Congo. Afin de soutenir la campagne de vaccination contre la poliomyélite lancée au mois d’avril, je me rends au village Kayombo, situé à 17 kilomètres au nord de la ville de Kalemie, qui est réputé comme étant le foyer de nombreuses résistances à la vaccination suite aux croyances populaires et traditionnelles.

En arrivant au village, j’aperçois une jeune femme d’une vingtaine d’années qui semblait être dans les rues de Kinshasa et non pas dans un petit village au cœur de la Province du Tanganyika. Assise à l’abri du soleil, cheveux parfaitement tressés, la jeune femmese maquillait devant un petit miroir. Intriguée, j’interroge quelques villageois qui m’apprennent rapidement que Nelly est la fille aînée du chef de village.

Accaparé par mes activités, j’en oublie la présence de Nelly qui m’avait tellement intriguée en arrivant au village. Ce n’est qu’en début d’après-midi, en voulant quitter le village, que je me suis rappelé de Nelly, cette jeune femmequi se maquillait devant son petit miroir. Elle nous criait « attendez, attendez ! » car elle voulait se joindre à nous pour aller à Kalemie afin d’y vendre ses produits vivriers.

C’est en voyant la Nelly s’approcher de la voiture que j’ai compris que derrière son grand sourire, ses yeux maquillés et ses vêtements à la mode se cachaient en fait une immense douleur : la jeune femmese déplaçait en se servant de ses bras pour avancer. Comment une jeune femme, qui a l’avenir devant elle, peut porter un si lourd fardeau ? Je profite du trajet entre le village et Kalemie pour interroger Nelly. « Je suis née valide mais j’ai arrêté de me tenir droit sur mes deux jambes à l’âge de 4 ans », me confie la jeune femme.

A l’époque, personne dans le village n’avait pensé à une éventuelle poliomyélite. « Mes parents ont attribué cette maladie à la sorcellerie », poursuit Nelly. Durant des mois, la petite fille de 4 ans a été emmenée chez tous les féticheurs et guérisseurs des alentours. « J’ai passé des journées entières avec le corps enterré jusqu’au ventre pour raffermir mes jambes », se rappelle Nelly. Mais aucun changement ne se faisait observer, à part les maigres possessions de la famille qui disparaissaient à vue d’œil. Tous les pseudo-soignants réclamaient des chèvres, des poules, des vêtements ou des ustensiles de cuisine pour soigner la petite fille.

Ce n’est qu’après d’innombrables échecs successifs que les parents de Nelly ont décidé d’emmener la petite fille au centre de santé. Les analyses de laboratoire ont rapidement révélé qu’il s’agissait de la poliomyélite, une maladie provoquant des paralysies irréversibles invalidantes.

Paralysée des membres inférieurs, Nelly est incapable de se tenir sur ses jambes, l’obligeant à se déplacer en rampant. « J’ai vécu ma situation avec beaucoup de peines, mais avec le temps j’ai compris qu’il fallait s’en accommoder », me confie-t-elle. Malgré son handicap, Nelly a monté un petit commerce pour gagner en autonomie. La jeune femme fait des navettes entre son village et Kalemie revendre des produits maraichers qu’elle achète auprès des cultivateurs locaux.

Devenue mère d’une fillette de deux ans, Nelly respecte à la lettre le calendrier vaccinal. « Je ne veux pas qu’elle devienne infirme comme moi », explique la maman. Elle encourage d’ailleurs toutes les mamans du village à faire vacciner leurs enfants.

Nelly respecte à la lettre le calendrier vaccinal pour sa fille âgée de 2 ans

Lors des récentes campagnes de vaccination contre la polio, Nelly et son père se sont fortement impliqués au sein de leur communauté pour suivre les enfants non vaccinés et s’assurer de leur récupération. « Ma fille est devenue infirme suite à mon ignorance », confie le père de Nelly, la voix pleine d’émotion. En tant que chef de village, il encourage les parents à faire vacciner leurs enfants afin de tenir la polio hors du village. « Je ne veux pas voir d’autres cas dans le village. Les agents de santé doivent vacciner nos enfants ! », explique-t-il, plus déterminé que jamais.

Le travail de l’UNICEF et de ses partenaires

Plus de 3 millions d’enfants ont été vaccinés lors de la récente campagne de vaccination dans les Provinces du Haut-Lomami, du Tanganyika, du Haut-Katanga et du Lualaba. Cependant, au sein de certaines populations, un nombre important d’enfants ne sont toujours pas protégés suite au refus qui persiste vis-à-vis de la vaccination. L’UNICEF appuie le Gouvernement pour sensibiliser les ménages réfractaires et mobilise des centaines de relais communautaires, aidants communautaires et mobilisateurs sociaux.

Plus d’informations sur la vaccination contre la polio en RDC:

Merci à la Fondation Bill & Melinda GatesUSAID et Rotary International pour leur appui à la vaccination des enfants en République Démocratique du Congo.

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Serge Wingi

Serge Wingi est Chargé de Communication et point focal Participation de l’Enfant à l’UNICEF RDC. Spécialisé en Sciences de la Communication et Marketing Social, sa ferme conviction est que les enfants peuvent changer le monde, si l’on investi en eux. Sa passion: participer activement à la mobilisation de la communauté et des décideurs pour un plus grand investissement au niveau de l’enfance. “Il n’y a pas de succès sans successeur”, dit-on.

Serge Wingi is communications officer and focal point for Child Participation within UNICEF in the DRC. A specialist in Communication Sciences and social marketing, Serge firmly believes that children can change the world, if only we invest in them. His passion is to actively participate in mobilising the community and policymakers to invest more in children. It is said: ‘There is no success without a successor.’

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