Face aux violences sexuelles en Ituri, une réponse holistique

Dr Claudine du centre Karibuni wa Mama

Dr Claudine du centre Karibuni wa Mama (UNICEF RDC 2016 Mounet)

PROTECTION – Dr Claudine et ses collègues du centre Karibuni wa Mama illustrent le dévouement exemplaire des personnes qui assistent les victimes de violences sexuelles dans la province de l’Ituri.

De la guerre à la paix, les violences sexuelles en Ituri persistent

Depuis les années 2000, l’Ituri, province du Nord-Est de la RD Congo, a connu plusieurs épisodes de violences, de graves violations des droits humains et de ceux de l’Enfant. A cela s’ajoute le taux élevé de violences sexuelles et basées sur le genre. Même si actuellement la ville de Bunia est en paix, les violences sexuelles persistent en ville comme en périphérie.

C’est ainsi que la majorité des cas reçus au centre médical Karibuni wa Mama de Bunia – partenaire de l’UNICEF spécialisé dans la prise en charge des violences sexuelles et basées sur le genre – proviennent de la ville et des zones hors conflit. « Nos statistiques montrent qu’il n’y a pas d’accalmie. De janvier à septembre, nous avons eu en moyennes 40 survivants de violences sexuelles par mois » m’explique le Dr. Claudine Muviri.

Face aux violences sexuelles, une réponse holistique

Dr Claudine est médecin traitant au centre médical Karibuni wa Mama de Bunia géré par l’ONG SOFEPADI. En Ituri, SOFEPADI reste la seule structure qui donne une réponse holistique aux survivants de violences sexuelles, à qui elle apporte une réponse médicale, un appui psychosocial, une assistance juridique et la réinsertion socio-économique.

Avec le nouveau projet financé par l’UNICEF, la réponse médicale faite au centre  de Bunia, s’étend dans d’autres territoires: Mambasa, Aru, Komanda et Irumu. Des Kits de prophylaxie post-exposition au VIH/SIDA (kits PEP) sont donnés aux survivants, qui bénéficient aussi d’une prise en charges pour les autres infections sexuellement transmissible, de planning familial et de dépistage volontaire du VIH est organisé (DVV).

« Intégrer ces différentes activités et ouvrir le centre à la communauté nous permet aussi de ne pas stigmatiser les survivants de violences sexuelles, qui ont une confidentialité totale même dans le centre » précise Dr Claudine.

Appui psychologique, juridique et réinsertion

L’assistance psychosociale donne une  thérapie  au travers les écoutes des victimes, les entretiens et les visites à domiciles. Dr Claudine nous présente Adèle Tiniya, psychologue du centre médical responsable du volet psychosocial d’assistance aux victimes des violences sexuelles, qui témoigne: « En travaillant dans le centre, j’ai compris la lourdeur du mot viol quand nous accompagnons les survivants. Les voir recouvrer leur vie normale, c’est ce qui nous donne la force d’aider les personnes qui sont dans le même cas ».

La jeune psychologue accompagne aussi les victimes les plus vulnérables à travers un programme de réinsertion scolaire, d’apprentissage professionnel, et d’appui à la création d’activités génératrices de revenus.

Maître Joséphine Valy au centre Karibuni wa Mama (UNICEF RDC 2016 Mounet)

Le volet juridique du centre assiste les survivants devant les cours et tribunaux lorsqu’ils sont d’accord. Dans ce cas le centre paye une caution et se constitue en partie civile. Me Joséphine VALY est l’avocate du centre.

« Des audiences foraines sont organisées pour les bourreaux détenus à la prison centrale. Lors de la dernière audience foraine en mars 2016, sur 15 dossiers suivis, nous avons obtenu 11 condamnations de bourreaux par le juge » explique-t-elle.

Faire connaitre la réponse aux violences sexuelles en Ituri

Dernier volet du programme que nous présente Dr Claudine, les émissions de radio et les séances de sensibilisation sont organisées d’une façon pérenne à Bunia et dans les autres communautés de la province, pour les informer sur les différents aspects des activités du centre.

En qualité  d’animatrice Dorcas Adyr témoigne: « Après notre retour des séances de sensibilisation, un bon nombre de personnes vient au bureau pour recevoir les conseils, notamment pour le planning familial. Généralement après la sensibilisation sur les violences sexuelles, nous enregistrons beaucoup de cas au centre pour la prise en charge ».

La prise en charge, et après?

Dr Claudine est responsable du volet médical pour assister les survivants de violences sexuelles, elle raconte: « La première rencontre avec la victime nous marque plus, elle peut venir au centre les larmes aux yeux et avoir du mal à parler. Mais au fur et à mesure que nous l’accompagnons elle finit par changer d’humeur, elle devient ouverte et rentre dans son état normal, et à ce stade elle peut vous raconter son histoire. Ça nous donne du courage. »

Marie victime de violences sexuelles en Ituri

Marie*, 14 ans, victime de violences sexuelles en Ituri  (UNICEF RDC 2016 Mounet

Marie*, 14 ans, vient de reprendre le chemin de l’école grâce à l’appui scolaire du projet. Encore fragile, elle témoigne « Je suis heureuse de retourner à l’école depuis la rentrée scolaire. Je veux étudier pour devenir vétérinaire, pour être en contact avec les animaux et jouer avec eux ».

Plus d’informations à propos des violences sexuelles en RDC

Justice pour enfant

Pour faire respecter les droits des enfants, un appui est apporté au système de justice sur l’ensemble du territoire de la RDC. L’UNICEF soutient tous les enfants en contact avec la justice (auteurs présumés, victimes et témoins, enfants concernés par une affaire civile etc.) par une assistance légale et la prise en charge par un système de justice spécialisé pour les enfants incluant les tribunaux pour enfants, les unités de protection de la police, les comités de médiation et les familles d’accueil transitoires. En cinq ans, la RDC a augmenté son accès à la justice grâce à la mise en place de 11 nouveau tribunaux pour enfants (18 au total en 2017) et 21 comités de médiation.

 

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Didier Madjagi

Didier Madjagi, est Assistant en Planification, Monitoring et Evaluation et point focal Communication pour le bureau provincial de l’UNICEF à Bunia. Didier travaille dans le secteur humanitaire depuis 2005 dans l’Est de la RDC. Depuis ses études, Didier se passionne pour la participation des communautés dans les activités de développement, retenant les célèbres paroles de Gandhi: « tout ce que vous faites avec quelqu’un pour lui sans lui est contre lui ».

Didier Madjagi is Assistant for Planning, Monitoring and Evaluating and focal point for Communication for UNICEF’s provincial office in Bunia. Didier has been working in the humanitarian sector since 2005 in the east of the DRC. Since his studies, Didier has been passionate about community involvement in development activities, remembering one of Gandhi’s famous quotes: "all that you do for me, but without me, is against me".

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