Je suis Jemima Kasongo, 20 ans, U-Reporter à Lubumbashi, en République démocratique du Congo, ce texte a été initialement publié en anglais sur le site de la GSMA, en amont du Mobile World Congress organisé du 2 au 5 mars 2026 à Barcelone.
Aujourd’hui, mon identité ne se limite plus à qui je suis hors ligne. Elle existe aussi en ligne, dans chaque mot que je publie, chaque image que je partage et chaque interaction à laquelle je participe.
La sécurité en ligne est pour moi un bouclier essentiel, car elle protège mon identité numérique, qui est le prolongement de mon image, de ma voix et de ma dignité. Lorsqu’elle est compromise, ce ne sont pas seulement des données qui sont exposées, mais des vies et des avenirs qui sont mis en danger.
Nous devrions pouvoir utiliser Internet en toute confiance, sans craindre le harcèlement ou l’exploitation. Il s’agit de protéger nos informations personnelles, de fixer des limites et de se sentir libre d’apprendre, de partager et de s’exprimer.
Mon engagement en faveur de la sécurité en ligne est né de mon vécu, à la fois personnel et dans mon travail avec les jeunes. J’ai été confrontée à différentes formes de violence en ligne, notamment les discours de haine, le harcèlement, la diffusion de fausses informations, le piratage et les arnaques.
Ces expériences créent un sentiment constant de peur : la peur de représailles, de jugements ou de réactions hostiles, simplement pour exister ou s’exprimer en ligne. En tant que jeune fille de la République démocratique du Congo (RDC), je fais attention à mon usage d’Internet et je milite pour une utilisation responsable du numérique, en encourageant les jeunes à adopter des comportements sûrs et respectueux. Je lutte aussi contre la désinformation en aidant à identifier les fausses nouvelles et en promouvant l’esprit critique en ligne.
En RDC, l’accès à l’éducation numérique et à une protection adéquate reste limité, en raison d’infrastructures souvent insuffisantes et d’une situation sécuritaire instable dans certaines régions. La connectivité Internet est parfois difficile et coûteuse, ce qui limite notre accès à des ressources fiables et à des outils de protection.
Pour beaucoup d’entre nous, en particulier les filles, l’utilisation d’Internet se fait sans accompagnement suffisant, dans un contexte où les mécanismes de signalement, de soutien et de protection sont faibles. Nous faisons souvent face au harcèlement, à des messages non désirés et à d’autres risques en ligne qui peuvent affecter notre confiance et limiter notre participation. Il est essentiel de créer des espaces numériques où nous nous sentons écoutés, soutenus et renforcés.
C’est ce désir de transformer une expérience personnelle en action collective qui m’a conduite à rejoindre U-Report, la communauté de l’UNICEF pour les jeunes, par les jeunes. Grâce à U-Report, j’ai trouvé un espace non seulement pour faire entendre ma voix, mais aussi pour amplifier celles des jeunes de ma communauté. U-Report m’a montré que la sécurité en ligne ne peut être renforcée sans écouter directement les enfants et les jeunes qui naviguent chaque jour dans le monde numérique.
J’ai récemment eu l’opportunité de contribuer à la conception du sondage mondial Life Online, développé par U-Report en collaboration avec la GSMA. L’UNICEF a lancé ce sondage afin de mieux comprendre ce que les enfants et les jeunes vivent en ligne.
Le sondage explore leurs perceptions des plateformes et applications qu’ils utilisent, la manière dont ces espaces numériques influencent leurs émotions et leur bien-être, y compris le rôle croissant de l’intelligence artificielle, ainsi que les moyens de rendre les expériences en ligne plus sûres et plus positives.
En RDC, U-Report déploie activement ce sondage, offrant aux enfants et aux jeunes l’occasion de partager leurs expériences et leurs attentes. Ces informations sont essentielles pour éclairer les politiques publiques, orienter les acteurs du secteur mobile et technologique et concevoir des solutions adaptées aux réalités locales. Le sondage porte un message fort : les enfants et les jeunes doivent être des partenaires essentiels dans la construction d’environnements numériques plus sûrs.
Parallèlement, je suis engagée au sein des Veilleurs du Web, une initiative menée par des jeunes qui promeut un usage responsable et positif d’Internet. Depuis 2021, plus de 700 jeunes ont été formés dans 17 provinces de la RDC, générant plus de 300 000 actions numériques pour lutter contre la désinformation et la violence en ligne.
Cet effort collectif montre que lorsque les jeunes disposent des compétences et du soutien adéquats, ils peuvent devenir de puissants acteurs de prévention et de changement.
Ma participation au Mobile World Congress 2026 s’inscrit dans une vision claire : faire de la sécurité en ligne des enfants et des jeunes une priorité concrète et mesurable. Je souhaite contribuer à un dialogue renforcé entre les jeunes, les opérateurs mobiles, les décideurs politiques et les partenaires technologiques, et promouvoir des solutions inclusives et responsables qui reflètent la diversité des réalités locales.
Je suis convaincue qu’un Internet plus sûr ne peut être construit que si l’innovation technologique progresse de pair avec une responsabilité collective. Le Mobile World Congress représente une opportunité stratégique pour transformer la voix des enfants et des jeunes en actions concrètes et durables.
