Je m’appelle Ketsia*, j’ai 11 ans, je suis élève à l’école primaire Mampuka. Ma maman est maraîchère et mon papa sort tout le matin et revient tard dans la nuit. Je suis l’aînée de ma famille et je porte tout le poids de mes frères et sœurs.
Avant d’aller à l’école, je dois faire le ménage et la vaisselle. Et à mon retour au lieu de faire mes devoirs comme mes frères, moi je cuisine pour ma famille. Sinon on me bat. Oui. Vous avez bien lu. On me bat. Je suis une enfant battue. Vous vous demandez si quelqu’un me soutient ? La réponse, c’est non.
« Tu es l’aînée de la famille. Tu dois veiller sur tes frères et prendre soin d’eux, sinon tu sais comment ton papa agit », voilà ce que ma mère me dit les rares fois où je veux juste être enfant. Ça n’arrive pas souvent. Elle me la répète aussi quand je demande de renvoyer une tâche à plus tard, le temps de faire un devoir ou de revoir mes notes. C’est presque devenu un hymne à la maison tellement on me le répète. Je ne compte plus le nombre de mauvaises notes que j’ai à cause de cette phrase. Parceque j’ai peur. J’ai très peur. Je crois que personne n’aime la douleur. Et ça ne fait pas plaisir d’être battue. Donc je délaisse mes études à chaque fois pour faire plaisir à mes parents.
Je suis la fille aînée mais j’envie mes frères
À seulement 11 ans, je rêve d’une vie meilleure que celle que j’ai. D’un papa aimable, qui peut faire autre chose que me frapper, d’une maman et des frères qui m’aident avec le ménage. Mais on a pas toujours ce qu’on veut dans la vie.
Certains enfants étudient studieusement pour éviter d’être puni par leurs parents, moi non. J’ai presque les larmes aux yeux quand je vois mes amis stresser pour leurs notes à cause des réactions de leurs parents, qui leur parlent juste. Ça me rend tellement triste. Je ne sais pas si je pourrais penser comme ça un jour. Je crois même que c’est un rêve que je ne pourrais jamais réaliser. Moi, je m’inquiète pour le ménage, je m’inquiète pour les autres…pour ma famille.
Et papa n’hésite pas à me le rappeler quand je l’oublie. Il ne se prive pas de lever la main sur moi quand je ne remplis pas mes tâches ménagères. Je dois m’occuper de mes frères. Oui, mais alors qui s’occupe de moi? Silence ? D’accord. C’est noté alors. Mais ça me fend le cœur.
Parfois, je regrette d’être né la première. Je pense que si on m’avait dit que c’était autant de poids, je n’aurais jamais accepté. Je ne serais peut-être même jamais venu au monde. J’avoue que j’envie mes petits frères. Ils ont la belle vie. Ils peuvent aller à l’école, manger sans faire la vaisselle, mettre du désordre sans ranger, revoir tranquillement leurs leçons et ne sont presque jamais puni. Du moins pas pour les mêmes raisons que moi. Tout ça ? Parcequ’ils ont quelqu’un qui doit porter leur poids. Et avec le temps, il ce poids est devenu très lourd pour moi. Je me cache souvent pour pleurer quand je n’en peux plus.
On n’est jamais vraiment seul
En fait, si je raconte une histoire aussi triste et personnelle, c’est parceque je pense qu’on n’est jamais vraiment seul. Je pense qu’on est jamais le seul à rencontrer une difficulté, qu’on est jamais le seul à avoir un problème et qu’il y a toujours quelqu’un qui est passé par le chemin qu’on emprunte. Donc j’écris pour que les personnes dans la même situation que moi sachent qu’elles ne sont pas seules. Qu’elles peuvent parler, s’exprimer, se confier ou raconter. Pour leur bien. Ce n’est pas facile, mais certains poids sont trop lourds à porter seul. Et parfois parler nous donne l’impression qu’on va mieux.
Je ne sais pas si je peux parler de droits de l’enfant à mes propres parents mais je sais que je ne souhaite cette situation à personne. Et je prie que ça s’arrête.
Encadreuse : Monica Bayena
Pona Bana, qui signifie « pour les enfants » en lingala, est le blog des jeunes en République Démocratique du Congo. Lieu d’échange et d’information, Pona Bana est également un instrument pour encourager la participation des enfants.
