Charles, 17 ans, habite la commune de Makala. Je vais appeler ce garçon Charles pour réserver son identité. C’est un jeune athlète passionné de lutte et il est grand.
Un soir, après l’entraînement, il rentre seul à la maison. Charles sait qu’il peut se défendre. Ce soir-là, rien ne se passe pas comme prévu. Je m’appelle Ines Kikalulu. J’ai 16 ans et je suis enfant reporter de Kinshasa.
Il faut sauver sa vie
Le samedi 19 juillet, Charles a failli mourir après un soir d’entraînement. Lorsqu’il rentre à la maison, le sportif discute avec ses amis. Il est 16 h passé et Charles décide de rentrer seul. Son quartier est loin de son lieu d’entraînement.
C’est la phrase qui résonne dans la tête de Charles lorsqu’il frôle la mort le samedi 19 juillet, après un entraînement pas loin de son quartier.
Après son entraînement de lutte, Charles parle avec ses amis. Il est déjà 16 heures lorsqu’il décide de rentrer à la maison. Il dit au revoir à ses amis. Sur la route, il voit un jeune homme courir dans sa direction et le dépasser. Il ne comprend pas tout de suite ce qui se passe. Le garçon a l’air de courir seul. Charles le regarde partir en essayant de comprendre ce qui lui arrive. Des voix le ramènent à la réalité. Il se retourne juste à temps pour tomber nez à nez avec un jeune délinquant communément appelé « kuluna ». Il n’est pas seul. Ils viennent en groupe.
Le temps que Charles comprenne ce qui se passe, les Kulunas sont déjà autour de lui et le menacent. Ils l’accusent d’avoir aidé leur victime à s’enfuir. Charles comprend après pourquoi le garçon l’a dépassé en courant. Il n’en revient pas, mais tente de s’expliquer. Les voix montent. Les Kuluna ne veulent rien savoir. Charles garde son calme. Il faut éviter de les énerver davantage. Alors, le jeune sportif explique qu’il ne connaît pas le garçon dont ils parlent. Les Kuluna le menacent. L’un des délinquants le frappe au cou avec la machette. Charles est blessé. Le sang coule. Il panique. Il veut trouver comment sauver sa vie. La phrase résonne encore dans sa tête. Il réfléchit vite. Dans l’agitation qui se crée, Charles peut s’enfuir. Il court de toutes ses forces. Dans sa tête, une seule phrase revient : « Il faut sauver ta vie ». Après quelques pas, il se met en sécurité. Heureusement, des passants interviennent pour l’aider. Ils le conduisent à l’hôpital. Sans cela, mon ami serait sûrement mort aujourd’hui.
Et si j’étais mort ?
« Et si j’étais mort ? ». C’est la première phrase que mon ami dit lorsqu’il me raconte son histoire. Pour la première fois depuis que je le connais, il pense sérieusement à la mort. En fait, d’une certaine manière, il n’est pas passé loin de là. Heureusement, il a pu s’échapper. Avant, il pensait que les histoires des Kuluna étaient loin de lui et qu’elles ne pouvaient pas l’atteindre. Aujourd’hui, il se rend compte que la situation est plus grave que ce qu’il pensait. Il comprend mieux. Et il plaide pour que les enfants soient en sécurité dans les rues de Kinshasa. Même lui le sportif n’a pas pu faire face aux Kulunas. « Je ne sais pas comment faire. Mais il faut prendre des mesures pour protéger les enfants contre les agressions. Même s’il faut envoyer des gens en prison ou dans des centres de rééducation », explique Charles.
Je le comprends. Il a frôlé la mort à cause des jeunes délinquants.
Je pense même qu’il faut penser à mieux encadrer les jeunes pour éviter qu’ils ne tombent dans la délinquance.
Encadreuse : Abigael Mwabe
Inès Kikalulu, 16 ans, est Enfant Reporter formée par l’UNICEF à Kinshasa. Depuis sa formation, elle écrit sur le blog pour raconter son quotidien, partager ses ambitions et faire changer les choses dans sa communauté.
