Je m’appelle David Amini et j’ai 14 ans. Enfant reporter et j’ai été président du comité des enfants dans le camp de déplacés de Bulengo, dans la province du Nord-Kivu. Je dis que j’étais parce que cela appartient maintenant au passé et le camp des déplacés de Bulengo a été détruit. En fait, ma famille et moi sommes venus de Kitchanga.
Plusieurs familles ont quitté le camp depuis le 28 janvier 2025 à cause de la situation sécuritaire. Il y a celles qui ont tenté de retourner dans leurs villages malgré les risques pour leurs vies. D’autres comme la mienne sommes parties à Goma. En fait, on ne sait même pas où on va ? Qui nous attend et qui va nous accueillir. Mais il fallait partir d’abord.
Des enfants perturbés
On nous a donné un délai de trois jours pour quitter le camp, soit du 29 au 31 janvier 2025. On avait le choix de retourner dans nos villages que nous avons fuis à cause de l’insécurité. J’étais bouleversé. Je devais quitter l’école et ma famille n’avait pas d’argent pour payer le transport jusqu’à notre village de Kitchanga.
J’ai vu mes camarades pleurer et des familles en détresse. J’étais impuissant et j’ai vu des parents dépassés par la situation.
À Goma, plusieurs familles se sont réfugiées dans les églises, les écoles, ou dans des familles d’accueil. D’autres vivent dans la rue. Du coup, il y en a qui mendient pour survivre et qui ne savent pas où dormir. Leurs enfants ne peuvent plus aller à l’école. Pourtant, les articles 26 et 27 de la Convention relative aux droits de l’enfant sont clairs. Ils stipulent que chaque enfant a droit à un niveau de vie suffisant pour se développer. Je crois qu’il faut soutenir les parents qui ne savent pas subvenir aux besoins de leurs enfants pour leur garantir leur droit à l’éducation.
Ce qui m’a encore plus marqué, c’est que nous avions prévu de mener un plaidoyer sur la protection de l’environnement. C’était un jour avant le début des affrontements à Goma. Quand les affrontements ont commencé sur le site, personne ne pouvait sortir. Les balles tiraient de partout. On ne pouvait pas prendre le risque de mener ce plaidoyer dans ces conditions. On pensait aussi former d’autres comités d’enfants une fois que les enfants, membres du comité, allaient rentrer dans leurs villages.
Après avoir quitté le camp, je suis allé vivre chez mon oncle. Mais je n’ai pas pu rester longtemps loin de mes parents. Au bout de deux semaines, je suis parti chez mon père. Il est séparé de ma mère. Sur le site des déplacés de Bulengo, je vivais avec ma mère.
Je suis rentré à l’école
Après avoir vécu cette situation, je vous partage mon expérience. Elle est traumatisante. En fait, je suis resté, environ, un mois à la maison sans étudier. Grâce à mon engagement comme enfant reporter et président du comité des enfants, des personnes de bonne volonté m’ont rencontré et ont payé ma scolarité pour finir cette année.
Aujourd’hui, j’étudie comme d’autres enfants. Je n’ai plus à m’inquiéter des frais scolaires. Mais tous les enfants de mon comité dans le camp n’ont pas eu la même chance. Je suis triste pour eux.
Dans ma nouvelle école, je continue de sensibiliser sur les droits de l’enfant et la protection de l’environnement. J’ai même commencé à initier mon amie Précieuse à l’écriture d’articles sur les droits de l’enfant. J’espère que la paix va revenir et que les enfants ne seront pas obligés de subir de tels traumatismes.
Âgés de 9 à 18 ans, les Enfants Reporters sont des filles et des garçons de toutes les origines sociales qui œuvrant pour la protection, l’éducation, la santé et la participation des enfants en RDC. Initiés à la Convention internationale relative aux droits de l’enfant et aux techniques journalistiques de base, les Enfants Reporters prennent conscience de leurs droits et font entendre leurs voix par le biais des différents supports de communication.
