« Le courant est rétabli ». C’est le message que je reçois souvent lorsque je demande à quelqu’un si je peux passer repasser mes uniformes. Dans d’autres quartiers, il me semble que le courant est assez stable. Quand il n’y en a pas, on est sûr qu’il sera rétabli. Certains vont jusqu’à jurer sur la stabilité du courant de chez eux. Je ne connaîtrai jamais ce sentiment chez nous. C’est une autre affaire en réalité.
Je m’appelle Joyce Mpolo et je suis enfant reporter de Kinshasa. J’habite l’avenue Manzengele, dans la commune de Ngaba. Sur mon avenue, l’électricité est un luxe. On se bat chaque jour pour l’avoir. Même là, le combat est perdu d’avance.
Lorsqu’il n’y a pas de courant, il faut en acheter. Comment ? On achète un groupe électrogène ou en des panneaux solaires.
En fait, depuis plusieurs mois, on n’a pas d’électricité. Alors, je ne me rappelle même pas la dernière fois qu’on a vu une ampoule allumée sur mon avenue. Du coup, c’est le berceau de l’insécurité. Des kulunas, des gangs de jeunes se sentent à l’aise et opèrent dans l’obscurité.
Dès qu’il est 19h, il ne faut pas circuler sur mon avenue. Il fait tellement noir que les délinquants n’ont même pas besoin de se cacher pour ne pas être vu par les passants. Ils en profitent pour les agresser et voler leurs affaires.
Ce ne sont pas les câbles qui manquent
Lorsqu’on marche sur mon avenue, la première chose qu’on voit, ce sont les câbles électriques qui traînent au sol. Ces câbles électriques sont soutenus par des poteaux. D’autres sont installés le long de l’avenue. Pourtant, ils n’alimentent rien. Comme si ce n’était que de la décoration.
Ce qu’il y a de plus embêtant dans cette situation, c’est que le manque d’électricité a une incidence sur ma scolarité. De fois, après avoir fait la lessive, on se rend compte que les uniformes sont tellement essorés qu’on ne peut pas les mettre sans les repasser. On est obligé de chercher une maison où repasser. Cela a un coût. Du coup, on n’aime pas entendre parler de la Snel sur mon avenue. On trouve que la société nationale d’électricité est irresponsable.
Il faut que ça change
Je ne sais pas si l’accès à l’électricité est un droit. Mais, vivre dans un environnement sain et qui permet à un enfant de s’épanouir est un droit.
Si cela est un droit, ce qu’il y a des gens qui ont le devoir de nous donner les moyens de jouir de nos droits. En racontant le problème du manque d’électricité sur mon avenue, j’espère juste que la Snel prendra conscience de la difficulté que nous traversons. Un jour, je l’espère, ils verront notre situation et vont entendre mon cri de cœur et celui d’autres enfants pour nous donner du courant, régulièrement.
Avoir du courant n’est pas un luxe.
Encadreur : Choisie Nseka.
Joyce, 16 ans, est Enfant Reporter de Kinshasa. Elle utilise son histoire personnelle pour faire changer les choses au sein de sa communauté.
