Je m’appelle Daniella Metila, je suis enfant reporter de la ville-province de Kinshasa. J’ai 17 ans.
Une première immersion pour découvrir les Nations Unies
J’ai entendu parler de l’Organisation des Nations Unies, mais je n’avais jamais vraiment eu l’occasion d’en savoir plus. Sur la page Facebook UNICEF RDC, j’ai vu qu’une enfant reporter y avait fait immersion et j’ai trouvé ça intéressant de connaître le mandat des Nations Unies.
Le vendredi 21 novembre 2025, j’ai été invité à prendre part à une rencontre ONU Femme RDC et les jeunes pour promouvoir « la masculinité positive ». Cette rencontre avait pour objectif d’encourager les hommes et les garçons à rejeter la violence et d’adopter au contraire des comportements fondés sur le respect, l’empathie et le partage des responsabilités afin de bâtir une société où chacun, quel que soit son genre, peut vivre librement, dignement et en toute sécurité.
Des recommandations des jeunes pour améliorer la situation
Pendant cette rencontre, nous avons eu l’opportunité de rencontrer le directeur régional de l’ONU Femmes pour les pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre et d’échanger avec lui.
Les échanges ont commencé par un petit exercice : on nous avait demandé d’écrire une recommandation que nous aimerions que l’ONU Femmes mette en place pour les enfants et les jeunes. C’était l’occasion d’évoquer des faits marquants, notamment celui que j’ai partagé avec mon amie Denise.
Le harcèlement des filles sur les motos à Kinshasa
En fait, Denise et moi avions échangé, quelques semaines plus tôt, sur le harcèlement des filles sur la moto. A Kinshasa, actuellement dans presque toutes les grandes villes de la RDC, la moto est devenue le moyen de transport le plus utilisé pour contourner les embouteillages. Malheureusement, d’après des témoignages, les jeunes filles sont victimes d’attouchement sur la moto par des hommes pervers. Monter sur une moto avec un homme devient dangereux pour les jeunes filles, car certains en profitent pour avoir des gestes déplacés, allant jusqu’à éjaculer sur les vêtements de certaines jeunes filles. Ce plaidoyer me tient particulièrement à cœur, car depuis que ce sujet circule sur les réseaux, aucune mesure concrète n’a été prise et rien n’a vraiment changé. J’ai donc emmené ce sujet sur la table avec l’espoir de trouver une solution pour mettre fin au harcèlement des jeunes filles sur la moto à Kinshasa.
D’autres préoccupations exprimées par les jeunes
A part moi, d’autres jeunes ont également évoqué leurs préoccupations. Un jeune a évoqué le manque de liberté d’opinion. Il estime que certains adultes ne laissent pas suffisamment la place aux jeunes de pouvoir émettre leurs avis sur les sujets qui les concernent. Les jeunes ont parfois des idées innovantes pour leur épanouissement. Il faut que les adultes leurs donnent l’opportunité d’exprimer leurs idées.
Les conseils du directeur régional
Après cette étape, nous avons eu un moment de conseils et d’orientation avec le directeur régional qui nous a parlé à cœur ouvert en nous conseillant comme ceci : « On gagne beaucoup à apprendre des gens qui ne sont pas comme nous ». Cette phrase nous invite à réfléchir sur la tolérance, et à l’acceptation de la différence de chacun car on a souvent tendance à rester borné sur nos connaissances. Mais quand on décide de s’ouvrir aux autres, on évolue et on découvre des perspectives beaucoup plus intéressantes. Cela peut même nous amener à changer notre vision des choses.
L’importance de la solidarité féminine
Ensuite, il nous a parlé de la solidarité féminine, qui aujourd’hui est presque inexistante. Pourquoi ? Parce qu’au lieu de chercher à aider sa sœur, certaines on la jalouse quand elle évolue, et parfois, on cherche même à freiner son évolution. Ça ne sert à rien de parler de la masculinité positive aussi longtemps qu’il n’y a pas de solidarité entre filles.
Se protéger et agir contre le harcèlement
Quant à ma préoccupation sur le harcèlement des filles sur la moto à Kinshasa, le directeur régional a insisté sur le fait que si nous voulons être protégées, nous devons d’abord apprendre à nous protéger nous-mêmes. Nous devons faire attention à notre manière de nous habiller. Un habillement indécent nous expose au risque d’être harcelé. Ses mots m’ont tellement fait réfléchir que j’ai fait un tri dans ma garde-robe. Désormais je veille sur mon habillement et je conseille aussi aux jeunes filles de mon entourage de faire autant.
Par ailleurs, il a invité les hommes à accompagner les femmes dans cette lutte.
Une expérience enrichissante pour les jeunes
Ce fut un beau moment d’échange entre jeunes, de recommandations, de conseils et surtout, un moment où nous avons senti que nos idées avaient leur place, et que nous sommes légitimes de revendiquer nos droits
