Elengesa, 6h30. Kinshasa. Aucun véhicule ne bouge sur cette avenue. Je commence à stresser parce que je ne veux pas arriver en retard à mon stage. C’est ma première semaine de stage. J’ai peur d’arriver en retard à mon stage. Je suis pourtant sortie de la maison à temps. Un motard se dispute avec un chauffeur de taxi qui lui barre la route depuis un moment. Les véhicules sont à l’arrêt. Je me sens prise au piège. C’est un cauchemar.

Je m’appelle Choisie Nseka, je suis jeune encadreuse des enfants reporters. J’habite la commune de Ngaba. Depuis quelques jours, je passe mon stage académique à Mbinza. Pour y aller, je dois passer par l’UPN. Chaque matin est une épreuve de patience à cause des embouteillages. Ils sont incroyables. J’arrive souvent en retard à mon stage. Le soir, je passe au moins deux heures dans les bouchons avant d’arriver à la maison. Je ne vous dis pas combien c’est fatigant.

Un chemin toujours bloqué

L’avenue Elengesa est un passage où la circulation est difficile à certaines heures de la journée. Difficile de prévoir quelque chose si on doit passer par cette avenue. Pour s’en sortir, il faut sortir très tôt. L’entrée et la sortie de cette avenue ont toujours des bouchons. Je dis bien, toujours. Si j’avais le choix, je n’emprunterais pas cette avenue. Mais je la prends à cause de mon stage.
Un matin, dans les bouchons, j’assiste à une discussion entre les clients d’un bus. On parle de la circulation sur cette avenue qui avait été reçue comme une bénédiction lorsqu’on l’a construite. « Les embouteillages sont causés par l’incompréhension des chauffeurs », dit un monsieur dans le taxi. « Entre ceux qui entrent et ceux qui sortent de la route Elengesa… » , répond une dame. « Ils sont pressés et incompréhensifs. Sans oublier leurs mauvais stationnements. Cela crée un embouteillage », complète quelqu’un d’autre dans le véhicule. « Il y a aussi l’incompréhension entre les chauffeurs et les roulages », renchérit un papa. D’autres clients se joignent à la conversation pour dire combien ils sont fatigués des embouteillages. Je les écoute. Même si je suis d’accord avec eux, je ne peux pas faire de commentaire à cause du stress que j’ai. Je vais encore arriver en retard à mon stage. C’est ce qui se passe.
Après une longue journée de stage, je décide de prendre un taxi pour rentrer. J’imagine déjà combien de temps, je vais passer sur la route. J’en profite pour parler au chauffeur. Je lui demande ce qu’il pense des embouteillages et pourquoi il y en a autant sur cette route. « C’est souvent à cause de notre incompréhension entre chauffeurs. Ceux qui doivent entrer sur Elengesa utilisent la voie de sortie, et ceux qui doivent sortir, l’entrée. C’est aussi la faute des motards qui s’arrêtent partout », dit-il. Sa réponse me fait réfléchir. Je pense à discuter avec un motard pour savoir s’il pense que c’est la faute des conducteurs ou s’il réfléchit différemment.

Pas d’ordre sans respect des lois

« Nous sommes généralement la cause de l’embouteillage », reconnaît le motard à qui je parle. « Il y a bien des places de stationnement pour les motos, mais elles sont assez éloignées des arrêts où nous trouvons les clients. On se gare n’importe où. Tout ce qu’on respecte, c’est l’ordre d’arrivée à cet endroit. Les roulages qui nous chassent n’en peuvent plus », ajoute-t-il. Les choses sont plus claires dans ma tête. Je comprends que la cause des embouteillages, c’est en fait, le non-respect des règles de la route, code de conduite. C’est dommage. Souvent, les FARDC viennent nous chasser lors de leur passage, mais cela ne change rien. Les roulages qui sont ici font souvent leur travail, mais on leur contraint toujours ».
Ces embouteillages chroniques ont des répercussions sur notre quotidien. Cela cause des retards et paralyse une partie essentielle de la circulation sur les routes à Kinshasa.
À cause des embouteillages et des retards, je dois quitter très tôt la maison et je rentre très tard suite aux embouteillages. Cela dit, il suffit d’une simple incompréhension pour paralyser toute une population.
J’estime qu’il est impératif d’agir. Pour réduire ces embouteillages, il est essentiel de veiller au respect du code de la route. Il faudrait aussi créer des parkings et des arrêts bien installés pour faciliter un bon stationnement des conducteurs, motards et chauffeurs des véhicules.
Je crois que si on combine la discipline et la construction des bonnes infrastructures, cela peut aider à réduire sensiblement les embouteillages dans la ville de Kinshasa et sur l’avenue Elengesa.
Choisie Nseka, jeune reporter