« Vous pouvez être malvoyant et fréquenter une école normale. C’est le chemin de la bravoure », m’a-t-on dit. En fait, c’est ce que j’apprends en 4ème et en 5ème primaire. A ce moment-là, je ne sais pas encore que ce qu’on présente comme le « chemin de la bravoure » est un chemin épineux.

 

Dans ma tête, je pensais qu’il suffit d’arriver dans une école dites « normale » pour être bien considéré. Lorsque j’y arrive, je découvre autre chose. Je m’appelle Hugo Asani et j’ai 17 ans. Je suis enfant reporter de Kinshasa et suis aussi malvoyant. Avec mon handicap, étudier dans une école d’enfants « normaux » n’est pas toujours facile. Je vous raconte mon expérience.

 

 

Après mon Tenafep, mes parents parlent de m’envoyer dans une école de non-voyants à Kikwit. Mais je ne veux rien savoir de cette idée. Je tiens à faire mon intégration dans une école « normale ». Je choisis d’aller à Fatima, une école spécialisée. Mon plus grand combat ? Convaincre mes parents que je serai bien dans une école normale. C’est mon seul rêve. Au point où je ne pense même pas à quelles études faire. Je veux juste m’inscrire dans une école normale. C’est en regardant un film que j’ai su que je veux devenir avocat.  J’apprends qu’à l’école où je veux aller, il y a une option où je peux avoir des cours de droits.

 

Après une discussion avec une de ses amies, ma mère change enfin d’avis. Je peux aller étudier dans une école normale. Vous m’entendez crier de joie ? Je suis aux anges. A l’inscription, je ne passe pas de test. Je crois que j’ai impressionné les autorités de l’école. Je me dis que je ferai la même chose avec les élèves.

 

Baptême de feu

 

Premier jour d’école. On est en septembre 2019. C’est un mardi, si je ne me trompe pas. En classe, personne ne s’assoit à côté de moi. Je me sens isolé. J’essaie de parler aux gens que je sens à mes côtés. Mais personne ne me parle. Et là, la réalité me frappe. En fait, je suis différent, je suis non voyant chez les voyants. Gros choc. En fait, avant, je ne me suis jamais senti comme un enfant différent. Donc je n’ai jamais vécu mon handicap comme un problème. A l’institut national des aveugles, on est tous malvoyant. Il n’y a pas de discrimination. Mais dans une école « normale », c’est différent. Je le découvre et le vis mal.

 

Après quelques heures seulement, un garçon se rend compte que je n’écris pas. Il s’approche pour me demander si je suis malvoyant. Je lui explique que je ne peux pas voir ce qui est écrit. Mais, je peux écrire s’il accepte de me dicter les leçons. C’est comme cela que j’ai mon premier voisin. Nous restons ensemble pendant les heures de cours. A la récréation, il s’en va. Difficile pour cet enfant de prendre la charge d’un ami mal voyant. Il me dit qu’il est trop occupé pour moi. C’est trois minutes avant la fin de la pause qu’un autre élève accepte de m’aider.  Mais ça, ce n’est que le début de mon combat. Je vais tout vous raconter. En fait, même pour vous partager ces expériences, mon encadreuse a trouvé une magnifique pour m’inciter. Nous discutons en audio. Je suis lui envoi des voices et elle se charge de les transcrire en textes. Je vais vraiment lui dire merci pour cette attention et pour cette aide. Ce n’est qu’ainsi que vous pourrez lire tout ce que je vais lui partager.

 

Encadreuse : Abigaël Mwabe