Je vous ai raconté ma première journée de cours, dans un précédent texte ? Alors, je vais vous partager assez souvent mes différentes expériences et vécus comme enfant reporter non voyant.

 

Et voici la suite. Après mes études à l’institut national pour aveugles, je décide de fréquenter une école dite « normale ». Ma première journée n’était pas facile. Je m’appelle Hugo Asani, je suis enfant reporter de l’Unicef. Je suis un enfant malvoyant. On dit aussi « Non-voyant ».

Sauvé de justesse

 

A la sortie des classes, je ne sais pas comment rentrer à la maison. En fait, à ce moment-là, j’habite le centre pour handicapés, pas loin de l’institut national pour aveugles. Je demande au collègue qui m’a dicté les leçons en classe de m’accompagner. Il ne connait pas exactement la route, mais il accepte. En route, il me demande quelques minutes pour refermer sa ceinture. Au bout de quelques minutes, je trouve que c’est trop calme. Je n’entends pas un seul bruit de la ceinture. Je commence par penser que c’est à cause du bruit sur la route.

Après quelques minutes d’attente, je comprends ce qui s’est passé. Mon ami est parti. Je me rends compte que je suis au milieu de la route. Je me demande comment est-ce que les véhicules ne me percutent pas jusque-là.

 

Après quelques minutes de calme, je sens que les voitures roulent à faible vitesse. Je comprends qu’il y a des embouteillages. Comme je ne sais pas quelle direction prendre, j’attrape la portière d’une voiture qui passe. Je supplie le chauffeur de me déposer au centre des handicapés. Après plusieurs refus, il accepte. En chemin, je trouve qu’on prend plus de temps que prévu. Lorsque je demande, le monsieur m’explique qu’il a oublié de me déposer. Et qu’à cause des embouteillages, nous avons pris la direction opposée. Il me demande de le laisser récupérer sa sœur avant de rebrousser chemin et retourner vers le centre pour handicapés. Je n’ai pas vraiment le choix, donc j’accepte.

 

Rejeté pour mon handicap

 

Lorsque la sœur du monsieur monte dans la voiture, je sens qu’elle est étonnée de me voir. Je l’énerve et je le sens. Elle demande à ses frères qui suis-je ? Ils lui disent que je suis un ami et racontent comment ils m’ont rencontré. Silence. Je suis presque inquiet. En fait, je sens qu’il y a de la tension dans le véhicule. Mais comme je ne vois pas, je ne sais pas vraiment ce qui se passe. La dame m’insulte. Encore et encore. Elle commence par dire que je ne suis pas son ami, ni celui de ses frères. Elle parle. En fait, ses mots sont tellement blessants. Je ne peux pas les répéter. Même par écrit, c’est cruel. Arrivé au centre des handicapés, je leur demande de demander l’Institut national pour les aveugles. L’un des deux hommes propose de m’accompagner à l’internat. Je refuse. Je ne veux pas être une charge pour eux. Je l’ai déjà assez été. Comme il insiste, je le laisse faire. Il profite pour me présenter des excuses. Pour son frère et lui, c’était un plaisir de m’aider. Mais sa sœur a un comportement particulier. C’est ce qu’il m’a dit. Et pourtant, je n’ai rien fait pour mériter un tel traitement. J’espère juste qu’elle n’aura pas à avoir un enfant vivant avec handicap pour mieux ressentir ce que j’ai ressenti pendant ses nombreuses insultes. Pour l’aide de ses frères, je ne dirai jamais assez merci. Eh oui ! C’est aussi cela la vie d’un enfant vivant avec handicap, ressentir les frustrations, les rejets des autres et faire semblant de ne rien ressentir pour rester fort et digne.

 

 

 

Encadreuse : Abigaël Mwabe